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N° 124 - Nov 2019

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Modernisation des banques

L’urgence de la réforme

Par Farid HOUALI



Les banques ont engagé aussi des actions pour leur permettre de cerner les besoins des clients et d’y répondre et proposer les produits et services adaptés à chaque client. Afin d’améliorer ce qui se fait aujourd’hui, le secteur bancaire compte augmenter l’utilisation des moyens technologiques, de lancer de nouveaux produits, de se rapprocher des clients pour mieux répondre à leurs besoins, d’améliorer la qualité de la ressource humaine par la formation.  C’est dire que la modernisation bancaire s’impose. Ce n’est plus un choix, mais une nécessité. « La réforme bancaire constitue aujourd’hui un jalon décisif des réformes structurelles devant favoriser la diversification de l’économie nationale et la mettre sur la voie d’une croissance plus soutenue », soulignait à ce propos Abderrahmane Raouya, ministre des Finances, lors de son allocution prononcée lors d’une journée technique portant « sur la modernisation des banques » organisée par l’Association des banques et établissements financiers (Abef) au CIC (Alger). Parmi ces réformes, Raouya a cité « l’extension du réseau des banques pour se rapprocher davantage de la clientèle », ce qui est indispensable pour l’inclusion financière. D’autant, a-t-il soutenu, que la réforme du système financier et bancaire a une « portée stratégique dans la mesure où elle assume comme objectif de relever un défi global, celui d’adapter les instruments et les institutions de l’économie aux changements inéluctables, assurant la modernisation de l’appareil de production indispensable pour le passage à une économie performante ». En termes de chiffres, le ministre a souligné qu’à la fin de l’année 2017, les crédits directs pour l’économie ont atteint 7504 Mds de dinars, soit 87% de l’ensemble des crédits accordés à l’économie, de l’ordre de 8878 Mds de dinars. 45% sont accordés au secteur public, alors que 55% sont réservés aux privés, et dont 74% sont financés par les banques publiques. Des chiffres dénotant de l’implication des banques pour le financement de l’économie, a-t-il ajouté, soulignant que « la conjoncture présente est caractérisée par l’augmentation permanente de la demande de besoin de financement ». Devant cet état de fait, le ministre a appelé à « reformer le système financier afin de le hisser aux attentes des clients, en matière de collectes de l’épargne, de mise sur le marché des nouveaux produits bancaires, tout en assurant les services de base aux citoyens » pour que « les réformes engagées touchent l’amélioration de la gouvernance des banques publiques, par un mécanisme d’évaluation permanente et prudentielle défini par les autorités financières ».  En effet, l’amplitudes des réformes financières se mesure au traitement réservé aux mesures de régulations administratives du système financiers, telles que le contrôle sur le crédit, sur le taux d’intérêt, les barrières à l’entrée sur le marché, les réglementation régissant les institutions financières, la domination des entités publiques et le renforcement des contrôles  sur les transactions internationales, explique le premier argentier du pays qui insiste sur le rôle de la Banque d’Algérie, en tant que producteur des normes et chargée de la supervision du fonctionnement du marché bancaire avec l’autorité bancaire. A cet effet, « la Banque d’Algérie s’attrlle à mettre en place un dispositif réglementaire de la gestion des banques confirmées aux standard internationaux de nature à favoriser l’émergence d’un système bancaire moderne et résilient », a révélé Abderrahmane Raouya lors de cette rencontre. Une rencontre rehaussée par la présence de Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque d’Algérie, et qui a regroupé les banques et les établissements financiers, les opérateurs économiques, des experts du monde économique et financier ainsi que des représentants du secteur de la communication et de la presse.Plusieurs thématiques ont été abordées durant cette rencontre notamment celles en relation avec les réalisations au plan de la diversification de l’offre de financement, la refonte et la modernisation de leurs systèmes d’information et l’inclusion financière.Cette journée d’études, organisée en panels présidés par des P-DG de banques et animés par des experts et professionnels du secteur bancaire, a offert aux participants l’opportunité de s’informer davantage sur l’évolution et le développement du secteur bancaire ainsi que sur les réalisations enregistrées et les perspectives de l’avenir. Dans ce contexte, le ministre des Finances a notamment invité les banques à faire plus d’efforts pour mobiliser l’épargne.« Il est attendu des banques une contribution qualitative par une mobilisation plus intense de l’épargne et une meilleure allocation au profit des agents économiques », a-t-il recommandé. Les banques de la place sont ainsi invitées à améliorer la qualité de leurs services, à promouvoir la couverture territoriale et à diversifier davantage la gamme des produits proposés, a soutenu le ministre. Il est également attendu des banques des efforts conséquents en termes de formation et de valorisation des ressources humaines surtout sur les volets portant sur l’évaluation et la gestion des risques, l’action commerciale et les systèmes d’information. « L’expansion de l’activité bancaire ne doit tout de même pas se faire au détriment de la robustesse des indicateurs de solidité financière », a-t-il ajouté. Á travers quatre panels techniques, les participants à cette rencontre ont débattu des voies et moyens pour mener à bien la réforme des banques face aux mutations économiques, la diversification de l’offre des financements, la modernisation des systèmes d’information ainsi que l’inclusion financière. Ces thèmes représentent « un échantillon significatif des actions de réformes financières entreprises en Algérie », selon Abderrahmane Raouya.

 
S’orienter davantage vers les PME   

Les financements bancaires ont, certes, progressé de près de 14% en 2018 par rapport à 2017, selon les chiffres de la Banques d’Algerie, cependant, ils devraient s’orienter davantage vers les industries manufacturières et les services productifs portés par les PME, à valeur ajoutée avérée, a en effet recommandé Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque d’Algérie. Néanmoins, Mohamed Loukal a fait remarquer que le financement bancaire destiné à l’économie, même s’il a indéniablement progressé ces dernières années avec une hausse annuelle de crédits passée de 8,7% en 2016 à 12,3% en 2017 et à 13,8% en 2018, n’a tout de même pas été « totalement inclusif » dans l’ensemble des secteurs de l’économie.Les crédits à l’économie, qui ont atteint près de 50% du PIB en 2018, passant de 7.909 milliards de dinars (mds DA) en 2016 à 10.102 mds de dinars en 2018, ont été surtout concentrés sur les secteurs de l’énergie et de l’eau pour ce qui est des crédits à long terme.Mais vu l’importance des PME dans le développement économique du pays, l’amélioration de la capacité des banques et du système financier à accompagner la création et le développement des petites et moyennes entreprises productives est plus que jamais requise, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie qui précise que « ce sont des métiers que les banques doivent nécessairement développer pour promouvoir le développement des crédits d’investissement et mieux gérer les risques».La Banque centrale consacre, selon lui, des efforts permanents pour la promotion de ce segment d’activité notamment à travers la mise à niveau et la modernisation des centrales de la gestion des risques et des impayés. Abordant les différents axes de la réforme bancaire et financière, il a notamment souligné la faible capacité des banques à collecter l’épargne : « La collecte des ressources est l’un des talons d’Achille du système bancaire algérien ». Sur les quelque 5.000 mds de dinars de monnaie fiduciaire en circulation, soit 32% de la masse monétaire, on estime entre 1.500 à 2.000 mds de dinars l’épargne hors circuit bancaire des agents économiques, a rappelé M. Loukal.« L’amélioration des services bancaires existants et une politique agressive d’offre de services bancaires innovants, y compris une politique de taux attrayants, permettraient certainement de drainer une grande partie de cette épargne vers le circuit bancaire », a-t-il avancé. Cette démarche est d’autant plus nécessaire que l’actuelle aisance en matière de liquidité bancaire est générée, dans l’essentiel, par le financement monétaire appelé à prendre fin dans un horizon temporaire limité, a-t-il soutenu. Notant que le rôle des banques dans un financement sain et durable de l’économie nationale est plus que jamais crucial, surtout que le financement de l’économie demeure largement dominé par la dépense publique, Mohamed Loukal n’a pas manqué de rappeler que le financement non conventionnel, même s’il a permis de desserrer la contrainte financière et d’assurer la continuité de la dépense publique, ne pouvait en aucun cas constituer une solution durable.

L’audit des systèmes d’information 

La réforme de la gouvernance des banques doit, à son tour, constituer un axe majeur de la réforme bancaire escomptée, guidée par les principes d’autonomie, d’efficacité et d’obligation de performance, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie, qui a invité les banques à accélérer l’amélioration de l’intermédiation bancaire, en se reposant sur la modernisation de leurs systèmes d’information. Á cet égard, la commission bancaire s’apprête à demander la conduite, par les banques et établissements financiers, d’audits de leurs systèmes d’information sur la base d’un cahier des charges exhaustif et uniformisé. Le gouverneur de la Banque d’Algérie a, en outre, invité les banques à s’atteler à une mise à niveau permanente de leurs ressources humaines et à sa qualification en vue d’aborder la réforme financière par une aptitude plus marquée à l’égard des nouveaux métiers bancaires.L’ensemble de ces défis « semblent à la portée de la place bancaire et financière dont la résilience aux chocs externes à été prouvée quatre années durant avec un fort potentiel de rentabilité et une capitalisation adéquate », a-t-il estimé. Quant à Achour Aboud, président de l’ABEF et P-DG de la Banque nationale d’Algérie, il a souligné que le secteur bancaire national est en train d’accélérer sa mue de façon à constituer un véritable vecteur d’intégration de l’économie algérienne dans le nouveau paysage international. « Toute la communauté bancaire est consciente du chemin qui reste à parcourir pour hisser le secteur aux standards internationaux, mais nul ne peut ignorer les avancées significatives et les réalisations accomplies par le secteur grâce aux différents programmes de mise à niveau », a-t-il affirmé. Selon lui, avec une trentaine de banques et établissements financiers, employant près de 35.000 personnes, le secteur bancaire et financier algérien détient un réseau commercial de plus de 1.500 agences, gère 14 millions de comptes et un encours de crédits à l’économie de 10.000 milliards de dinars. 

F. H.



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