Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 120 - Avril 2019

Go

A la une

Industrie militaire

Un véritable levier à l’économie nationale

Par Smail ROUHA



Lors d’une visite de travail et d’inspection à la 5e Région militaire à Constantine, en février dernier, le général de corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a souligné l’importance de l’industrie militaire dans le processus de développement et de modernisation des capacités des forces armées algériennes. En visite au Complexe des véhicules blindés à roues à Aïn Smara «Rheinmethall-Algérie», en présence du général-major Ammar Athamnia, commandant de la 5° Région militaire et du général-major Rachid Chouaki, firecteur des Fabrications militaires au ministère de la Défense nationale, le général de corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah a mis l’accent sur «l’intérêt qu’accorde le Haut Commandement à ce genre de projets industriels stratégiques et importants qui s’articulent sur le transfert des technologies de haute précision, et qui contribuent à la promotion et au développement des fabrications militaires en particulier, et l’industrie nationale en général», tout en réaffirmant que «la vision du Haut Commandement de l’ANP quant à la question du développement et de la modernisation des capacités de nos forces armées est une vision globale et intégrée». Une vision, a-t-il poursuivi, «dans laquelle les fabrications militaires avec tous leurs secteurs et filiales occupent l’espace et la place mérités, puisque ceci constitue un effort colossal qui se fait avec des pas certains sur le chemin de l’installation d’une industrie militaire moderne, grâce à l’appui et au soutien indéfectibles dont jouit ce secteur vital, et qui fait du partenariat et de l’échange des expériences, un des facteurs clés dans l’acquisition des nouvelles technologies qui mènent à la concrétisation, progressive et effective sur le terrain, du principe d’autosuffisance, en contribuant et en consolidant le processus d’effort général consenti dans le développement et la promotion du tissu industriel national». Dans ce contexte, le Haut Commandement de l’ANP « aspire au meilleur, partant de ce qui est constaté en termes de rigueur manifestée par l’ensemble des cadres et des techniciens de ce Complexe industriel vital, et de ce qui a été relevé en termes de ferme volonté, donnant des résultats fructueux pour atteindre les objectifs escomptés », a-t-on ajouté. Les ateliers de l’entreprise «Rheinmetall-Algérie», spécialisée dans la fabrication de véhicules à roues 6x6 «Fuchs 2», comptent près de 1.000 jeunes employés de la région et des régions limitrophes, dont des ingénieurs et des techniciens, participant ainsi à l’absorption du taux de chômage et faisant accroître l’apport de l’ANP dans la promotion de l’industrie et le développement de l’économie nationale, à travers la diversification des sources de revenus du pays et la réduction de la dépendance vis-à-vis de l’étranger. En effet, dans le cadre des projets de réforme et de modernisation de l’Armée nationale populaire, l’Algérie s’est engagée dans un vaste programme de construction d’une base industrielle et de technologie de défense. Une vision entamée durant les années 1980 afin d’assurer une certaine autonomie à l’Armée nationale populaire et de s’affranchir de la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers. Une stratégie ayant permis à l’ANP d’assurer l’approvisionnement de certains équipements au moment où le pays était soumis à l’embargo sur les armes dont il avait besoin pour la lutte antiterroriste durant les années 1990 de la part de certains pays occidentaux pour avoir empêché la prise du pouvoir par les islamistes radicaux. Cette même stratégie permet aujourd’hui, alors que la crise financière internationale persiste, d’éviter les goulots d’étranglement. Actuellement, l’industrie militaire connait un nouvel essor pour garantir les besoins de l’ANP et renforcerses capacités opérationnellesconformément à ses objectifs stratégiques. Pour ce faire, l’industrie militaire a développé ses capacités internes de production par la mise sur pied d’entreprises militaires à caractère industriel et commercial dotées de la personnalité morale, voire de l’autonomie financière, et placées sous la Direction des Fabrications Militaires, outil chargé de développer et d’étendre la base industrielle et technologique au profit du ministère de la Défense nationale pour la satisfaction de ses besoins.

La relance du tissu industriel national

S’inscrivant dans le cadre de l’intérêt qu’accorde le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire au développement des fabrications militaires, afin de contribuer au développement de l’économie nationale et renforcer son potentiel, qui a toujours privilégié le partenariat comme voie du développement du tissu industriel national visant à booster et à encourager la production nationale, la Direction des Fabrications Militaires s’est complètement impliquée dans le tissu industriel national à même de contribuer à la relance économique du pays, à la résorptiondu chômage et d’impulser une synergie pour le développement de la sous-traitance et l’intégration nationale en faisant profiter les industriels nationaux aussi bien du secteur privé que public. Aussi, l’industrie militaire nationale a mis en avant la recherche scientifique et de la qualification de la main-d’œuvre locale. De ce fait, l’Armée nationale populaire apporte sa contribution au processus de relance de l’économie nationale à travers la mise en place d’une base industrielle solide. En fait, il s’agit d’appuyer le secteur industriel public, notamment les grandes entreprises stratégiques qui ont connu une période difficile surplusieurs plans d’autant que le ministère de la Défense nationale a été l’un des acteurs principaux dans le soutien à ces entreprises en récupérant certaines unités en souffrance, abandonnées ou carrément fermées. Pour ce faire, le MDN s’est associé avec d’autres secteurs et partenaires ministériels à travers des démembrements que sont les EPIC et EPE relevant des différents départements ministériels. Dans son souhait de relancer son industrie pour satisfaire au mieux les besoins de Défense nationale en matière d’armements, d’équipements militaires et de sécurité, l’Armée nationale a diversifié sa gamme de production grâce à la modernisation de sa base industrielle de technologie complètement intégrée au tissu industriel national. Placé au rang de priorité, le développement des capacités internes de production s’est traduit notammentpar la création de nouvelles entreprises dans le cadre de partenariats technologiques et industriels. Actuellement, la Direction des Fabrications Militaires assure la tutelle, dans le sens économique et administratif du terme, de neuf établissements à caractère industriel et commercial (EPIC) conformément au code du commerce. Ces EPIC disposent d’usines organiques ou bien de filiales, soit quarante sites industriels répartis sur l’ensemble du territoire national, qui pourvoient aux besoins de l’Armée en habillement, ameublement, logistique, munitions, armes légères et explosifs, véhicules multifonctions légers et lourds. Il s’agit de l’Établissement des Réalisations Industrielles de Seriana (ERIS), l’Office National des Substances Explosives (ONEX), l’Entreprise de Construction Mécanique de Khenchela (ECMK), l’Etablissement d’Habillement et de Couchage (EHC), ainsi que de la Société Algérienne de Fabrication de Véhicules (Safav) de Mercedes Benz à Ain Bouchekif (wilaya de Tiaret), et de la Société de droit algérien Rheinmetall Algérie SPA implantée à Ain-Smara dans la wilaya de Constantine chargée de la construction du blindé « Fuchs II à roues 6x6 ». En outre, l’ANP dispose d’autres entreprises à caractère industriel et commercial qui relèvent d’autres commandements et directions à l’image de l’Entreprise de Construction Aéronautique (ECA) qui développe des avions construits entièrement par des compétences algériennes, de l’Entreprise de Construction et de Réparation Navale (ECRN) qui fabrique ses propres corvettes ou bien l’Epic BCL (Base Centrale Logistique) qui prend en charge la rénovation des matériels de combat du corps de bataille ainsi que leur modernisation, et enfin les industries agro-alimentaires. Le développement de ce partenariat avec le secteur industriel national a empêché la fermeture de plusieurs usines depuis 2012, et la réouverture d’usines fermées à l’instar de l’usine de fabrication de chaussures à Bou-Saada, remise en service grâce à un partenariat entre le secteur industriel militaire et le secteur industriel civil.

Des produits aux standards internationaux

« Les articles qui sont fabriqués, dans le cadre d’un partenariat portant industrialisation et fabrication, sont similaires en tous points à ceux produits chez nos partenaires. Ils ont les mêmes noms, mêmes labels, mêmes formes, normes et standards », soulignait dans un précédent entretien le général-major Rachid Chouaki, Directeur des Fabrications Militaires. Un pari en voie d’être remporté du fait que les entreprises sous tutelle du ministère de la Défense nationale travaillent selon les normes de qualité et avec la technologie agréée par ses partenaires technologiques, ce qui est à même de lui permettre d’envisager de faire partie des fournisseurs de toutes les usines de ses partenaires technologiques et de faire son entrée dans le réseau de distribution et d’approvisionnement de toutes les usines qui travaillent sous le label de ses partenaires. Ce n’est pas le fait de produire un camion ou une voiture qui est important. Il faut aussi produire ses organes et maîtriser ainsi la technologie de production du véhicule. Il faut souligner que ces entreprises veillent en permanence à développer leurs moyens de production et disposentde moyens modernes ainsi que de tous les processus technologiques utilisés par les plus grands fabricants mondiaux puisqu’il est question aujourd’hui de s’appuyer sur la coopération et des partenariats technologiques et industriels.Certes, l’industrie militaire a débuté par le montage en kits avant de passer à la fabrication sous licence, à la coproduction, et enfin, à la conception et la production nationale. L’objectif, en plus de satisfaire au mieux les besoins de défense nationale et de l’économie nationale, est, d’une part, d´encourager le développement du potentiel industriel militaire, et, d’autre part, de renforcer son intégration au sein du tissu industriel national.

L’intégration stratégique

Parmi les clauses du partenariat contracté avec les firmes étrangères, la partie algérienne a insisté sur le transfert technique et technologique, la formation et la qualification des travailleurs algériens dans différentes spécialités techniques et administratives, et surtout l’intégration stratégique. Obéissant à des normes efficientes dans le domaine du partenariat industriel, telles que la qualité des cadres partenaires technologiques, la formation et la qualification de qualité des cadres et des professionnels, le partenariat permettra, en plus de la participation efficace au transfert des technologies et du savoir, l’intégration stratégique des entreprises nationales telles que la SNVI notamment dans la fonderie aluminium, l’emboutissage, la mécanique(usinage) à Constantine, l’intégration par des sous-traitants pour les petites pièces qui peuvent être fabriquées par des sociétés privées algériennes. En effet, les efforts du secteur de l’industrie militaire sont focalisés actuellement sur la fabrication des composants de moteurs en tant qu’axe essentiel de la fabrication des véhicules industriels. « Pour cette année, nous visons la fabrication de toutes les pièces composant le moteur du fait qu’il est un ensemble mécanique. Pour ce faire, nous comptons créer une joint-venture algéro-algérienne entre la forge et la fonderie de Rouiba, la fonderie acier de Tiaret, et l’usinage de German à Constantine. Ensuite nous passerons à la pièce de première monte de Daimler et de MTU, car ce dernier est également spécialisé dans la fabrication de moteur de navires de guerre et de marine marchande. La troisième marque est Deutz pour les engins de travaux publics, groupes électrogènes et machines agricoles. Il faut savoir que lors de la signature de partenariat à Oued Hamimim, nous avons choisi ces trois grandes marques pour couvrir l’ensemble des moteurs diesel à refroidissement à eau. Pour ce troisième moteur nous avons négocié directement pour les pièces de première monte », affirme le général-major Rachid Chouaki. D’ailleurs, pour les usines de montage des véhicules et des bus militaires, l’ensemble des moteurs utilisés est fabriqué au niveau du complexe Oued Hamimim à Constantine, outre la fabrication des moteurs de tracteurs et d’engins de travaux publics.

Près de 20.000 véhicules livrés

Employant environ 25000 personnes à travers ses entreprises et leurs filiales, l’industrie militaire s’est imposée comme un choix stratégique s’inscrivant en droite ligne d’une démarche nationale visant la réalisation de l’autosuffisance, la création d’emplois au profit des jeunes et la contribution au développement et au renforcement du tissu industriel national. A ce titre, il y a lieu de signaler que près de 3000 camions de différentes charges et une centaine de bus ont été livrés par la société AMS-MB/Société par actions, sise à Rouïba. Tandis que la Société Algérienne de Fabrication de Véhicules de marque Mercedes Benz (Safav MB) d’Ain Bouchekif (Tiaret) a fait part de la production de plus de 15.000 véhicules de différents types aux utilisations multiples dont 14.000 commercialisés. Desvéhicules, multifonctions et tout-terrains, dans diverses versions (transport du personnels, d’intervention, transport de marchandises, ambulances médicalisées et sanitaires), livrés au profit de la Direction Centrale du Matériel du ministère de la Défense nationale, de la Gendarmerie nationale, de la direction générale de la Sûreté nationale, du ministère de la Santé, de Sonatrach, de l’Enageo ainsi que des Entreprises économiques publiques et privées, et des directions de l’Administration locale.

Une société de production d’hélicoptères

Dans le cadre de l’intérêt qu’accorde le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire au développement des fabrications militaires, afin de contribuer au développement de l’économie nationale et renforcer son potentiel, il a été procédé au siège du ministère de la Défense nationale à la signature du pacte de création de la société algéro-italienne « LEONARDO Hélicoptères-SPA/Algérie » en présence du général-major Abdelhamid Ghriss, Secrétaire général du ministère de la Défense nationale et du général de Corps d’armée Nicolo Falsaperna, Secrétaire général du ministère de la Défense italienne et directeur national de l’armement. Cette société est issue d’un partenariat entre l’Etablissement de développement de l’industrie aéronautique « EDIA » relevant de la Direction des fabrications militaires et les compagnies Leonardo-International et Leonardo Hélicoptère suite au protocole d’accord de partenariat industriel et commercial signé le 11 août 2016, portant production d’hélicoptères de marque Agusta-Westland sur le site d’Aïn Arnat, wilaya de Sétif. Cette société est dédiée à la fabrication d’hélicoptères légers et moyens pour divers usages, parmi lesquels le transport de personnels et cargo, l’évacuation sanitaire, la surveillance et le contrôle, selon un plan de charges qui prévoit l’exportation à l’étranger. Ladite société bénéficiera, dès son lancement, d’un réseau de distribution local et international et d’un service après-vente incluant l’ensemble des échelons de réparation et de service après-vente garantissant les différents échelons de réparation et son propre appareil de formation et de qualification pour ses propres besoins et ceux des clients. En outre, cette activité industrielle va contribuer au développement d’activités de haute technologie dans le domaine des matériaux composites, la mécanique de précision, l’électronique et l’optoélectronique. Selon le général Belhadj Mouloud, directeur général de l’EDIA), «la société fabriquera 100 appareils sur les 10 prochaines années, dont une partie sera destinée à l’exportation » précisant que « la future société emploiera 300 personnes hautement qualifiées. » A cette occasion, le général-major Abdelhamid Ghriss a souligné l’« excellence » des relations algéro-italiennes basées sur une « confiance mutuelle, ainsi que la disponibilité de chaque partie, à renforcer, encore plus, cette coopération, notamment sur les plans du transfert technologique, du savoir-faire et du co-développement ». Dans l’optique d’atteindre un partenariat « fructueux, avantageux fécond et mutuellement profitable » aux deux pays, il a exprimé le vœu que « la coopération dans les domaines technico-militaires et de l’industrie de défense, connaisse davantage de progrès, afin de pouvoir aborder de nouveaux domaines d’intérêts communs et explorer de nouvelles perspectives de coopération, en aspirant aux transfert de technologie et de savoir-faire que matérialiseraient des projets communs de partenariats industriels ». De son côté, le général de corps d’Armée, Nicolo Falsaperna s’est félicité de la création de cette société, faisant part de son souhait de voir la coopération algéro-italienne se renforcer davantage. Relevant la qualité des relations entre les deux pays, il a souligné que ce partenariat marque un moment « significatif » dans les relations bilatérales, faisant part de sa « conviction » que ce partenariat ouvrera la voie à d’« autres initiatives fructueuses ». En somme, le rôle de l’Armée nationale populaire ne se limite pas à la défense des frontières nationales mais s’étend à la contribution à la relance de l’économie nationale dans divers domaines.

S. R.

 



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Smail ROUHA

Les plus lus

Air Algérie Cargo
Par Yahia MAOUCHI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF