Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 119 - Fev 2019

Go

A la une

UGTA de la Révolution à l’Indépendance

Des combats et des objectifs

Par Farid HOUALI



De tout temps, le mouvement syndical a été à l’origine de luttes intenses pour l’obtention des droits spoliés des travailleurs et de leurs familles et, dès le 1er mai 1886, les syndicats américains ont réussi à mobiliser 340 000 ouvriers pour une manifestation de revendications d’une journée de travail de huit heures. Des morts, des condamnations à la peine capitale et des heurts entre manifestants et policiers ont émaillé ces journées de protestation. Mais le mot d’ordre était lâché, et les ouvriers finirent par obtenir gain de cause pour la journée de huit heures et continuèrent leurs luttes pour les autres droits. En Algérie, c’est la nuit coloniale, et l’Algérien n’était même pas considéré comme un être humain à part entière, il travaillait de cinq heures du matin au coucher du soleil, avec comme salaire à peine quelques kilos de blé que sa femme devait moudre pour espérer préparer un pain qu’elle partageait entre ses enfants. Parler de droits du travail ou de tout autre droit n’effleurait même pas ses pensées.

Le mouvement syndical en Algérie
Malgré tout ce qu’a enduré le peuple algérien, il fallait bien qu’il se réveille un jour et qu’il réclame ses droits. Le pouvoir colonial, conscient du danger que pouvait représenter pour lui une action syndicale concertée, prit les devants et mit en place des syndicats français chargé de promouvoir l’intégration des travailleurs d’origine algérienne au modèle français, pour deux objectifs stratégiques : donner l’impression que la classe ouvrière autochtone était parfaitement intégrée dans les syndicats français et que leurs droits étaient défendus comme ceux des Européens, d’un côté, et, de l’autre, empêcher l’émergence de syndicats propres aux Algériens. Mais ces plans ont été laminés par la volonté des Algériens d’œuvrer non pas pour des droits syndicaux qu’ils n’obtiendraient jamais mais pour recouvrer l’indépendance de leur pays, garantissant les droits à la vie, au travail et à tous les autres droits élémentaires que le colonisateur avait aliénés pour eux. La décision de créer une centrale syndicale purement algérienne fut prise lors du 1er congrès du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) en 1947 et Aissat Idir fut chargé de l’étude de ce projet. En 1953, lors du 2e congrès du MTLD, c’est toujours Aissat Idir qui était chargé de préparer le projet de création d’une centrale syndicale mais la scission survenue au sein du MTLD crée un certain flottement. En juillet et en août 1954, les deux ailes du MTLD, les partisans du Comité central et ceux de Messali Hadj, appellent, chacune de son côté, à la création d’une centrale syndicale. Toujours en 1954, les syndicats confédérés d’Algérie de la CGT créent l’Union générale des syndicats algériens (UGSA), autonome de la centrale de Paris et Lakhdar Kaidi en est désigné secrétaire général. Sur fond de dissensions et de clivages, les partisans de Messali Hadj essayent de devancer le FLN et décident de créer l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens) en septembre 1955 et annoncent sa création effective en février 1956. De leur côté, les responsables du FLN, qui avaient déjà posé les premiers jalons, décident de créer l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) et l’UGCA (Union générale des commerçants algériens). Après plusieurs réunions d’organisation et de préparation, l’assemblée générale constitutive se tient le 24 février 1956 et le bureau national est constitué avec 14 membres, ainsi que le 1er secrétariat général avec comme membres :

  • Aissat Idir, secrétaire général
  • Benaissa Attallah, secrétaire adjoint
  • Bourouiba Boualem
  • Djermane Rabah
  • Ali Yahia Abdelmadjid, trésorier général.

Après l’interview d’Aissat Idir par Pierre Chaulet et la reprise de cette interview par la presse internationale, plusieurs représentants syndicaux ont été arrêtés et emprisonnés le 24 mai 1956, poussant par-là la centrale syndicale à entrer dans la clandestinité. Malgré cela, l’UGTA s’affilie à la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) en juillet 1956. A partir de là, le combat syndical de l’UGTA se confondit avec la lutte armée pour la libération de l’Algérie du joug colonial et son action contribua grandement à la réalisation des objectifs du 1er novembre 1954. Tous les travailleurs algériens affiliés à la centrale syndicale nationale étaient des moudjahidine qui luttaient contre le colonialisme, d’une manière ou d’une autre.
L’UGTA postindépendance
Les sacrifices consentis par le peuple algérien ne tardèrent pas à imposer à l’occupant la réalité des choses et l’Algérie obtint son indépendance. Pour l’UGTA, une autre lutte, sans armes celle-là, commençait : celle de l’édification du pays en y faisant participer toutes les forces vives de la nation afin de gagner l’autre bataille, celle de la mise en marche de la machine productive de l’Algérie et la protection des droits des travailleurs.
Aussitôt que toutes les institutions étatiques furent mises en place et la machine productive fut relancée, l’UGTA reprit son action sociale au profit des travailleurs, en œuvrant à la préservation du pouvoir d’achat par une évolution régulière du SNMG (Salaire national minimum garanti) qui passa de 1,3580 nouveau franc en 1963 à 800 DA au 1er janvier 1980 puis de 1000 DA en 1990 à 6000 DA au 1er septembre 1998 avant de passer de 8000 DA au 1er janvier 2001 à 18.000 DA actuellement. En une décennie, de 2001 à 2012, le SNMG a été revalorisé de 300%.

Les grands chantiers de l’UGTA
L’Union générale des travailleurs algériens, sous la conduite de patriotes intègres qui avaient à cœur de relever tous les défis qui attendaient le pays, a ouvert plusieurs chantiers, au lendemain de l’indépendance et jusqu’à nos jours, menant de pair des actions tendant à la mise en place d’une économie nationale forte et pérenne, tout en luttant pour une amélioration constante du niveau de vie des travailleurs et de leurs familles. La revalorisation des salaires et du SNMG n’est que la partie visible et finale des grands travaux menés par la centrale syndicale. Parmi ces grands chantiers, nous trouvons :
- La consécration du dialogue social : c’est la pierre angulaire qui permet de concilier les obligations et exigences de l’économie avec le pouvoir d’achat des travailleurs. Dès l’année 1990, l’UGTA s’est voulue l’initiatrice du dialogue social impliquant le gouvernement et le patronat qui n’ont pas hésité à le conforter par leur volonté de trouver les terrains d’entente nécessaires à la bonne marche de l’économie nationale. D’importantes réalisations sociales ont pu être réalisées grâce au dialogue entre les différentes parties, comme l’instauration de la paix, la cohésion sociale, la stabilité et le renforcement de la démocratie. De grands efforts ont été déployés au cours des rencontres entre les différentes parties (UGTA, gouvernement et patronat) « pour lutter contre le chômage, garantir les droits des travailleurs, l’exercice des libertés syndicales, la négociation collective et la réalisation de la promotion sociale ».
- Les réunions bipartites et tripartites : depuis la consécration du dialogue social, l’UGTA et ses deux partenaires (gouvernement et patronat) ont tenu 14 réunions bipartites (UGTA-gouvernement), 20 tripartites (UGTA, gouvernement, patronat) et 3 tripartites extraordinaires (UGTA, gouvernement, patronat). Au cours de ces rencontres, 259 thèmes ont été traités par les partenaires. Les thèmes les plus importants traités lors des bipartites et des tripartites ont porté sur le relèvement du SNMG et le pouvoir d’achat des travailleurs, la fonction publique, les actions pour les entreprises algériennes publiques et privées, les retraites, la sécurité sociale, la production nationale, la représentativité syndicale et l’extension des conventions collectives, les mutuelles.
- Signatures de conventions avec les organisations patronales : comme premiers résultats de la politique du dialogue social prôné par l’UGTA, deux conventions ont été signées par la centrale syndicale avec des organisations patronales. La première, en septembre 2006, a porté sur la Convention collective cadre du secteur économique privé et la deuxième, en juin 2016, a porté sur le Pacte de stabilité et de développement des entreprises privées entre l’UGTA et les organisations patronales : FCE, CIPA, CNPA, CAP, UNI, AGEAT, CGP, BTPH.
- L’amélioration des conditions de vie des retraités : c’est une action à laquelle s’est attelée l’UGTA afin de permettre aux retraités de bénéficier de mesures concrètes pour le relèvement de leurs pensions. Ces mesures ont été au cœur des nombreuses revendications de l’UGTA et se sont soldées par :
Institution d’une indemnité complémentaire des pensions de retraite et d’invalidité dont le montant est inférieur à 10 000 DA.
Relèvement et harmonisation de la majoration pour conjoint à charge pour les travailleurs mis en retraite.
Affranchissement de l’impôt sur le revenu global à toutes les pensions inférieures à 20 000 DA.
Maintien et élargissement du système du tiers payant à tous les retraités sans exception.
Mesures de revalorisation exceptionnelle des pensions et allocations de retraites décidées par le conseil des ministres du 18 décembre 2011. Ces revalorisations, variant de 15 à 30 %, ont touché 2 400 000 retraités.
Création du fonds national de réserve des retraites financé à hauteur de 2% du produit de la fiscalité pétrolière et est passé à 3% à partir de 2012.
- La protection sociale : là aussi, l’UGTA a été à l’origine d’un train de mesures visant à asseoir une politique sociale de l’Etat pour la protection de la santé et du niveau de vie des citoyens. Outre la gratuité des médicaments pour les malades chroniques, la centrale syndicale a procédé à la mise en place des caisses de la protection sociale que sont la CNAC, la Cacobapth, le Fnpos et l’Ansej. Toujours dans le cadre de la protection sociale, l’UGTA a revendiqué et obtenu le rétablissement du crédit à la consommation ainsi que la protection et la promotion de la production nationale.  
- Le pacte national économique et social: ce pacte fait suite à la volonté du président de la République Abdelaziz Bouteflika de promouvoir et de renforcer les cadres institutionnels de dialogue et de concertation dans tous les domaines de la vie sociale dans le but de conclure un pacte national économique et social entre le gouvernement, le patronat et le syndicat. Il est attendu de ce pacte la consolidation de la stratégie nationale de développement, de la mobilisation des capacités nationales productives et de la promotion du bien-être social. Le pacte a été signé par les trois parties en septembre 2006 et a pour objectifs principaux de :
Confirmer et d’améliorer les résultats économiques et sociaux enregistrés durant les 7 dernières années.
Poursuivre la mise en œuvre de la politique d’investissements intensifs favorisant les services d’accompagnement à l’économie (infrastructures de base, électrification, communication, transport, etc…).
Préparer les conditions de passage de l’économie vers la phase de l’après-pétrole.
Promouvoir le développement d’une agriculture moderne.
Intensifier la productivité pour améliorer la capacité concurrentielle de l’entreprise.
Maintenir un taux annuel de croissance économique élevé pendant les quatre années suivant 2006
Poursuivre les efforts visant à réduire le niveau de chômage.
Promouvoir une économie de production créatrice de richesses et d’emplois.
Intensifier la lutte contre l’économie informelle.
Redynamiser et renforcer les institutions chargées de garantir les conditions d’une concurrence saine et loyale dans les activités économiques.
Poursuivre la réforme des institutions et instruments de contrôle et de lutte contre toutes formes d’atteinte à l’économie nationale.
Améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. 
- La réhabilitation du secteur économique public : entrant dans le cadre de la mise en œuvre des mesures de protection des emplois par la protection de la production nationale et de réhabilitation du secteur économique public, l’UGTA a été un partenaire actif dans l’effacement des dettes de 560 entreprises publiques en difficultés pour un montant de 341 milliards de dinars (4,359 milliards $ US) et l’injection de la somme de 1500 milliards de dinars (19,174 milliards $US). Ces mesures ont permis, en retour, la sauvegarde de 1 094 244 postes de travail.
- Encouragement du secteur économique privé : le secteur économique privé national n’a pas été oublié par les partenaires sociaux et des crédits et facilitations diverses lui ont été accordés, ce qui a permis de relancer l’économie nationale, de préserver des millions de postes d’emploi et d’éviter le recours à l’importation de nombreux produits.
- Le pacte national économique et social de croissance : devant les défis économiques stratégiques qui se dressaient devant l’Algérie, l’UGTA et ses partenaires sociaux ont convenu, toujours dans le cadre du dialogue social, de mettre en œuvre un nouveau pacte national économique et social dans le but de maintenir une croissance économique à même de préserver les équilibres financiers du pays. Ce pacte, signé le 23 février 2014, a pour objectifs :
D’accélérer les processus de réforme économique.
D’impulser fortement le développement industriel.
D’instaurer un climat des affaires favorables.
De consolider la gouvernance et de renforcer les capacités nationales de gestion du développement durable.
De promouvoir un système efficient de santé et de protection sociale.
D’encourager l’accès au travail et d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs.
De mettre le système national de formation en adéquation avec les besoins des entreprises et de l’économie nationale.
D’assurer la sécurité énergétique du pays à long terme.
Continuer le combat sur le front social
Toujours égale à elle-même, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) continue de mener un combat incessant afin d’assurer aussi bien aux travailleurs adhérents qu’à tous les autres une dignité durement arrachée au colonisateur, un pouvoir d’achat assez élevé pour faire face aux obligations familiales et un cadre de vie agréable permettant au travailleur de se ressourcer. Ses actions pour la préservation de l’emploi vont de pair avec celle de la promotion et du développement de l’économie nationale, seule garante de cette préservation. 

Mobilisation autour d’un front populaire
Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l’UGTA, appelle les trois millions d’adhérents de l’organisation syndicale la plus puissante et la plus structurée du pays de soutenir la motion spéciale votée à l’unanimité par les dirigeants de l’UGTA pour la création d’un front populaire et de se mobiliser autour de l’appel lancé par le Président Bouteflika. Ce front populaire devrait permettre la poursuite de l’œuvre du président qui a généré des avancées économiques, sociales, démocratiques et républicaines majeures. Le secrétaire général rappelle aussi l’engagement de l’UGTA autour de l’appel du président et œuvre sans relâche au maintien de la paix et de la stabilité au sein de notre société. Sidi Saïd compte participer à la mobilisation de toutes les forces vives et aux capacités avérées afin de sauver le pays de tous les dangers qui le guettent.   
T. M. 



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Farid HOUALI

Les plus lus

L’Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

Laboratoire ADE Tizi-Ouzou
Par Farid HOUALI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF