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N° 127 - Mars 2020

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Des relations politiques au beau fixe

Alger et Ankara sur la même longueur d’ondes

Par Yahia MAOUCHI



Déçu par les atermoiements de l’Union européenne, qui repousse sans cesse son adhésion, Ankara réoriente sa diplomatie vers l’Afrique. En outre, l’atonie des marchés occidentaux ont incité les entreprises turques à travailler au sud du Sahara. Désormais, les entrepreneurs turcs se tournent vers l’Afrique, qui a distillé longtemps vertu et sagesse, avec sa population jeune et dynamique et ses vastes ressources naturelles, et qui demeure avant tout un continent d'occasions pour les pays et les peuples d'Afrique.Dans cet esprit, la Turquie, qui aspire à passer du statut d’allié de l’Occident au rôle actif et constructif d’acteur global,voit en l'Afrique, berceau de la civilisation, l'un des épicentres de l'avenir de l'humanité notamment sur le plan socioéconomique.Cette réorientation stratégique découle « en partie » de la suspension par la Commission européenne du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Le continent noir, dont le taux de croissance du PIB, s'est maintenue à 3,4 % en 2019 et devrait s'accélérer à 3,9 % en 2020 et 4,1 % en 2021, ouvre à Ankara de nouvelles perspectives de développement économique. Dans ce contexte, l’Algérie, considérée comme plateforme de pénétration économique, aura à jouer un rôle prépondérant en tant qu’acteur privilégié. Pour preuve, l’escale d’Alger n’était pas au programme du Président Erdogan. Cette visite a été rajoutée à la mini-tournée africaine de Recep Tayyip Erdogan, qui devait initialement débuter au Maroc et se poursuivre au Sénégal et en Gambie. Mais la programmation de l’escale algéroise, avant de gagner Rabat, a fait grincer des dents côté marocain et la visite du Président turc a été finalement annulée, d’après un diplomate turc en poste à Alger interrogé par Sputnik qui a souhaité garder l’anonymat.Plus important accès sur le Maghreb arabe et l’Afrique, la Turquie compte sur l’Algérie  pour la réussite du prochain sommet Turquie-Afrique prévu pour le mois d’avril prochain, et dont la Turquie compte faire un véritable cadre de coopération socioéconomique et politique. D’ores et déjà, on peut estimer que la visite en Algériedu Président turc Recep Tayyip Erdogan marque sans nul doute un renouveau des relations entre l’Algérie et la Turquie. Les relations entre les deux pays ayant des liens historiques et des aspects communs ou similaires se poursuivent en se renforçant. D’ailleurs, la consolidation de la coopération économique algéro-turque ces derniers temps donne de l’espoir quant à l’avenir des relations bilatérales. Cela peut notamment faciliter le renforcement de la position de l’Algérie en Afrique via la Turquie et vice-versa.

Ainsi, entre Alger et Ankara, les visions convergent vers des intérêts communs mais aussi vers une coopération renforcée sur des dossiers géostratégiques et d’intérêt régionaux comme la crise libyenne. La Turquie considère l'Algérie comme un partenaire stratégique dans la région du Maghreb et dans le continent africain. Du fait que le plus souvent l’économique prime le politique et que tout développement socioéconomique est assujetti à lasécurité et à la stabilité, le Président Erdogan a affirmé  que son pays considérait l'Algérie comme étant un élément de stabilité et de paix dans la région, soulignant l'impossibilité de parvenir à un résultat dans le dossier libyen avec des solutions militaires. Evoquant des contacts intenses avec les pays de la région et les acteurs internationaux pour un cessez-le-feu durable et la reprise du dialogue politique en Libye, M. Erdogan a fait savoir que les discussions avec le Président Tebboune « ont permis de focaliser sur les démarches communes à entreprendre dans ce sens ». Dans le même ordre d’idées, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a souligné une convergence totale entre l'Algérie et la Turquie sur la nécessité d'œuvrer ensemble à la concrétisation des conclusions de la conférence de Berlin sur la Libye. « L'Algérie et la Turquie suivent de près la situation en Libye », a affirmé M. Tebboune lors d'une conférence de presse, animée conjointement avec son homologue turc à l'issue de leur entretien. Il convient de rappeler queRecep Tayyip Erdogan était sur le point d’engager les troupes turques sur le terrain libyen contre l’armée du maréchal Khalifa Haftar. Il a fallu alors plusieurs échanges à Alger et deux sommets, en Russie et en Allemagne, pour taire le bruit des bottes qui était alors menaçant pour la paix en Libye. Aujourd’hui, le président turc semble avoir abandonné l’idée d’intervention militaire. « La crise en Libye ne pouvait être résolue par des moyens militaires. Nous sommes en pourparlers intenses avec les pays de la région et avec les acteurs internationaux pour garantir le cessez-le-feu et permettre le retour du dialogue politique en Libye », a-t-il expliqué, lors de ladite conférence. Evoquant des contacts intenses avec les pays de la région et les acteurs internationaux pour un cessez-le-feu durable et la reprise du dialogue politique en Libye, M. Erdogan a fait savoir que les discussions avec le Président Tebboune « ont permis de focaliser sur les démarches communes à entreprendre dans ce sens ». « Le dialogue et l’entente demeurent les facteurs essentiels à une stabilité durable », a-t-il soutenu. Saluant fortement l’adhésion de l’Algérie au processus de Berlin, où elle aura, a-t-il dit « une contribution précieuse et constructive dans le cadre des efforts visant à instaurer la stabilité en Libye », il a mis en avant l’impératif d’agir pour que la Libye ne soit pas un terrain propice aux organisations terroristes et aux barons de la guerre.

 

Même vision, même démarche

Pays passé en moins d’un siècle du statut d’empire vieillissant à celui de république laïque moderne et orientée vers l’Occident, la Turquie est entrée dans le XXIe siècle en tant que puissance économique déterminée à jouer un rôle régional et international de plus en plus important, commençant par retisser des liens avec un monde musulman qu’elle avait longtemps négligé. Outre la crise libyenne, le Président Erdogan a rappelé l’initiative turco-algérienne, à la faveur du Sommet de l’Organisation de coopération islamique (OCI) présidé par son pays, qui a permis la prise d’une décision par l’Assemblée générale de l’ONU sur la protection des Palestiniens, affirmant que c’est là « un exemple concret » de la solidarité entre les deux pays au plan international. En effet, la véritable réhabilitation de la Turquie dans le monde arabe lui fut acquise par la prise de distance avec l’État d’Israël, qu’elle avait été le premier pays musulman à reconnaître en 1949, et par son soutien à la cause palestinienne, un positionnement qui, dans un monde arabe en quête de repères et de leader, eut un retentissement considérable. S’agissant de la coopération bilatérale, le président turc a affiché la volonté de son pays de la hisseraux plus hauts niveaux partant des solides liens d’amitié et de fraternité et de l’histoire commune, qui remonte à plus de cinq siècles entre l’Algérie et la Turquie. D’ailleurs, une déclaration commune portant création d’un Conseil de coopération de haut niveau entre l’Algérie et la Turquie a été signéeà Alger par les deux chefs d’Etat. Soulignant la volonté des deux pays à encourager les opérateurs à accroître les investissements et à travailler ensemble dans le cadre d’un partenariat « gagnant-gagnant », le Président Erdogan a annoncé la facilitation de la circulation des Algériens souhaitant se rendant en Turquie par l’ouverture de centres de visas en Algérie.

 

Redynamiser le rôle de la diplomatie algérienne

En somme, outre l’aspect politique de la visite du Président Erdogan, qui s’est focalisée en très grande partie sur la crise en Libye et les perspectives de son règlement, le renforcement de la coopération économique entre les deux pays et la mise en chantier de nombreux projets de partenariat ainsi que sur l’accroissement du niveau des échanges, la Turquie souhaite ces derniers temps coopérer avec l’Algérie en termes de politique régionale. La visite du ministre des Affaires étrangères puis du Président en moins d’un mois dénote cette forte volonté. Lors de sa visite en Algérie le 6 janvier, le chef de la diplomatie turque MevlutCavusoglu a effectué d’importants entretiens. S’exprimant lors d’une conférence de presse tenue avec Sabri Boukadoum, ministre des Affaires étrangères, MevlutCavusoglu avait indiqué que « l’Algérie a un rôle important dans la région », saluant les efforts qu’elle fournissait pour «l’instauration de la paix en Libye», en privilégiant les solutions pacifiques. Affirmant que le«rétablissement de la sécurité passait par l’élimination des groupes terroristes», le chef de la diplomatie turque avait souligné que les conflits en Libye ou dans un tout autre pays, avaient des «répercussions négatives sur l’Algérie». Après avoir mis en relief la concordance de vues entre la Turquie et l’Algérie concernant les questions régionales, Cavusoglu avait réitéré, dans le même cadre, l’attachement de son pays à l’intégrité territoriale de la Syrie. En outre, les deux diplomates avaient également procédé à un échange de vues sur les questions d’intérêt commun, à l’instar de la situation dans la région du Sahel, la cause palestinienne et la crise syrienne.

 

 

 



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