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N° 114 - Juin 2018

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Coopération algéro-française

Faire face aux menaces sécuritaires

Par Farid HOUALI



Nul doute que la coopération sécuritaire entre Alger et Paris s’apprête à connaître un nouveau saut qualitatif après la rencontre à Alger de Noureddine Bedoui, ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, et de son homologue français, le ministre d’Etat Gerard Collomb, qui ont coprésidé la rencontre walis-préfets. Les deux ministres de l’Intérieur ont affiché la même volonté de faire du Bassin méditerranéen une zone plus stable et faire face, ensemble, aux nombreuses menaces qui pèsent sur les pays des deux rives de la Méditerranée. Dans son allocution d’ouverture de la rencontre walis-préfets, Noureddine Bedoui a affirmé que «le Bassin méditerranéen est un espace caractérisé par de nombreux défis sécuritaires allant de l’immigration clandestine aux réseaux de contrebande et de trafic de drogue au terrorisme et à la criminalité transnationale ». Un avis partagé par Gerard Collomb qui a soutenu que « l’Algérie et la France peuvent devenir des acteurs qui aideront à recréer une zone de paix, de prospérité et de développement autour du Bassin méditerranéen», avant de souligner que « les deux pays doivent continuer ensemble à écrire les nouvelles pages d’un livre, lequel permettrait aux deux pays de continuer à aller de l’avant, de porter un message de paix, de fraternité, de solidarité et de développement à l’ensemble des pays des deux côtés de la Méditerranée. C’est le sens de ma visite en Algérie et de notre amitié». Une condition nécessaire à même de permettre aux deux pays de mieux faire face à des défis communs, qui sont notamment la lutte contre le terrorisme, le retour des djihadistes étrangers de Daech dans leurs pays d’origine.... «On se doit d’approfondir notre coopération sécuritaire, car la sécurité de chacun des deux pays commence avec celle de l’autre», soutient, à ce propos, Noureddine Bedoui. Il en est de même de la «stabilité» et de la sécurité dans le Sahel en proie à une double menace, que font peser sur cette région les mouvements terroristes et les groupes de trafiquants en connexion avec le crime organisé. Aussi, Gerard Collomb, qui a été reçu en audience par le Premier ministre Ahmed Ouyahia en en présence de Noureddine Bedoui a tenu à saluer l’engagement de l’Algérie sur les enjeux de sécurité au Sahel. «Je tiens à saluer l’engagement de l’Algérie sur ces questions, notamment son rôle central pour le recouvrement de la paix au Mali et son appui au processus conduit par les Nations unies pour la stabilisation de la Libye», indique Gerard Collomb ajoutant que « les efforts de l’Algérie sont essentiels pour contribuer à faire reculer le terrorisme dans la région pour empêcher que des zones de non-droit s’établissent dans la région au détriment des Etats, des populations et de la paix », soulignant que ces zones de non-droit favorisent les trafics d’armes et la contrefaçon, mais aussi l’immigration  clandestine et la criminalité. Aussi, a-t-il plaidé pour que l’Algérie et la France renforcent leur coordination pour mettre en échec les réseaux de passeurs qui profitant de la misère humaine. D’autant que l’autre défi auquel doivent faire Alger et Paris a trait à la circulation des personnes et l’immigration illégale. Pour Paris, l’Algérie qui ne fait pas partie de la force militaire G5 Sahel devrait jouer un rôle plus actif.
En précisant que le rôle de l’Algérie est crucial, notamment à travers le rôle majeur de l’Algérie au Mali, mais aussi en Libye, le ministre français de l’Intérieur a, en filigrane, invité l’Algérie à rejoindre la force militaire conjointe G5 Sahel, créée en 2014 par la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, qui peine à donner des résultats tangibles. Une invitation qui risque de ne pas trouver d’échos en raison du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, prôné par l’Algérie. D’autant que l’Algérie est liée par des accords militaires avec trois des cinq Etats concernés par la nouvelle initiative sécuritaire, notamment le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) signé entre l’Algérie, la Mauritanie, le Niger et le Mali, en juillet 2010 à Tamanrasset, pour combattre le terrorisme et les autres formes d’insécurité.Ce nouveau signe de réchauffement des relations bilatérales entre l’Algérie et la France est surtout dicté par deux raisons essentielles. Il s’agit, d’une part, de cette menace terroriste qui pèse sérieusement non pas sur la France uniquement mais sur l’ensemble du continent européen et d’autre part, ce nouveau rapprochement tient compte également des résultats que l’Algérie arrache au quotidien sur le terrain de la lutte antiterroriste.

Un second souffle à la coopération
Depuis plus de trente ans, les accords de coopération décentralisée entre les collectivités de l’Algérie et de la France s’étaient multipliés, passant de 7 accords en 1989 à 13 en 1999, alors que plus de 50 conventions de coopération décentralisée et de jumelage ont été conclues entre les collectivités territoriales algériennes et françaises, tous échelons institutionnels confondus, sur des thématiques très variées comme la gestion urbaine, la protection de l`environnement, la gouvernance locale, les échanges culturels et la jeunesse. Cette coopération décentralisée s’est concrétisée notamment par des accords entre la wilaya d’Alger et la mairie de Paris, la wilaya d’Annaba et la communauté urbaine de Dunkerque, la wilaya de Sétif et la métropole de Lyon, la wilaya d’Adrar et le Conseil général de la Gironde, ainsi que la commune d’Oran et la mairie de Bordeaux. L’attractivité et le développement économique du territoire ont été au centre d’une rencontre entre les walis d’Algérie et leurs homologues préfets français, le 15 mars dernier, à Alger, notamment dans un contexte mondial marqué par l’émergence de nouveaux acteurs économiques et un nouveau mode de consommation.
«Nous avons pris plusieurs décisions et menées plusieurs actions liées à la mise en attractivité des territoires, leur modernisation et la diversification de leur économie, dans le cadre d’une stratégie nationale qui fait face aux nouvelles mutations en la matière», a indiqué Madjid Saada, directeur général de l’aménagement et de l’attractivité du territoire auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire. Il s’exprimait lors des travaux d’un panel sur l’attractivité et le développement économique du territoire, organisé à l’occasion de la rencontre walis d’Algérie et leurs homologues préfets français sous la coprésidence de Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, et de Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur français. Aux dires du même responsable, cette stratégie s’appuie notamment sur le développement de l’innovation et de la recherche, la généralisation de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ainsi que le renforcement des capacités des différents acteurs de ce développement. Elle repose également sur l’émergence des pôles d’attractivité, la création des zones industrielles et des villes nouvelles, la mise à niveau et la modernisation des grandes villes, ainsi que l’accompagnement des territoires les mieux outillés et les plus attractifs pour les rapprocher des standards internationaux. Parmi les actions menées dans le cadre de cette stratégie, M. Saada a notamment cité le schéma directeur d’aménagement du corridor de l’autoroute Est-Ouest, les schémas directeurs d’aménagement des aires métropolitaines à Alger, Oran, Constantine et Annaba, les plans d’aménagement du territoire des wilayas, ainsi que les schémas directeurs d’aménagement du littoral. S’agissant des objectifs de cette stratégie, le responsable a affirmé qu’elle vise l’identification des sites clés et les technologies prioritaires, booster le développement local, l’émergence d’activités à fortes valeur ajoutée tirées par la recherche et l’innovation, ainsi que le renforcement des capacités des espaces à s’inscrire dans la dynamique d’une économie mondiale en mutation.

L’échange d’expériences
Intervenant à l’ouverture de la rencontre walis-préfets, Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, et Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur français, ont mis l’accent sur le développement et le renforcement de la coopération bilatérale « pour servir les intérêts communs et profiter de l’échange des expériences » entre les deux pays. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire s’est dit en effet «convaincu» que les échanges entre les walis et les préfets «insuffleront un second souffle» à la coopération entre l’Algérie et la France et produiront de «nouveaux projets de coopération». «Les échanges entre messieurs les walis et préfets produiront de nouveaux projets de coopération et la dynamique souhaitée pour un second souffle dans notre coopération bilatérale», a indiqué Noureddine Bedoui dans ce contexte estimant que cette rencontre «constituait un cadre des plus appropriés pour approfondir la coopération bilatérale entre nos deux pays, tracée par nos deux Présidents, Abdelaziz Bouteflika et Emmanuel Macron et marquée par des visites mutuelles de nos responsables et de nos cadres».«Nous sommes en mesure d’élargir notre coopération et d’intensifier nos échanges, ce qui nous permettra à terme d’atteindre l’objectif que nous nous étions fixé, à savoir établir les bases d’un partenariat stratégique durable à la hauteur des aspirations de nos deux pays», a-t-il ajouté. En ce sens, pour le ministre, l’Algérie et la France entament à l’occasion de cette rencontre une coopération décentralisée qui aura «une autre dimension», soulignant que cette coopération se reflète dans les multiples projets de jumelage entre les collectivités territoriales algériennes et leurs semblables françaises. Cela témoigne, a-t-il poursuivi, d’une«volonté forte et sincère de renforcer les liens d’amitié» entre les deux pays, rappelant que «l’Algérie se lance dans de profonds ateliers de réforme des systèmes de gestion de ses collectivités territoriales, des villes et des centres urbains». Il a fait savoir en outre que l’Algérie s’attelle à«approfondir la décentralisation» et à s’orienter vers un «rôle économique efficace des collectivités territoriales basé sur l’autosuffisance » et la création des activités économiques.
Evoquant la dimension humaine et sociale des relations bilatérales, représentées par une communauté algérienne fortement implantée en France et une présence importante de citoyens et des entreprises français en Algérie, Noureddine Bedoui a estimé que les deux pays sont appelés aussi à«approfondir leur coopération sécuritaire». Dans le même sillage, il a estimé que le Bassin méditerranéen, étant la plus grande zone de coopération internationale, est également «le plus grand espace caractérisé par des défis sécuritaires étendus et divers, allant de l’immigration clandestine, des réseaux de contrebande, de trafic de drogue, du terrorisme à la criminalité transnationale».« Ce sont tous des enjeux sécuritaires dont nous sommes conscients, de part et d’autre », a-t-il noté, relevant que «l’ampleur des menaces qu’ils représentent, nous facilite la tâche d’implémenter notre coopération et notre coordination en matière de sécurité, excellentes à mon point de vue». La demande officielle de l’Algérie à la France de restituer les crânes des résistants algériens du XIXe siècle et les archives de 1930 à 1962 et la disposition de la France de la satisfaire, constituent une véritable avancée dans la coopération mémorielle entre les deux pays. Il y a lieu d’admettre que la coopération algéro-française a connu ces dernières années un bon quantitatif et qualitatif dans tous les domaines, toutefois la question de la mémoire est restée suspendue en raison de ses dossiers qualifiés de « sensibles» et de «complexes», legs d’une colonisation sanglante.S’exprimant sur la rencontre walis-préfets, il l’a qualifiée de «particulièrement utile», tout en faisant part de son souhait qu’elle trouvera ses prolongements dans l’avenir. Á ce propos, le ministre français a appelé à ce que la coopération entre les administrations des deux pays s’inscrive au quotidien, s’engageant en même temps à faire tout pour que les relations soient plus fluides et plus efficaces entre les responsables des administrations de l’Algérie et de la France. «Nos services d’inspection respectives et les walis ont engagé un cycle de coopération intense portant notamment sur l’audit et les risques d’action administrative», a-t-il dit, précisant que de nombreux cadres des deux pays ont pu bénéficier de formation et d’échange d’expérience».

Une capitale plus « moderne »
Prenant partà la rencontre, le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a présenté, à titre d’exemple, le plan stratégique d’aménagement et de modernisation de la wilaya d’Alger, visant, selon lui, à rendre la capitale plus moderne, plus attractive et ville intelligente. Ce plan a été salué par Pierre Dartou, préfet de la Provence-Alpes-Côte d’Azur (Marseille), le qualifiant «d’extrêmement intéressant» pour l’Algérie qui «a des atouts pour faire face aux enjeux de l’amélioration de l’attractivité et le développement économique du territoire». «Même si nos deux pays sont différents, je pense qu’on fait des constats très comparables et nous avons des façons très proches d’aborder les problèmes et d’imaginer les solutions», a soutenu Pierre Dartou, d’où l’importance de cette rencontre qui «va nous permettre de se rapprocher davantage pour échanger nos expériences».Tenu en présence de plusieurs walis d’Algérie et leurs homologues préfets français, le panel a été une occasion pour échanger sur les initiatives existantes en matière d’attractivité économique du territoire, découvrir les approches algériennes et francaises en la matière, cibler les principaux enjeux, ainsi que la mise en relief des pistes possibles pour améliorer la coopération bilatérale. Á cet effet, Madjid Saada, directeur général de l’aménagement et de l’attractivité du territoire auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, a précisé, en marge de cette rencontre, que cet évènement a permis d’échanger les expériences acquises dans chaque pays, surtout que l’Algérie vise à installer un développement homogène sur tout son territoire, en dépit des caractéristiques spécifiques de chaque région du pays. Á rappeler que cette rencontre s’inscrit dans le cadre des échanges et de la coopération décentralisée entre les départements de l’Intérieur de l’Algérie et de la France et constitue une opportunité pour enrichir et consolider les échanges d’intérêt commun.
 F. H.



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