Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Contribution

L’Algérie a les moyens pour être un acteur incontournable (Première partie)

La transformation numérique

Par Dr Ali Kahlane,



Notre pénétration sur les lignes fixes s’est relativement améliorée depuis 2015 par rapport aux pays comparables au nôtre. Nous jouissons d’une télédensité du mobile de l’ordre de 117,5%, l’une des plus grandes d’Afrique et un taux de pénétration à Internet de 45.5%, utilisateurs fixes et mobiles confondus (75,5% si on inclut les multipuces). Ces chiffres sont relativement bon au vu du retard pris par le régulateur pour allouer les licences 3G aux trois opérateurs, retard qu’il a hâtivement rattrapé par l’octroi des services LTE/4G. Par contre la pénétration en termes d’abonnés à l’internet fixe illimité de type ADSL, Wimax et VSAT, rapporté au nombre d’habitant, est de l’ordre de 7,3 %. Ce dernier pourcentage est celui que les institutions internationales spécialisées (IUT, Banque Mondiale, WEF…) documentent dans leurs rapports et que les classements prennent en compte, car il correspond à une connexion physique sur le téléphone fixe ou fibre optique et représente mieux l’appropriation des TIC par un pays lorsqu’il est comparé aux autres et à ses propres résultats passés. Notre pays a par ailleurs fait des avancées importantes pour une meilleure connectivité et une bande passante adéquate. C’est ainsi qu’en l’espace de 6 ans nous sommes passés de 44.000 km de fibre optique installée à plus de 80.000 km déployée par Algérie Télécom seule. D’une bande passante Internet internationale de 67 Gbps à plus de 1.1 Tbps (1100 Gbps) avec une bande passante nationale de plus de 1400 Gbps (1,4 Tbps). Cette dernière est plus importante que l’internationale car un effort particulier a été fourni par Algérie Télécom pour interconnecter la majorité des communes d’Algérie (près de 1500 sur les 1541, d’après les chiffres du MPTTN), cette bande passante nationale est par contre peu ou prou utilisée, car la quasi-totalité de notre trafic internet vient et va vers l’international.
Ce trafic international n’est pas encore atténué par l’installation d’un véritable centre d’échanges Internet (AlGiX) qui a été lancé puis éteint pour des raisons inconnues. Il interconnecterait les différents fournisseurs d’accès à Internet ce qui éviterait, par exemple, que le mail d’un client d’Algérie Télécom, habitant en Algérie, envoyé à un client d’Icosnet (ISP alternatif algérien) ne fasse le tour du monde avant d’arriver à son destinataire algérien.

Les raisons de ce retard
Une consommation de bande passante qui coûte de plus en plus cher, non pas pour sa valeur intrinsèque, qui diminue de jour en jour de toute façon sur le marché international, mais parce que la demande nationale augmente régulièrement. Cette augmentation est de 50 à 60% par an depuis 2011, elle pourrait égaler ou même dépasser la bande passante nationale à plus de 1,5 Tbps d’ici l’année prochaine.
À toute chose malheur est bon. C’est ainsi que la lenteur dans le développement de la téléphonie fixe en Algérie et son incapacité à fournir en temps et en heure des services à large bande ont fait basculer toute la demande vers une utilisation de l’internet mobile. Ce dernier a explosé en nombre d’utilisateurs, comme le démontrent tous les chiffres et l’atteste la réalité de jour en jour, aussi bien par le nombre de téléphones intelligents fabriqués et vendus en Algérie que par le nombre croissant d’applications, quelques-unes algériennes, pour les plus populaires d’entre elles. Malgré ces résultats somme toute flatteurs, l’association internationale GSMA relève dans une de ses études annuelles (GSMA Intelligence) que 51% des utilisateurs algériens de l’Internet mobile estiment qu’ils n’arrivent pas à trouver du contenu local ou un contenu qui leur convienne.
Dans ce lot d’utilisateurs mobile, 23% d’entre eux sont très peu ou pas instruits du tout et dans la plupart des cas sans aucune connaissance technique. Alors que 12% sont rebutés par le coût élevé des téléphones intelligents et/ou des services offerts. D’après cette étude, les Algériens feront tout de même mieux que le Maroc dont 51% des utilisateurs sont peu instruits et, 33% d’entre eux estiment que le coût d’accès à la technologie est une barrière. Par contre en termes de disponibilité de contenu local, le Maroc fait légèrement mieux que l’Algérie car ils ne sont que 49% à penser qu’ils ne trouvent pas de contenu spécifiquement marocain.

Le mobile pourrait bien être la solution pour le tout numérique
Le mobile est actuellement la plate-forme de choix qui pourrait favoriser et aiguillonner la transformation numérique de notre pays. Il est l’environnement idéal pour créer, distribuer et consommer des solutions et des services numériques innovants d’une part, et avec juste ce qu’il faut comme bouleversement pour que l’Administration s’y adapte pour le bien du citoyen et que les entreprises s’y engouffrent pour accompagner leur indispensable croissance, d’autre part.
L’un des meilleurs moyens pour développer une industrie de contenus algérienne est la libération de l’esprit d’innovation et entrepreneurial existant, pour utiliser la technologie mobile connectée aux périphériques de plus en plus intelligents, pour développer et fournir des solutions mobiles adaptées à nos besoins, répondant ainsi à nos intérêts et en accord avec notre culture.
Toujours dans le domaine de l’Internet sans fil, mais fixe cette fois-ci, le WiFi Outdoor, qu’une décision de l’ARPT avait pourtant institué depuis bientôt deux ans, n’a toujours pas démarré par manque d’autorisations de déploiement. Cela semblait pourtant tout à fait propice aux opérateurs alternatifs ainsi qu’à de nouvelles start-ups pour investir dans l’accès sans fil fixe. Cela permettrait de diversifier les offres pour le grand bonheur des citoyens qui pourraient consommer, la concurrence aidant, à des prix plus abordables que ceux pratiqués actuellement par les opérateurs mobiles, du moins en ce qui concerne, dans un premier temps, l’accès urbain.
En attendant le dégroupage de la boucle locale, qui est en fait permis par l’actuelle loi n°2000-03, mais impossible à mettre en œuvre dans la pratique en l’absence d’une volonté́ ferme des pouvoirs publics. Ceux-là sont en droit d’obliger Algérie Télécom à jouer le rôle de grossiste de bande passante en ouvrant sa boucle locale. Ceci permettra la venue d’opérateurs alternatifs, des opérateurs virtuels (le cas de Free en France et de bien d’autres encore dans le monde, sont édifiants dans la démocratisation de l’internet et la réduction des prix qui lui sont associés) dans une saine concurrence où le grand gagnant serait le citoyen et notre développement numérique.
La bonne nouvelle est qu’à l’échelle internationale, dans le classement de l’index de développement des TIC (IDI de l’IUT) en 2016, nous avons gagné 9 places, passant de la place 112 à 103 sur 175 pays. Une progression de 115% qui nous a valu les félicitations du DG de l’IUT. Il a par ailleurs fait remarquer qu’une remontée pareille ne s’est jamais vue dans le monde arabe. L’IDI est l’instrument officiel grâce auquel on mesure au plan mondial le niveau de développement de la société de l’information. Cet index utilise 11 indicateurs parmi lesquels : le nombre d’abonnements au téléphone mobile, le nombre de ménages ayant un ordinateur, le nombre d’internautes, le nombre d’abonnements à l’Internet fixe large bande et mobile large bande et le taux d’alphabétisation pour ne citer que les plus importants.

L’accès à l’internet demeure cher
Il reste que l’accès à l’Internet qu’il soit par mobile ou fixe, demeure relativement cher comparativement au pouvoir d’achat de l’Algérien moyen.
En effet, le prix d’un forfait internet mobile de 1 Go représente 5,55% du Salaire minimum en Algérie alors qu’il n’est que de 2,1% en Tunisie, de 2,3% en Égypte et de 0,4% au Maroc.
Par contre nous nous positionnons honorablement mieux en ce qui concerne les prix des smartphones, notamment en entrée de gamme, le produit le plus vendu. Chez nous, son prix ne représente que 55% du Salaire minimum alors qu’il est à 72% pour le Maroc, 153% pour l’Égypte, la Tunisie fait mieux que tout le monde avec seulement 40% du salaire minimum.
Quant à l’internet fixe, le coût d’une connexion à 20 Mbps (En Algérie, pour ceux qui peuvent y accéder. Nous avons pris ce débit par esprit de comparaison avec d’autres pays), il représente en Algérie 21% de son PIB mensuel alors qu’il n’est que 4,5% en Tunisie et de 2,90% en Égypte.
Par ailleurs, les Algériens paient très cher le roaming voix et encore plus cher celui de la connexion de l’Internet depuis l’étranger. Le 1 Mo consommé à l’étranger coûte 1 700 DA ! Alors que partout ailleurs on tend vers l’uniformisation au prix que l’on paie en local, comme en Europe où le système de roaming a été purement et simplement abandonné.
Un forfait en France est valable partout en Europe sans aucune surcharge ou diminution de crédit. L’abandon du roaming est une démarche logique et devrait être la norme, pour au moins deux raisons.
La première est, où que vous soyez dans le monde sur Internet, la distance qui vous sépare de votre interlocuteur ou de votre cible n’a aucune incidence sur le prix, à part le coût de l’accès que vous payez à l’opérateur local, à votre fournisseur d’accès.
La deuxième raison est que le coût des équipements a tellement baissé et baisse régulièrement et l’explosion de la consommation qui génère de confortables revenus pour l’opérateur est telle que le retour sur investissement est si court, qu’il n’est désormais plus nécessaire de se faire payer à l’aller ainsi qu’au retour.
Imaginez que lorsque vous êtes à l’étranger (la France pour cet exemple) vous payez les appels reçus, une moyenne de 30 DA la minute, vous payez lorsque vous appelez un numéro local, 100 DA/minute et surtout vous payez le prix fort lorsque vous appelez tout simplement chez vous à...150 DA/minute. Sachant que tous ces appels sont désormais véhiculés en utilisant Internet comme pour les données et que nous payons pratiquement lorsque nous utilisons d’autres moyens de communication voix comme viber ou Whatsapp. Alors qu’est-ce qui justifie ces prix ?
 
Comment réduire le coût de la bande passante sans impact?
La consommation numérique des Algériens est constituée principalement de vues vidéo, grosses consommatrices de bande passante. Elles viennent principalement du streaming vidéo, les Films HD, TV et Youtube qui totalisent, uniquement pour ce dernier, plus de 10 millions d’abonnés algériens avec un peu plus de 50 millions de vues par jour. Cela en dehors des vidéos spécifiques à Facebook qui compte près de 18 millions d’abonnés algériens, étant tout aussi importants en nombre de vidéos visionnées mais généralement plus courtes et avec une diversité de thème beaucoup plus réduite.
Le reste est partagé par une utilisation des réseaux sociaux tels que Twitter (750 000 abonnés), LinkedIn (800 000 abonnés) mais aussi Whatsapp et autres Instagram.
Par ailleurs, la quasi-majorité des sites web et blogs algériens ainsi que celle des messageries algériennes sont hébergées à l’étranger. L’absence de data center spécialement équipé pour faire de l’hébergement aux normes internationales, capables de prendre en charge la demande nationale y est pour beaucoup, elle exaspère encore plus cet engouement de tout héberger à l’étranger.
Il se trouve que même sur les quelque 9 400 noms de domaine enregistrés en .dz, une proportion parmi les 6000 sites web est également hébergée à l’étranger. Alors que le nombre de sites web et blogs d’origine algérienne en .com, .net etc, est évalué à plus de 350.000, il était de 45.000 en 2012.
Ceux qui hébergent leurs sites/blogs à l’étranger estiment que l’accès serait plus sûr et plus rapide. Pour d’autres, les raisons sont purement d’ordre économique et surtout de continuité de service. Les candidats à ce type d’hébergement le justifient par les mauvaises connexions, les pannes intempestives du réseau et les incidents à une échelle plus importante, telles que les coupures involontaires, comme celles de câbles en mer, ou « volontaires », comme celles des épreuves du baccalauréat (incidemment, ces coupures auraient occasionné de 2016 à 2017, des pertes évaluées à plus de 21 millions de dollars à l’Algérie soit 2,4 milliards de dinars ou encore 240 milliards de centimes).
Par ailleurs, le nombre impressionnant et toujours grandissant de smartphones et surtout la masse des applications utilisant le cloud public, renforcent et compliquent cette dépendance devenue indispensable et nécessaire à la connexion internet à l’international. Il se trouve que notre pays souffre de l’absence de producteurs de contenu national et/ou local. Nous consommons à longueur de journée et de la nuit au sens propre, 99% de contenu venant presque exclusivement de l’étranger où, même le 1% de contenu algérien, transite aussi par l’étranger.

Développer nos propres contenus et être moins tributaire de l’internet international
Notre pays a les moyens pour être un acteur incontournable dans le monde du numérique. Non seulement au niveau régional telle la zone MENA ou vers la sous-région, l’Afrique de l’Ouest et/ou francophone, ainsi qu’au niveau mondial, vers l’Europe, en particulier. Dans ces domaines, à forte valeur ajoutée et où la croissance s’écrit très vite à 2 et 3 chiffres, nos voisins maghrébins ne sont pas en reste et enregistrent 7 à 10% de parts des TIC à leur PIB toujours en augmentation. Alors que nous avons tout le mal du monde, pour le moment, à faire bouger les lignes au-delà de 4%.
En fait la part du développement numérique tel que l’e-administration, l’e-santé, l’e-éducation ainsi que les logiciels et applications liées, représentent réellement moins de 1%. Le gros étant constitué par les télécommunications, c’est-à-dire la téléphonie et l’Internet mobile, dont la plus-value algérienne est peu significative pour le moment. Si on exclut les quelques expériences de création d’incubateurs et d’accompagnement de start-ups que les opérateurs mobiles montent régulièrement dans le cadre de leurs actions médiatiques et de marketing patriotique. Dans le cadre du développement de notre économie numérique, ces actions entrepreneuriales vont dans le bon sens. Qui d’autres que les opérateurs du numérique et ceux du mobile tout particulièrement, peuvent mieux que quiconque le promouvoir d’une manière aussi directe. En effet, selon l’UIT et la Banque mondiale, un emploi dans le numérique crée jusqu’à trois autres emplois dans le reste de l’économie et une augmentation de 10% dans la pénétration des TIC, ce qui a pour effet d’augmenter sa part dans le PIB de 1,4%.

Ali Kahlane
Ph.D, Brunel University (Londres). Président de l’Association des Opérateurs des Télécoms Alternatifs. Membre du Comité Sectoriel Permanent de Recherche Scientifique et de Développement Technologique du Ministère de la Poste et des TIC. Ancien professeur à l’Ecole Militaire Polytechnique (ex-ENITA, Bordj-el-Bahri).
ali@kahlane.com
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