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N° 124 - Nov 2019

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1er novembre 1954 - 12 décembre 2019

Un peuple né des Révolutions

Par Farid HOUALI



1er Novembre 1954-12 décembre 2019. Deux dates, deux évènements. Deux Révolutions. Séparées par le temps et liées par l´histoire. Différentes dans la forme mais identiques dans le fond : l’une pour l’Indépendance, l’autre pour la citoyenneté. Si la déclaration du 1er Novembre 1954 a marqué un « tournant décisif » dans l’histoire du peuple algérien, il devrait être de même le 12 décembre 2019. De même que la réunion de Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf et Rabah Bitat, au domicile du militant Mourad Boukechoura (lieu de la réunion des Six), a eu lieu dans un contexte marqué par des ambiguïtés, a abouti à la ferme conviction qu’il fallait impérativement déclencher la Révolution du 1er Novembre 1954, l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 ne devrait pas déroger à la règle et qu’il faut élire un président de la République. Feu Rabah Bitat n’avait jamais parlé de celui qui a rédigé la Déclaration du 1er Novembre, mais il répétait, toujours, qu’elle représentait la voix du peuple algérien. Et justement c’est cette voix du peuple qui doit décider le 12 décembre prochain pour élire le président de la République. Comme la génération d’hier, celle d’aujourd’hui est en droit, et dans l’obligation, de montrer au monde son amour pour la patrie et sa disponibilité aux sacrifices, à l’instar de ses aïeux, pour son progrès et sa dignité, en se rendant aux urnes le jour de l’élection présidentielle, devenue incontournable. Certes, beaucoup se posent la question lancinante : pourquoi élire un président de la République ? Mais, l’Algérie peut-elle rester encore longtemps sans président ? L’Algérie réussira-t-elle à trouver la voie du salut ? En effet, l’évènement phare de l’année 2019 en Algérie reste incontestablement l’élection présidentielle. L’importance de cet évènement réside aussi bien dans ses résultats que dans le contexte de son déroulement et dans les reconfigurations politiques qu’elle amorce. Un contexte marqué par une rupture entre la classe politique et le citoyen, en plus de la naissance de tensions liées à la chute brutale des prix du pétrole, qui peut préfigurer une crise économique à venir. De ce fait, l’élection présidentielle devrait accoucher d’un bouleversement politique majeur en donnant lieu à des reconfigurations politiques qui ne sont pas de moindre importance. L’année 2019 a vu la montée des différentes formes de contestation entamées le 22 février par le peuple, dans le mouvement populaire « Hirak », qui a décidé, dans son unité absolue et dans toute sa composante, de braver son destin en sortant dans la rue appelant aux réformes et au changement profond dans la gestion politique des affaires du pays en exigeant le départ des anciennes figures du système, à l’image du peuple de 1954 qui a combattu pour l’Indépendance. Près de huit mois après le déclenchement du mouvement populaire qui a empêché Abdelaziz Bouteflika de briguer un 5e mandat, le pays tourne encore en rond et le peuple est toujours dans la rue. C’est la première fois depuis son indépendance en 1962 que le pays connaît un vaste mouvement de contestation et de paralysie de plusieurs de ses institutions d’Etat. La contestation semble s’inscrire dans la durée. La situation politique est de ce fait, dans une impasse totale. Entre les adeptes du vote et ceux du boycott, jusqu’à l’aboutissement de toutes les revendications légitimes des Algériens, l’écart se creuse et aucune voie conciliante ne semble être trouvée, à moins de deux mois du rendez-vous du 12 décembre, pourtant seule option présentée, d’ailleurs, comme la solution définitive à la crise. Si la rue et l’opposition estiment que les conditions ne sont pas réunies, certains responsables et courants politiques semblent se résoudre à ce nouveau calendrier. « La tenue d’une présidentielle dans les délais est la solution idoine pour sortir de la crise, et éviter ainsi, au pays de plonger dans les méandres des étapes de transition », tentent en effet d’expliquer bon nombre d’experts, juristes, partis politiques, représentants de la société civile et autres universitaires. De ce fait, l’élection présidentielle devrait constituer un nouveau départ et l’unique solution à même de consacrer la souveraineté du peuple prévue aux articles 7 et 8 de la Constitution, revendication majeure du Hirak, et dont l’application passe inévitablement par les urnes. Pour rappel, ’article 7 de la Constitution adoptée en 2016 stipule que « le peuple est la source de tout pouvoir » et que »la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. Tandis que l’article 8 réaffirme que « le pouvoir constituant appartient au peuple » et que « le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne et qu’il (le peuple) l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus ». De ce fait, « le statu quo est devenu intenable » pour certains, « suicidaire » pour d’autres.

« Certes notre pays est face à une épreuve difficile, mais les solutions sont possibles avec tout ce qui a été assuré pour aller vers un scrutin présidentiel, le 12 décembre prochain, notamment à la faveur de la concrétisation de la plus grande partie des revendications exprimées par notre peuple lors de son Hirak pacifique et civilisationnel, et ce grâce à la réponse des institutions de l’Etat et à l’accompagnement de l’Armée nationale populaire (ANP), qui n’a ménagé aucun effort à s’acquitter, d’une façon pleine et perspicace de ses missions constitutionnelles», assurait le 22 octobre dernier, le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, dans son message à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de la presse.

« Au moment où notre pays, fort de l’adhésion de la majorité de notre peuple, se dirige résolument vers l’échéance présidentielle, je voudrais réitérer l’expression de ma gratitude à notre Armée, et particulièrement à son Commandement, qui a veillé à mettre l’Algérie à l’abri de toute manœuvre périlleuse et à se tenir au côté du peuple algérien», a-t-il ajouté.

Réitérant à ce propos, «l’engagement de l’Etat à faire face fermement à tout acte visant à perturber le processus électoral, à semer la confusion ou à provoquer des entraves partant d’intentions malveillantes et d’arrière-pensées, qui ne sauront tromper la vigilance et la maturité du peuple algérien», Abdelkader Bensalah a exhorté les citoyens à «un sursaut national en se rendant massivement aux urnes pour élire un président de la République et édifier ses institutions dans une Algérie nouvelle, capable de relever les défis actuels, aussi bien à l’intérieur qu’au niveaux régional et international».

Par ailleurs, le chef de l’Etat a salué «les efforts de l’ensemble des patriotes, qui croient en une Algérie forte et souveraine, et qui œuvrent assidûment et sincèrement à sa sortie de la situation actuelle», assurant que «désormais, grâce à la persévérance et aux sacrifices des loyaux enfants de l’Algérie, et à la convergence des volontés jalouses de la patrie, le processus politique inclusif autour de l’élection présidentielle est devenu un impératif incontournable».

Rappelant qu’«en prévision de l’échéance nationale décisive et historique pour notre Nation, le corps électoral a été convoqué, au lendemain de la cristallisation des propositions de l’Instance nationale de dialogue et de médiation (INDM), consistant essentiellement en l’adoption de deux lois organiques relatives à l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) et au régime électoral», il a indiqué que l’ANIE a été installée «dans le cadre d’une démarche visant à asseoir un climat de confiance restaurée, et aujourd’hui nous aspirons à une plus grande conjugaison d’efforts nationaux, louables et dévoués, pour les semaines à venir», a-t-il dit. «Le statu quo ne sert nullement notre peuple, et les medias, tous supports confondus, ont un important rôle à jouer pour contribuer à la réussite du processus électoral», a conclu le chef de l’Etat.

 

Une économie au ralenti

L’émergence du mouvement populaire le 22 février a eu des incidences inattendues sur l’économie. La crise politique qu’il a engendrée, corrélée au lancement de l’opération de lutte contre la corruption ont en effet provoqué une situation d’incertitude dans le milieu des affaires et chaque jour qui passe affaiblit un peu plus l’économie nationale qui connaîtra en 2019, selon les experts, un quadruple déficit : celui de la balance commerciale, celui de la balance des services et des revenus, celui de la balance courante et celui de la balance des paiements.

La sonnette d’alarme est tirée est un « ralentissement de l’économie du pays », n’est pas à exclure selon la Banque mondiale qui, dans un rapport publié le 9 octobre dernier, a fait savoir que « la crise politique que vit l’Algérie devrait provoquer un ralentissement de l’économie du pays que ce soit dans le secteur des hydrocarbures ou hors-hydrocarbures, avec pour conséquence un taux de croissance du PIB qui ralentirait à 1,3% en 2019 contre 1,5% l’année précédente ».

« Des dirigeants d’entreprises de divers secteurs ont été arrêtés dans le cadre d’enquêtes sur des affaires de corruption, ce qui a eu pour effet de perturber l’économie en raison de changements soudains dans la direction et la supervision de ces entreprises, ainsi que l’incertitude planant sur les investissements», explique le rapport. S’agissant du secteur des hydrocarbures, l’incertitude politique atténuera l’espoir d’une augmentation de la production, la révision de la loi sur la fiscalité des hydrocarbures étant décriée. En conséquence, la croissance du PIB devrait se ralentir à 1,3 % en 2019. Le rapport de la Banque mondiale évoque également les contraintes causées par la période préélectorale actuellement en cours en Algérie. « La période préélectorale risque également de retarder davantage le processus d’assainissement budgétaire programmé pour 2019, aggravant le déficit budgétaire à 12,1% du PIB et augmentant le risque d’un ajustement plus brutal à l’avenir », avertit le rapport. La Banque mondiale annonce également que le déficit du compte courant devrait se creuser pour atteindre 8,1 % du PIB, principalement en raison d’un déficit commercial nettement plus important.

« L’activité et les investissements du secteur privé subiront les effets des perturbations politiques et d’un climat des affaires défavorable, ainsi que des perturbations causées par les retards de paiement des travailleurs dans plusieurs branches d’activité industrielle », a indiqué la Banque mondiale. D’ailleurs, chiffres à l’appui, Mouloud Khaloufi, président de l’AGEA (Association générale des entrepreneurs algériens), relevait que 1360 entreprises de réalisation ont cessé leurs activités. L’intervenant sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale a fait remarquer que la crise ne touche pas uniquement les entreprises de réalisation, mais s’étend naturellement à celles de fabrication des matériaux de construction.

Mouloud Khaloufi a ajouté que les entrepreneurs sont en cessation d’activité, «totalement à l’arrêt » et restent dans l’attente de « l’élection d’un président légitime ». Un mois auparavant, Mohamed Sami Agli, président du FCE, déclarait lors d’une conférence de presse que « la situation économique est inquiétante. L’économie est au ralenti et les chefs d’entreprises sont inquiets ».

S’exprimant à ce sujet, Mohamed Kamel Ait Dahmane, représentant de l’Union nationale des entrepreneurs publics (Unep), une organisation patronale publique, a estimé que des solutions de sortie de crise devraient être trouvées pour limiter les «retombées négatives» sur l’économie nationale, qui, a «du mal à se remettre de la crise de 2015».

Pour éviter une détérioration de l’économie nationale, ce chef d’entreprise a jugé qu’il était impératif de reprendre en main tout ce qui touche au domaine économique et de réinstaurer un climat de confiance. Il est aussi nécessaire que le financement de l’économie nationale se fasse sur des bases «saines» et surtout que les opérateurs économiques reprennent confiance sur la base de mesures qu’auront à prendre les pouvoirs publics. Selon lui, même si les mesures prises, jusque-là, par les pouvoirs publics ont permis d’amortir le «gros de ses retombées», il n’en demeure pas moins que les évènements vécus par l’Algérie depuis le 22 février dernier, ont «pratiquement plombé» l’évolution de l’économie nationale déjà «fragilisée par l’informel, l’absence d’une concurrence loyale et le faible niveau d’investissement productif par rapport aux besoins nationaux».

C’est dire que l’Algérie doit rapidement trouver une issue à sa crise politique car c’est l’impasse politique qui a figé l’activité économique et cette dernière mènera inévitablement à l’explosion sociale sachant qu’avec la cessation d’activité des entreprises, ce sont des milliers de postes de travail qui sont menacés. « Seul le retour à la stabilité politique pourra permettre à l’Algérie de reprendre ses réformes économiques, de diversifier ses activités, mais surtout de relancer l’investissement. Car un climat politique incertain est défavorable à l’investissement », estiment les experts de la question économique et financières. C’est pour cela, soutiennent-ils, qu’un gouvernement légitime et crédible est très important. Pour éviter le gouffre économique, l’Algérie doit aller vers une stabilité politique. « L’élection présidentielle qui se prépare actuellement pour le 12 décembre prochain, si elle venait à réussir, pourrait bien être le début du retour à la stabilité et à la légitimité tant attendue. Elle permettra le lancement d’une course contre la montre pour rééquilibrer la situation économique. Les choses ne seront certes pas faciles et les années des «vaches maigres» seront sûrement au rendez-vous, mais l’Algérie aura au moins réussi à s’arracher du statu quo », analysait notre consœur Hasna Yakoub sur les colonnes du quotidien L’Expression.

 

L’indépendance de l’administration

C’est une situation inédite qui servira certainement de cas d’école aux spécialistes de la sociologie politique. En Algérie, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), composée de 50 membres, et présidée par l’ancien ministre de la Justice, Mohamed Charfi, a été chargée de réceptionner les dossiers de candidatures d’élection du président de la République et d’y statuer. L’ANIE a également la charge de préparer les élections, de les organiser, de les gérer et de les superviser et ce, dès le début de l’opération d’inscription sur les listes électorales et leurs révisions ainsi que les opérations de préparation de l’opération électorale, des opérations de vote, de dépouillement et se prononcent sur le contentieux électoral jusqu’à l’annonce des résultats provisoires. C’est, en effet, la première fois, non pas seulement en Algérie, mais dans le monde, qu’un scrutin électoral se déroule sans le support de l’Administration. « L’Autorité nationale indépendante des élections jouit d’une indépendance totale », a affirmé récemment le vice-président de cette instance, Abdelhafidh Milat, soutenant que le futur président de la République sera « choisi librement et dans la transparence » par le peuple algérien.

« Nous appliquons la loi telle qu’elle, et nous ne dépendons de personne, soit morale ou physique. Nous dépondons uniquement de la loi, nous n’allons jamais accepter de travailler sous pression de qui que ce soit. Nous dépendons du peuple et de ce Hirak, nous dépendons des revendications de la population qui espère l’alternance, la souveraineté populaire, la démocratie et la liberté…, ce sont des choses magnifiques. Et nous n’allons jamais accepter, quelle que soit la pression que nous allons subir, de trahir la confiance de nos électeurs. A cette occasion, je lance un appel à la population pour qu’elle nous aide à réussir ce rendez-vous électoral important, parce que, sans l’adhésion massive de la population, nous ne pourrons rien faire. Il faut qu’elle participe massivement aux élections », assurait également dans un entretien à El-Djaïzair.com, Ali Draâ, chargé de communication de l’instance.

Pour rappel, le Premier ministre, Noureddine Bedoui, avait, fin septembre dernier, instruit les membres du gouvernement et les institutions publiques de mettre à la disposition de l’ANIE, «tous les moyens», lui permettant l’organisation «dans les meilleures conditions» l’élection présidentielle du 12 décembre prochain.

Dans une instruction adressée aux membres du gouvernement, au commandant de la Gendarmerie nationale, au directeur général de la Sûreté nationale, aux walis et walis délégués et aux présidents d’APC, le Premier ministre avait mis l’accent sur la nécessité de « veiller, chacun en ce qui le concerne, à répondre d’une manière diligente à toutes les sollicitations émanant de l’ANIE».

Il a appelé, à ce propos, à veiller à la mise à la disposition de l’ANIE de «l’ensemble des moyens humains et matériels, que commande une organisation parfaite de cette échéance électorale, sous tous ses aspects, dans le souci d’en garantir un parfait déroulement, dans le respect de la loi et des principes de neutralité, de régularité, de transparence et de crédibilité».

«Vous êtes aussi chargés, conformément à la loi, de veiller à fournir à cette Autorité indépendante toute information ou documentation qu’elle juge nécessaire pour la concrétisation de ses missions», a souligné le Premier ministre.

«Vous êtes également interpellés pour placer en tête de vos priorités, votre responsabilité qui demeure pleinement engagée, pour mettre en échec tout acte susceptible d’entacher la neutralité ou compromettre la crédibilité de ce scrutin, notamment l’utilisation prohibée par la loi, des biens et des moyens publics au profit d’un parti ou d’un candidat donné ou tout autre comportement de nature à entacher la régularité de ce scrutin, qui devra répondre à toutes les exigences d’impartialité, de régularité et de transparence», a-t-il ajouté. Á ce point précis, dans un entretien accordé à l’APS, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections Mohamed Charfi s’est montré rassurant relevant que la fraude lors de la prochaine présidentielle sera impossible. « Les procédures qui seront adoptées en prévision de la prochaine présidentielle et le système informatique qui sera utilisé pour la surveillance et l’assainissement des listes du corps électoral relégueront la fraude au domaine de l’impossible », a-t-il en effet noté. En vue de conférer la transparence et l’intégrité à cette élection, il sera procédé à la révision de plusieurs aspects relatifs au scrutin, à travers la prise de nouvelles mesures, comme à titre d’exemple, le changement des procès-verbaux.

 

L’ANIE au four et au moulin

La nouvelle loi organique relative au régime électoral stipule, faudra-il le rappeler, que le candidat à l’élection présidentielle doit présenter une liste comportant cinquante mille (50.000) signatures individuelles au moins, d’électeurs inscrits sur une liste électorale. Ces signatures doivent être recueillies à travers au moins 25 wilayas. Le nombre minimal des signatures exigées pour chacune des wilayas ne saurait être inférieur à 1.200.

Le candidat à la présidence de la République doit déposer une demande d’enregistrement auprès du président de cette Autorité, selon cette nouvelle loi exigeant au candidat de joindre à son dossier de candidature qui doit être déposé par lui-même auprès de l’instance, plusieurs document dont un diplôme universitaire ou un diplôme équivalent et un certificat de nationalité algérienne d’origine.

Aussi, la loi «interdit aux postulants à la candidature à l’élection présidentielle de verser une contrepartie financière à toute personne pour la signature de formulaire de souscription de signatures individuelles».

Cependant, avant même que les dossiers de candidatures ne soient déposés et validés, des dépassements dans l’opération de souscription des signatures individuelles au profit des candidats à la présidence de la République ont été signalés ici et là. Le cas le plus édifiant a été signalé à Souk-Ahras. Huit fonctionnaires ayant falsifié de formulaires de candidature d’un candidat postulant à l’élection présidentielle, ont été traduits en justice.

Les mis en cause ont été identifiés par des membres de la délégation de wilaya de l’autorité nationale indépendante des élections.

Othmane Menadi, président de la délégation de wilaya de l’ANIE, cité par l’APS, a affirmé qu’ « aucune velléité de fraude ne sera tolérée afin d’assurer la transparence de l’opération électorale». «Il faut mettre le holà sur certains comportements qui entravent l’organisation du scrutin et la vocation de l’ANIE est de requérir le parquet général, ce qui est nouveau car l’Autorité n’a pas le caractère d’une administration lui octroyant le pouvoir de veiller à l’ordre public, tâche dévolue aux walis», insistait le président de l’ANIE dans une intervention à l’ENTV. Globalement et en chiffres, les résultats préliminaires de l’opération font état (jusqu’au 6 octobre 2019) de «128 000 nouveaux inscrits et 40 000 cas de décès, enregistrés au niveau des communes et rectifiés lors de la révision des listes électorales, en sus de 75 390 dossiers relatifs au changement de résidence».

La révision exceptionnelle des listes électorales a été lancée, conformément au décret présidentiel portant convocation du corps électoral en prévision de l’élection présidentielle du 12 décembre, signé par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah le 15 septembre dernier. L’opération a pris fin le 6 octobre.  En ce qui concerne les ressources humaines, 500.000 personnes, tous corps de soutien confondus, sont mobilisés pour l’organisation du scrutin et l’encadrement des bureaux de vote.

Le personnel dédié à cette tâche est renouvelé pour donner un cachet concret à la rupture avec les méthodes et pratiques du passé en faisant appel aux enseignants et étudiants y compris ceux du Hirak pour participer à l’opération aux côtés des autres composantes de l’élite. « 20.000 étudiants ont répondu à l’appel et dans 38 wilayas et les enseignants universitaires ont accepté de participer à la tâche conscients qu’ils sont que le contrôle des bureaux de vote est nécessaire», affirme encore Mohamed Charfi, estimant que la démarche n’est pas un jugement sur l’honnêteté des anciens encadreurs et ils ne sont pas mis en cause dans leur engagement au service du pays, « mais la population et les jeunes ont exigé le renouveau et malgré l’ampleur du défi, 300.000 personnes ont été affectées à l’encadrement des bureaux de vote ».

 

Les engagements de l’ANP

Depuis, maintenant huit mois, l’Algérie vit une situation politique, le moins que l’on puisse dire, délicate. La démission de l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika, début avril dernier, a donné lieu à une instabilité institutionnelle évidente. Alors que les Algériens par millions manifestent chaque vendredi, rejetant les symboles de l’ancien régime, l’institution militaire se retrouve encore une fois, et malgré elle, au-devant de la scène, et face à une crise politique aiguë et qui menace même l’intégrité du pays. Mais, n’oublions surtout pas que ce sont les servitudes de sa mission qui font la grandeur de l’Armée qui a veillé, depuis le début des manifestations pacifiques, à s’aligner aux côtés du peuple, et a insisté sur la nécessité de satisfaire ses revendications légitimes, de façon à garantir le bon fonctionnement de l’Etat dans le cadre de la légitimité constitutionnelle. « L’attachement aux solutions légales et constitutionnelles conduisant à l’organisation d’élections présidentielles dans les plus brefs délais » a souvent été mis en exergue par le Haut commandement de l’ANP, pour qui, l’organisation des élections dans les délais fixés est une nécessité rendue impérative par les conditions difficiles que traverse notre pays. «Il se confirme aujourd’hui que la sage décision d’organiser les élections présidentielles dans les délais impartis permettra à notre pays, à n’en pas douter, d’éviter le vide constitutionnel et de glisser vers des lendemains incertains», a souligné la revue de l’armée El Djeïch dans son numéro du mois d’octobre.L’ANP a assuré, à ce titre, qu’elle «a pris toutes les dispositions à même de garantir le déroulement des élections dans un climat de sécurité, de calme, de sérénité et de quiétude et de permettre ainsi au peuple algérien d’exprimer ses choix en toute liberté et souveraineté».

L’armée a réaffirmé également sa «détermination à continuer, sans relâche, d’accompagner le peuple algérien pour une participation massive et efficace aux prochaines élections présidentielles, en sécurisant le déroulement du scrutin à travers l’ensemble du territoire national afin de permettre au peuple algérien d’exprimer sa volonté ainsi que ses aspirations légitimes à l’édification des fondements d’un Etat démocratique». Ce ne serait pas le seul et unique engagement de l’ANP dont « la seule priorité reste la sécurisation de l’Algérie et de son peuple, la sauvegarde de sa stabilité, son indépendance et sa souveraineté nationale dans un contexte régional caractérisé par des mutations et des évènements suscitant la méfiance ». Son chef d’état-major, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah affirmait fin septembre dernier, à partir de la 2e Région militaire (Oran) que seul le peuple plébiscitera le prochain Président à travers les urnes et que l’Armée nationale populaire ne soutient personne. Vilipendant «la propagande colportée par la bande », le chef d’état-major de l’ANP a affirmé que « parmi les propagandes colportées par la bande et ses acolytes et qu’il faut combattre, celle qui tente de répandre l’idée que l’Armée nationale populaire appuie un des candidats aux prochaines présidentielles». Une « propagande, ayant pour objectif, souligne le général de corps d’Armée, de perturber cette importante échéance électorale «.

Aussi pour le bien de l’Algérie et des Algériennes et Algériens, la « Révolution du sourire » se doit d’arriver à bon port au risque de voir la réflexion d’Alex de Tocqueville « les grandes révolutions qui réussissent, faisant disparaître les causes qui les avaient produites, deviennent ainsi incompréhensibles par leurs succès mêmes » se concrétise.

F. H.

 



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