Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Contribution

La coopération policière internationale

Par Aďssa Kasmi,



Beaucoup de personnes dans le monde aiment les films policiers ou les films d’action à travers lesquels elles se retrouvent dans des situations parfois proches du réel et souvent dans un surréalisme qui dépasse de loin la fiction. Sont également nombreux ceux qui préfèrent les romans policiers qui déclinent subtilement des scénarios d’investigations, d’enquêtes, de recherches et de poursuites abracadabrantes qui les emportent dans des univers que caractérisent l’intrigue, le suspense et l’héroïsme surfait. Que ce soit dans les films ou dans les romans policiers, il est souvent question, quand il s’agit de crimes ou de délits transfrontières, de l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC), plus connue sous l’acronyme Interpol.
Tous les spécialistes de la criminalité et les policiers de carrière savent pertinemment que, depuis la nuit des temps, les malfaiteurs de tous bords ont toujours cherché à mettre le plus grand espace possible entre eux, leur victime et l’autorité qui se lance à leurs trousses. Mais dans le temps, les frontières qui séparaient les pays constituaient une certaine protection pour les criminels et un sérieux obstacle devant les institutions de répression du crime. Tandis que de nos jours, les facilités extraordinaires de communication et de déplacement qu’offre l’évolution technologique dans tous les domaines, l’accroissement considérable des populations, la densification des échanges multiformes induits par la coopération internationale, la connexion avérée entre les différents réseaux du crime font que la criminalité internationale ne reconnait plus les frontières nationales. Ce phénomène qui a commencé à apparaître en fait au début du XXe siècle, a pris désormais des proportions alarmantes et inimaginables.
Il y a très longtemps que les services de lutte contre la criminalité notamment en Europe et outre Atlantique avaient pris conscience de la nécessité de s’adapter aux nouvelles exigences imposées par le développement et la diversité de l’activité criminelle, en s’organisant de façon plus efficace afin de faire face avec succès à la criminalité transnationale qui touche tous les pays de la planète sans exception. C’est en effet à Monaco que s’est tenu, du 14 au 18 avril 1914, le premier congrès international de police judiciaire présidé par le prince Albert 1er de Monaco, congrès auquel avaient participé des policiers et des juristes de 14 pays. Mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale avait freiné la mise en œuvre des recommandations dudit congrès.
Ce n’est que plus tard que le docteur Schobert, président de la police de Vienne (Autriche), a repris l’initiative en réunissant le deuxième congrès de police judiciaire, du 3 au 7 septembre 1923, dans la capitale autrichienne. C’est à l’issue de ce congrès qu’avait été décidée la création de la Commission internationale de police criminelle (CIPC), dont le siège avait été fixé à Vienne. Mais les graves tensions et les profonds bouleversements qu’a connus l’Europe par la suite ont fatalement affecté le fonctionnement de ladite Commission jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Reconstituée en 1946 à Bruxelles, son siège avait été transféré d’abord de Vienne à Paris en 1946, puis en 1989, à Lyon où il se trouve jusqu’à présent.
On est en droit de s’imaginer qu’Interpol est une sorte de «multinationale » de la sécurité, dotée d’importants moyens matériels et humains et disposant de larges prérogatives lui permettant de se déployer et de mener des enquêtes sans aucune restriction dans tous les pays du monde pour traquer les malfaiteurs et les groupes criminels de dimension internationale. Rien de tout cela. Il suffit de prendre connaissance du résumé de ses prérogatives pour s’en convaincre. Elles se résument comme suit :
assurer et développer l’assistance réciproque la plus large de toutes les autorités de police criminelle, dans le cadre des lois existantes dans les différents pays et dans l’esprit de la déclaration universelle des droits de l’Homme ;
établir et développer toutes les institutions capables de contribuer efficacement à la prévention et à la répression des infractions de droit commun ;
s’interdire rigoureusement toute activité ou intervention dans des questions ou affaires présentant un caractère politique, militaire, religieux ou social.
Dans la pratique, Interpol agit en tant que structure de coordination de la lutte contre la criminalité internationale. Il intervient à la demande expresse des services de police et des autorités judiciaires des pays membres dans la prévention et la répression :
des crimes contre les personnes et les biens (homicides, enlèvements, prise d’otages, trafics d’être humains), les actes illicites contre la sécurité aérienne, les infractions sur les armes et explosifs, le terrorisme, la cybercriminalité, etc. ;
des crimes contre le patrimoine (vols et trafic de biens tels que les œuvres d’art, le trafic des espèces animales en voie de disparition) ;
de la criminalité économique et financière (faux monnayages, contrefaçons et falsifications, fraudes bancaires, fraudes commerciales, trafic de marchandises illicites, fraude à l’investissement, blanchiment de fonds, etc.) ;
du trafic des stupéfiants et des infractions connexes (culture, fabrication, transport et distribution).
Sa mission se limite ainsi dans les faits à coordonner l’ensemble des activités de lutte contre la criminalité que mène chaque pays membre sur son propre territoire, à organiser et à encourager les échanges de renseignements et d’informations entre ces pays, à diffuser les notices ou dossiers de recherche de criminels d’envergure internationale, à contribuer à la formation et au perfectionnement des personnels de police judiciaire ou autres techniciens indispensables au bon déroulement des enquêtes et enfin à mettre à la disposition des services concernés certains dispositifs et analyses statistiques pour leur permettre de mieux tirer profit de l’expérience des uns et des autres.
Le personnel du Secrétariat général de l’OIPC-Interpol est composé de fonctionnaires de police et d’agents administratifs et techniques de différentes nationalités. Dans chacun des 190 pays membres, il existe un Bureau central national (BCN), chargé spécialement des relations avec Interpol. Tous les rapports fondamentaux qu’entretiennent les pays membres de cette organisation sont basés sur le strict respect des souverainetés nationales. Chaque pays agit avec ses propres services, selon ses propres lois et ses propres méthodes. En fait, la performance d’Interpol dépend dans son ensemble de l’efficacité des Bureaux centraux nationaux, de leur capacité à obtenir le concours des services de police locaux, de la rapidité de leur intervention et du soin avec lequel ils traitent les requêtes ou les dossiers qui lui parviennent des structures de leur propre pays, des BCN étrangers, ou du Secrétariat général d’Interpol.
Ayant adhéré à l’Organisation internationale de police criminelle en 1963, l’Algérie a toujours joué un rôle actif et apprécié en son sein. Elle a assuré à deux reprises (1972 et 1981), le mandat de vice-président, comme elle eu à présider de nombreuses commissions spécialisées au cours des travaux des assemblées générales annuelles. Elle est actuellement membre du Comité exécutif à travers la personne du directeur de la police judiciaire, le contrôleur de police Kara-Bouhedba Abdelkader. Cela dénote la place de choix qu’elle a constamment occupée dans cette organisation. De nombreux cadres de la police algérienne se sont particulièrement distingués par leur contribution de qualité à l’essor d’Interpol.
Dans le cadre de sa coopération avec Interpol, notre pays a eu à abriter, en 1997, deux importants rendez-vous organisés sous l’égide de l’OIPC, à savoir la Conférence régionale des pays africains membres d’Interpol ainsi que la réunion de la Commission ad-hoc créée par cette même organisation pour se préoccuper du phénomène des stupéfiants. Du 10 au 12 septembre 2013, s’est également tenue à Oran, la 22e session de la Conférence régionale des pays africains qui a eu à débattre de l’état d’avancement des initiatives de renforcement des capacités de la région africaine en matière de lutte contre la criminalité internationale notamment le trafic de drogues, la piraterie maritime et le terrorisme. De l’avis de tous les participants et des responsables d’Interpol au plus haut niveau, cette rencontre a enregistré un succès éclatant tant par le nombre des délégations participantes, la qualité des débats que par la pertinence des résolutions adoptées.
Notre propos sur la coopération policière internationale nous amène en droite ligne pour souligner l’action de l’Algérie au niveau du monde arabe. Dès son accession à l’indépendance, elle a adhéré à l’Organisation panarabe de défense sociale (OPADS), créée en 1960, avant qu’elle ne soit dissoute en 1983, pour laisser place au Conseil des ministres de l’intérieur arabes dont le Secrétariat général a son siège dans la capitale tunisienne. Ce Conseil dispose de prérogatives importantes dans le cadre de la coordination de l’action arabe commune dans tous les domaines de la police et de la sécurité, mission qu’il assure à travers son Secrétariat général permanent et ses bureaux régionaux au nombre de cinq :
le Bureau arabe de police criminelle, installé à Damas ;
 le Bureau arabe de lutte contre la criminalité, installé à Baghdad;
le Bureau arabe de lutte contre les stupéfiants, installé à Amman;
le Bureau arabe de la protection civile et de secourisme, installé à Rabat ;
le Bureau arabe de l’information sécuritaire, installé au Caire.
L’Union sportive arabe, dont le siège est également au Caire, est elle aussi placée sous l’égide du Secrétariat général du Conseil des ministres de l’Intérieur arabes qui assure en outre la tutelle de l’université Naïf Ben Abdelaziz des sciences sécuritaires de Riadh (Arabie saoudite). Cette institution de haut niveau assure la formation et le perfectionnement de nombreux cadres des pays arabes dont beaucoup d’Algériens. Elle a à son actif l’organisation d’une série de colloques, de séminaires et de rencontres sur l’ensemble des phénomènes sociaux en rapport avec la criminalité et ses motivations. Les ouvrages, les revues et les travaux de recherche que publie cette université font référence dans le monde arabe et ailleurs grâce à la pertinence de leur contenu.
Au sein de ce conseil, l’Algérie a également mené une intense activité qui lui a valu respect et considération. Elle a de tout temps participé de façon régulière aux réunions annuelles des ministres de l’Intérieur arabes, des directeurs généraux de la police et de la sécurité ainsi qu’à toutes les autres rencontres périodiques traitant des questions sectorielles ou spécifiques en relation avec les préoccupations des pays arabes en matière de sécurité et d’ordre public en général. Plusieurs cadres de valeurs de la police algérienne ont apporté leur contribution au renforcement de la coopération interarabe et à la consolidation des institutions communes.
Dans le cadre restreint de la lutte contre les stupéfiants et les crimes connexes, la communauté internationale a institué un organe spécialement chargé de cette mission. Il s’agit de l’Office des Nations unies pour la lutte contre la drogue et le crime (Onudc) dont le siège se trouve à Vienne (Autriche). Au regard des proportions extrêmement dangereuses qu’a prises ce phénomène aux répercussions graves sur le développement durable de l’humanité, la plupart des pays du monde ont pris conscience que seule une coopération sincère et soutenue entre les structures de prévention et les services de répression peut freiner ce fléau et limiter ses dégâts autant que possible. Au sein de cet organisme également, notre pays s’acquitte du rôle qui lui revient en insérant sa stratégie de lutte dans le cadre de la vision mondiale déclinée par l’Onudc et en apportant sa contribution à l’effort commun de réflexion et de planification sur les meilleurs voies et moyens de faire face au trafic illicite de drogues et de substances psychotropes derrière lequel se trouvent les cartels de la criminalité organisée transnationale.
En conclusion, tout le monde sait aujourd’hui, notamment les spécialistes du crime organisé international, qu’étant donné quele monde ressemble de plus en plus à un village planétaire, la seule parade en mesure d’imprimer l’efficacité souhaitée aux plans de lutte contre ce type de criminalité qui ne connaît pas de frontières comme son nom l’indique, consiste à mettre en œuvre des mécanismes efficients de coopération bilatérale, régionale et internationale ayant pour finalité l’échange rapide de renseignements et d’expériences sur l’ensemble des activités criminelles ayant un caractère transnational. Cela suppose à l’évidence l’existence d’une volonté sincère chez tous les partenaires concernés d’agir dans un cadre concerté et fondé en particulier sur le respect mutuel et le partage des fruits de la sécurité et du bonheur pour tous.
Toutefois, force est de constater qu’en dépit des professions de foi et des discours glorifiant les bienfaits d’une meilleure coopération internationale au bénéfice de tous, les actes ne suivent pas toujours les intentions car les questions de sécurité en général relèvent beaucoup plus des stratégies politiques ou plutôt géopolitiques que des plans sécuritaires proprement dits.

A. K.



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