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N° 126 - Jan 2020

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Abdelmadjid Tebboune élu 8e président algérien

Le Président de l’Algérie nouvelle

Par Yahia MAOUCHI



Dans un discours prononcé à l’issue de la cérémonie de prestation de serment et en présence des représentants de toutes les institutions, le nouveau chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a esquissé les grandes lignes du programme qu’il compte mettre en œuvre sans délai, eu égard à la sensibilité de la conjoncture. Main droite sur le Coran, le nouveau Président a prononcé la formule prévue par la Constitution, jurant notamment de respecter et de glorifier la religion islamique, de défendre la Constitution, de veiller à la continuité de l’Etat, mais aussi d’agir en vue de la consolidation du processus démocratique, de respecter le libre choix du peuple. Ainsi, dans la perspective de l’avènement de la Nouvelle République, M. Tebboune a souligné que l’Algérie avait besoin d’établir des priorités. Dans ce contexte, il a affirmé que l’Etat serait à l’écoute des aspirations profondes du peuple, notamment pour une nouvelle gouvernance, l’Etat de droit, la justice sociale et les libertés démocratiques. Le président de la République a longuement évoqué les engagements pris, notamment « la réforme de la Constitution, dans les mois, voire les semaines à venir pour bâtir une nouvelle République ». La Constitution est la pierre angulaire dans la construction de la nouvelle République, a-t-il soutenu. « La réforme de la Constitution est l’une des revendications du mouvement populaire. La nouvelle mouture consolidera le principe de la limitation de la durée du mandat présidentiel, renouvelable une seule fois, et qui restreindra ses prérogatives. Cela permettra de prémunir contre toute autocratie et de créer un équilibre entre les autres pouvoirs », a assuré le nouveau locataire du palais d’El Mouradia. La nouvelle mouture permettra, en outre, de protéger les libertés individuelles, la liberté d’expression et consacrera le droit de manifester. Le chef d’Etat a également annoncé la moralisation de l’action politique et la réhabilitation des institutions de l’Etat, à travers une nouvelle loi électorale qui touchera, notamment les conditions d’éligibilité. « L’objectif est de donner une chance aux jeunes d’émerger », soutiendra-t-il, ajoutant que « l’État se chargera du financement des campagnes électorales pour éviter que l’argent sale ne s’immisce dans la politique ».

 

La main tendue au Hirak

En droite ligne avec son programme électoral, Abdelmadjid Tebboune a souligné la nécessité d’engager dans les plus brefs délais les réformes pour pouvoir instaurer une nouvelle République qui tranche radicalement avec l’ancien système politique du pays. Pour ce faire, plusieurs chantiers vont être ouverts à la fois, dans les mois prochains. Conscient de l’urgence de dépasser la situation actuelle, M. Tebboune n’a de cesse de réclamer le rétablissement de la confiance du peuple en les institutions de l’État pour pouvoir réaliser sa feuille de route. A cet effet, le chef de l’Etat a appelé à l’unité nationale, quelles que soient les divergences, pour bâtir la « nouvelle République, forte et respectée », sur la base des principes de la Révolution de Novembre 54 qui est « notre référent », a-t-il rappelé. S’engageant ainsi de satisfaire ce qui reste des revendications du mouvement populaire, conformément à la Constitution et aux lois, M. Tebboune a lancé un appel : « Aidez-moi et encouragez-moi si je suis sur la bonne voie. Corrigez-moi en revanche si je dévie du bon chemin. » En contrepartie, M. Tebboune a promis de réaliser les revendications du Hirak « dans le cadre d’un consensus politique et des lois de la République ». Il a appelé également à dépasser les clivages : « Nous sommes tous des Algériens, personne n’est supérieur à l’autre que par ce que nous pouvons donner à notre pays ». En outre, parmi les priorités du plan d’action du président de la République, la relance de l’économie à travers notamment la refonte du système fiscal et la promotion des énergies renouvelables. Un appel a été d’ailleurs lancé, lors de son discours, aux hommes d’affaires et aux chefs d’entreprises à investir avec force pour développer et diversifier l’économie, les assurant de son plein soutien. La relance économique prônée désormais par le nouveau président de la République s’appuie aussi sur le « lancement de grands projets et infrastructures de base, en sus de l’encouragement de l’investissement productif, la diversification du tissu industriel à travers la promotion des petites et moyennes entreprises (PME) et de l’activité économique créatrice de postes d’emploi ». Se projetant dans les courts délais, le Président Abdelmadjid Tebboune a réitéré l’ensemble de ses engagements faits lors de la campagne électorale en direction des acteurs de l’économie nationale, qu’ils soient du secteur privé ou public, tout en réaffirmant son « attachement à la redynamisation et au renforcement de l’économie nationale » à travers les chantiers et projets qu’il compte lancer ou soutenir à travers de nouvelles mesures incitatives et d’encouragement à l’égard des investisseurs.

 

L’impérative réforme du système fiscal

À ce titre, il a insisté sur l’impérative réforme du système fiscal. « Nous procéderons à une réforme profonde du système fiscal, et veillerons à l’établissement d’incitations fiscales à même de garantir la relance de l’économie nationale, notamment du tissu des start-up et des petites et moyennes entreprises (PME) », s’est-il engagé d’emblée. « Nous œuvrerons à l’allègement des charges fiscales des entreprises publiques et privées, à travers la mise en place de mécanismes spécifiques pour atteindre cet objectif et veillerons également au renforcement de l’économie du savoir créatrice de richesses et de postes d’emploi », a-t-il argumenté. L’économie au foyer destinée aux femmes qui ont des activités à domicile sera aussi encouragée et exonérée d’impôts, a-t-il assuré. Il a cependant affirmé que « l’Etat sera intransigeant dans la gestion des deniers publics », notamment à suite des scandales de corruption où sont impliqués d’ex-hauts responsables et hommes d’affaires.

 

Règlement de la publicité publique

Au sujet de la presse, le nouveau Président a appelé à plus de professionnalisme et d’éthique, assurant que les libertés seront respectées en exigeant la crédibilité des sources et l’éloignement du sensationnalisme. « Les médias nationaux doivent être à la hauteur des attentes de la Nation et jouer leur rôle d’éclaireur, à travers le renforcement du professionnalisme, loin de toute désinformation, propagande ou diffamation contre quiconque». En parallèle, dira-t-il, « les médias trouveront tout le soutien et l’encouragement de l’Etat pour une pratique médiatique qui n’aura pour limites que la loi, la morale et l’impérative vérification de la véracité des informations ». Il a également fait part de son intention de régler « définitivement le problème de la publicité publique en en faisant un moyen à même de favoriser la liberté de l’information et de la créativité, de soutien à la presse électronique et d’encouragement aux institutions médiatiques.» La promotion du sport et de la culture est l’une des autres priorités du nouveau Président qui a également affirmé qu’il accorde «un intérêt particulier au statut social de l’artiste». Concernant le secteur du Tourisme, M. Tebboune a affirmé son engagement à accompagner les agences de voyages précisant qu’un intérêt particulier sera accordé au tourisme à travers la mise en œuvre de plusieurs mécanismes d’appui au secteur, le classement des sites touristiques, des tarifs de vols concurrentiels et l’allègement des procédures de demande de visa.

 

Suppression de l’IRG et relèvement du SNMG

La connexion entre l’entreprise et l’université est nécessaire pour pouvoir profiter des attributs de la recherche scientifique, selon Tebboune pour qui, il est « nécessaire d’établir un lien entre l’université et le monde de l’économie pour une exploitation optimale et efficiente de la recherche scientifique dans le développement économique ». « Nous nous emploierons à l’encouragement du secteur de l’énergie, notamment les énergies renouvelables et propres, comme il est impératif de renforcer notre présence énergétique sur les continents asiatique et européen », a encore déclaré le chef de l’État. L’amélioration des conditions de vie des citoyens est tributaire, selon le chef de l’État, de l’application de deux mesures phares promises lors de la campagne électorale : le relèvement du salaire national minimum garanti (SNMG), et la suppression de l’impôt sur le revenu global (IRG) aux travailleurs touchant un salaire égal ou inférieur à 30 000 DA/mois. Le président de la République a affirmé à ce sujet que « l’État œuvrera sans relâche à la promotion de la qualité de vie du citoyen et à soutenir son pouvoir d’achat notamment la classe moyenne et les catégories précaires », a-t-il estimé, et d’annoncer « l’annulation de l’imposition des catégories à faible revenu ». Une promesse qui constitue l’un des 54 engagements pris devant le peuple algérien et qu’il a promis de réaliser lors de son mandat présidentiel. Son soutien aux classes moyenne et défavorisées passe également par le droit au logement, a-t-il laissé entendre, affirmant à ce propos que l’Etat s’attèlera à « éradiquer définitivement la crise de logement ». «Je n’accepterai jamais qu’un Algérien vive dans un taudis ou une baraque par souci de préserver sa dignité », soulignera-t-il, tout en réitérant l’attachement de l’État à mettre fin à la crise du logement.

 

Profondes réformes du système scolaire et universitaire

Le président Tebboune a tenu à rassurer les personnels des secteurs de la Santé et de l’Education. Outre ses engagements pour la prise en charge des problèmes en suspens, à l’instar de la surcharge des classes, du transport scolaire, il a promis de revoir les programmes scolaires et de régler le problème de la surcharge du cartable de l’élève. « L’éducation est devenue une préoccupation pesante pour à la fois la famille et l’État», a-t-il reconnu. Et de promettre, par ailleurs, « davantage de renforcement pour les cantines et le transport scolaires à travers tout le territoire national, notamment dans les régions enclavées, les zones rurales et les régions du Sud et plus d’intérêt et de soutien à l’enseignant, matériellement et socialement». Idem pour l’enseignement supérieur auquel le Président s’est engagé à accorder «l’intérêt lui permettant de jouer un rôle dans l’édification de la nouvelle République ». L’université, a-t-il estimé, doit « jouer un rôle pionnier dans l’édification de la nouvelle République algérienne ». Et pour y parvenir, Tebboune suggère « le développement des programmes pour hisser le niveau des diplômés et jeter des passerelles entre l’Université et le monde du travail afin de faire d’elle la locomotive de l’édification d’une économie forte ». Comme il s’est engagé à valoriser la bourse universitaire, notamment pour les étudiants en sciences exactes, et à promouvoir la profession d’enseignant et de chercheur sur les plans matériel et social. Le chef de l’État a, néanmoins, mis l’accent sur « le problème de l’unification de la langue d’enseignement depuis le primaire jusqu’à l’Université ». La création de pôles universitaires, l’éradication de la bureaucratie qui « tue la créativité et l’innovation » ont été aussi évoquées par Abdelmadjid Tebboune dans son discours consacré au chapitre de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Dans le secteur de la Santé, le président de la République a indiqué que « l’Etat va encourager l’investissement dans la production des médicaments et la promotion de l’industrie locale des médicaments » afin de parer au problème épineux de la pénurie des médicaments, notamment pour les maladies chroniques. M. Tebboune a légalement rassuré quant à la prise en charge des revendications des personnels des secteurs de la Santé et de l’Education. « Le personnel du secteur de la Santé aura toute l’attention de l’Etat sur les plans matériel et moral, à travers la révision du service civil et l’octroi d’avantages importants aux médecins et aux paramédicaux dans les Hauts-plateaux et du Sud du pays», a-t-il révélé. Le soutien de l’État aux sports est également évoqué par le nouveau président de la République, qui a souligné la « nécessaire assistance matérielle aux sportifs pour leur bonne préparation », mais également à travers l’aide des équipes professionnelles.

 

Une politique étrangère en accord avec les intérêts nationaux

Au plan international, le nouveau Président s’est montré en droite ligne avec la tradition de la diplomatie algérienne notamment sur le principe de non-ingérence, et de celui du soutien aux peuples à disposer de leur propre avenir. M. Tebboune rappelle également que la politique étrangère devra être en accord avec les intérêts de l’Algérie, qui développera des relations d’amitié et de coopération avec tous les pays, « sauf avec ceux dont nous n’entretenons pas de relations pour des raisons objectives, avec le refus de toute intervention dans les affaires internes des pays », a-t-il précisé. Au sujet du projet maghrébin, le président de la République a expliqué et prôné la politique de bon voisinage et des relations fraternelles avec les pays de la région. Quant au problème du Sahara occidental, il a rappelé qu’il était entre les mains de l’ONU et de l’UA, mais ne devait en aucun cas être source de tension dans les relations avec le Maroc. Abordant la situation en Libye, il a soutenu que l’Algérie, « attachée » à la stabilité de ce pays, n’acceptera pas d’être tenue à l’écart du processus de règlement.  Par ailleurs, le chef de l’Etat a annoncé que l’Etat installera, au niveau des ambassades et consulats, des instances juridiques pour la défense de tout Algérien bafoué dans sa dignité pour peu que les membres de notre communauté respectent les lois des pays hôtes. Le Président a réitéré son engagement à la prise en charge par l’Etat du rapatriement rapide des dépouilles des Algériens décédés à l’étranger.

 

L’hommage à l’Armée nationale populaire

Enfin, concernant la défense et la sécurité nationales, outre la poursuite du processus de professionnalisation et la disponibilité opérationnelle et combative de l’ANP, M. Tebboune a mis l’accent sur «l’impératif de veiller au moral des troupes stationnées aux frontières qui veillent à la préservation de la stabilité de l’Algérie, et ce à travers des mesures d’incitation et de motivation indispensables. Il en sera de même pour les corps de la Sûreté et de la Gendarmerie nationales qui veillent à la sécurité des individus, des biens et de la société. Au terme de son discours à la nation, et comme un symbole de la nouvelle ère qui commence, M. Tebboune a demandé à ce que, protocolairement, sa fonction ne soit plus associée au qualificatif « Fakhamatouhou » (Son Excellence), par lequel était désigné l’ancien président, mais qu’il soit simplement appelé « Monsieur le Président ».

 

Y. M.

Le Président Tebboune décoré de l’ordre de mérite national du rang « Sadr »

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été décoré de l’ordre de mérite national du rang « Sadr » lors de la cérémonie de prestation de serment. La distinction lui a été remise par le chef de l’Etat sortant, Abdelkader Bensalah. Le président Tebboune a prêté serment conformément à l’article 89 de la Constitution qui stipule que « le Président de la République prête serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la Nation, dans la semaine qui suit son élection. Il entre en fonction aussitôt après sa prestation de serment ».

Le Président Tebboune décerne la médaille de l’Ordre de mérite national du rang « Sadr» à Bensalah et Gaid Salah

A l’issue de son discours d’investiture, le président de la République a rendu hommage au chef de l’Etat sortant, Abdelkader Bensalah, «compte tenu des efforts qu’il a déployés durant toute la période de sa présidence, ce qui a permis la pérennité de l’Etat et de ses institutions». Le Président Tebboune a en outre rendu un vibrant hommage à l’institution militaire et à son haut commandement pour les efforts consentis pour l’organisation d’élections libres et transparentes dans les délais. « Je rends hommage notamment au moudjahid Ahmed Gaid Salah pour son rôle dans la préservation de la souveraineté et la stabilité du pays. L’ANP a été un rempart contre l’ingérence et les complots contre l’unité du pays», a assuré le Président. Il a également mis en avant l’accompagnement du Hirak populaire par l’armée, dans le cadre de la satisfaction des revendications citoyennes. Le président de la République a décidé de décerner deux ordres honorifiques, à savoir l’Ordre du Mérite national « Sadr » au chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, ainsi qu’au chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah, à titre exceptionnel. Cette distinction du chef d’état-major de l’ANP constitue une première dans les annales de l’Algérie. C’est en effet la première fois qu’un militaire est élevé à cette haute distinction.  

 



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