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N° 117 - Nov 2018

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Le Président Abdelaziz Bouteflika à Oxford Business Group

« L’économie de marché est impensable sans une présence forte et active du secteur privé »




L’Algérie a accompli de grandes réalisations ces dix dernières années dans des domaines transversaux comme l’accès à l’eau et à l’énergie, l’éducation et la formation professionnelle, le logement, les télécommunications et les infrastructures de base, se plaçant en tête des pays africains en termes de qualité de vie et de développement humain. Dans un futur proche, quelles seront les prochaines étapes nécessaires afin d’ancrer structurellement le pays sur la voie de l’émergence ?

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA: Nous avons effectivement beaucoup réalisé dans les domaines transversaux cités dans votre question. La relance et la consolidation de la croissance économique étaient impensables sans la mise à niveau des infrastructures de base, secteur dans lequel nous avions accumulé beaucoup de retards liés aux conséquences de la tragédie nationale des années 1990. De même, le développement économique ne se conçoit pas en dehors d’une prise en charge satisfaisante des besoins des citoyens en matière d’emploi, de logement, de santé, d’éducation et d’accès aux utilités. Les progrès réalisés dans ces domaines sont réels et nous pouvons aujourd’hui nous en féliciter tout en sachant qu’ils doivent être préservés et renforcés.
Il me suffit de rappeler que la croissance économique a augmenté à un rythme de 3,7% en moyenne par an sur la période 2000-2016, et hors hydrocarbures à 6% en moyenne par an. Le PIB par habitant a plus que doublé passant de 1.800 USD en 2000 à 3.900 USD en 2016. Le pouvoir d’achat des ménages a sensiblement augmenté de 6,3% en moyenne par an, le taux de chômage réduit à moins de 10% en 2014 et l’inflation maîtrisée à des niveaux compatibles avec la préservation du pouvoir d’achat. Notons enfin que les ressources financières et l’épargne budgétaire accumulées durant toute cette période ont permis de financer l’ensemble des investissements publics et de procéder au remboursement anticipé de la dette extérieure. Toutefois le modèle d’organisation et de financement de l’économie, qui a rendu possibles ces progrès, se trouve aujourd’hui contraint par la chute brutale du prix du baril de pétrole, laquelle a fortement érodé nos ressources externes.
Vous n’êtes pas sans savoir que notre économie fait face depuis maintenant plus de trois ans à de sérieuses difficultés en matière de finances publiques et de balance des paiements. Nous avons bien sûr pris la mesure de cette situation de crise de nos finances publiques et de nos ressources externes, mais également et de manière plus générale, des limites structurelles du modèle économique suivi. Nous avons choisi d’y faire face dans un cadre qui sauvegarde nos principes dans la conduite du développement économique et social, en particulier la préservation de notre autonomie de décision et de nos équilibres sociaux. Les nécessaires ajustements qui sont apportés à la politique budgétaire ne sacrifient pas les principes de justice sociale et de solidarité nationale qui ont toujours guidé notre action. De même, ils ne se font pas au détriment du parachèvement du programme d’équipement public. Ainsi pour l’année 2018, les ressources destinées au projet de budget d’équipement affichent une hausse de 76%. Cette hausse est particulièrement destinée à la relance des projets gelés dans le secteur de l’éducation nationale, de la santé et des ressources en eau ainsi qu’à un plus grand soutien au développement local. Une hausse de près de 8 % est aussi prévue pour les transferts sociaux.
Dans le même temps, nous avons décidé de rationaliser la dépense publique pour retrouver progressivement l’équilibre des comptes, mais également de réduire la pression sur nos ressources externes en agissant de façon ordonnée sur le niveau général des importations de biens et services par la rationalisation et la lutte contre la fraude. Il faut noter que les mesures de restrictions prises en ce domaine ne constituent pas un retour à une gestion bureaucratique ni un renoncement à nos engagements internationaux. Cette rationalisation macro-financière sera accompagnée d’un programme de réformes structurelles à même de transformer notre économie et nous conduire à terme à la réalisation de l’objectif central de diversification de nos exportations et de pérennisation de la croissance.

Quels sont les grands principes qui régissent le nouveau modèle économique de croissance de l’Algérie ?

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA: Nous avons adopté en juillet 2016 un nouveau modèle de croissance qui a fait l’objet d’une large concertation avec les partenaires économiques et sociaux, dans le cadre de la tripartite. Ce nouveau modèle engagé en 2017 et qui s’étalera sur cinq années prévoit aussi un projet de diversification et de transformation de l’économie à l’horizon 2030. L’implémentation de ce nouveau modèle économique exige de profondes transformations structurelles en vue d’assurer une croissance économique accélérée et une équité sociale affranchie de la dépendance des hydrocarbures.
Au-delà de ses aspects techniques et programmatiques, ce nouveau modèle repose dans sa conception sur quelques principes simples : (i) il reconduit le principe de solidarité et de justice sociale, (ii) il promeut le principe de l’efficacité de la dépense publique, (iii) il renforce la place du secteur privé dans l’économie nationale, (iv) se fonde sur l’amélioration continue de la gouvernance dans tous les domaines de la vie économique et sociale et (v) réaffirme le principe de la concertation et du dialogue social dans la conduite de nos affaires économiques. Le premier principe est celui de la justice sociale et de la solidarité nationale, sans lequel il ne peut y avoir de développement, mais il sera mis en œuvre et financé différemment car il nous faut préserver les deniers publics et éviter les gaspillages dans tous les domaines, y compris dans les dépenses sociales et les aides multiformes de l’Etat. Certes l’Algérie peut s’enorgueillir de figurer en bonne position parmi les pays exportateurs de pétrole dont les transferts sociaux sont les plus élevés par rapport au PIB, mais elle se doit de mieux rationaliser l’utilisation de ses ressources, notamment par une maîtrise conséquente des dépenses de fonctionnement de l’Etat et de ses démembrements. Le second principe est celui de l’efficacité de la dépense publique. Ce principe implique une réforme profonde des mécanismes d’élaboration, de financement et de suivi du budget de l’Etat dans tous ses volets.
Le troisième principe est celui du renforcement de la place du secteur privé dans l’économie nationale, à travers la promotion de l’investissement privé et du partenariat public-privé. Les objectifs de croissance que nous ambitionnons d’atteindre ne peuvent l’être sans la contribution des entreprises privées, nationales et étrangères, et sans une collaboration active entre les entreprises publiques et privées. D’où l’importance que nous accordons à l’amélioration du climat des affaires et à la débureaucratisation des procédures de création d’entreprises, à l’accès au foncier industriel, à la réglementation du travail. L’amélioration continue de la qualité de la gouvernance est un principe cardinal dans la mise en œuvre du nouveau modèle de croissance. Le programme que nous menons dans le domaine de la gouvernance est central ; il concerne tous les domaines de la gestion, de l’évaluation et du suivi de la vie administrative, économique et sociale. Il englobe également un important recours à la décentralisation qui sera accompagnée du développement de la « e-gouvernement ».  Enfin, le dernier principe qui fonde notre démarche de transformation économique et de modernisation est celui du renforcement de la pratique de la concertation et du dialogue social entre les pouvoirs publics, le patronat et le mouvement syndical.
Les expériences passées ont montré les vertus de ce principe à travers les différentes tripartites tenues à ce jour. Celles-ci deviennent encore plus impératives aujourd’hui où il nous faut transformer les difficultés financières actuelles en motif de nouveau sursaut national vers plus de progrès économique et social.
Au total, le lancement du nouveau modèle de croissance permettra non seulement le retour à l’équilibre des comptes publics à brève échéance, mais surtout sur la période 2020-2030, une augmentation de la croissance du PIB notamment hors hydrocarbures, lequel devrait progresser à un rythme de 6,5% en moyenne par an, une élévation sensible du PIB par habitant, le doublement à 10% de la part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoute globale, une transition énergétique permettant de réduire sensiblement le taux de la consommation interne de l’énergie, en consommant moins et mieux, et une diversification des exportations permettant de soutenir le financement de la croissance.

Quels sont les secteurs prioritaires afin d’accélérer la diversification de l’économie ? Quelles ont été les mesures prises récemment pour encourager l’investissement, la création d’activités et l’amélioration de l’environnement des entreprises ?

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA: Tous les secteurs d’investissement sont prioritaires lorsqu’ils contribuent à la diversification économique, à la substitution aux importations, au développement des exportations hors hydrocarbures, à l’innovation et à la création d’emplois durables. C’est pourquoi notre priorité est de stabiliser le cadre juridique de l’investissement privé et d’assainir le climat des affaires, pour donner plus de visibilité et de confiance aux investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers.
Nous avons revisité notre législation en matière d’investissement et promulgué en 2016 un nouveau code plus souple et très avantageux qui simplifie les procédures et qui est plus en phase avec nos besoins en matière de développement des activités productives et les exigences des investisseurs.
Signalons aussi les actions d’ordre organisationnel et opérationnel destinées à soutenir et à faciliter l’acte d’investissement. Il s’agit des mesures de décentralisation accrue et d’allégement des procédures en matière d’attribution du foncier, de réduction des délais de délivrance des actes de concession des terrains, de la réalisation de 50 nouvelles zones industrielles, de la mise à niveau de celles déjà existantes, de la possibilité de faire contribuer les opérateurs locaux à la réalisation et à la gestion de ces zones, et de la mise à disposition des investisseurs d’une carte territoriale des opportunités et potentialités d’investissement.
Nous avons également revisité et promulgué, en janvier 2017, un nouveau dispositif en faveur des PME qui leur facilitera l’accès au foncier et au financement, et les encouragera à investir dans les activités de sous-traitance, en relation avec les ambitions d’industrialisation portées par notre nouvelle démarche de transformation économique.
La révision du code des douanes permettra également d’améliorer et de simplifier les procédures administratives et de renforcer les facilitations accordées aux opérateurs économiques. Par ailleurs, la nouvelle loi sur le commerce électronique, en cours d’approbation parlementaire, destinée à faciliter la nécessaire émergence de l’économie numérique, contribuera, sans aucun doute, à l’amélioration générale du climat des affaires et à la modernisation de la conduite de notre économie. De manière générale, nous continuerons à prendre toutes mesures qui facilitent la vie aux entreprises, qui les encouragent à investir dans les secteurs qui réduisent nos vulnérabilités, ainsi que dans les secteurs d’avenir, comme les énergies renouvelables, le numérique et l’économie de la connaissance.

L’Algérie avance en s’appuyant sur les vertus du pragmatisme en matière de développement économique. Comment cette approche se traduit-elle en ce qui concerne les partenariats publics/privés?

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA: Il faut rappeler que le secteur privé a toujours trouvé sa place dans notre économie, et, d’ailleurs, l’économie de marché est impensable sans une présence forte et active du secteur privé. Il faut savoir également que l’État, à travers le processus de démonopolisation des activités et la législation relative à l’investissement, a toujours travaillé à élargir la place de ce secteur dans le fonctionnement de l’économie nationale.
S’agissant de la question particulière du partenariat public-privé, c’est une formule qui a ses avantages, notamment celui de permettre le recours à de nouvelles formes de gestion, d’association et de partenariat entre capitaux publics et privés, mais aussi de mobiliser des sources de financement alternatives au financement budgétaire que nous comptons promouvoir à l’avenir.
De manière générale, nous encourageons toute démarche de partenariat et de collaboration entre les entreprises publiques et les entreprises privées, nationales et étrangères, pour la réalisation de projets d’infrastructure ou de projets productifs dans tous les secteurs d’activités. Le renforcement des capacités du Fonds national d’investissement s’inscrit dans cette perspective.
Il est utile de souligner que le partenariat public-privé ne sera pas nouveau en Algérie. Selon le Rapport 2016 de la CNUCED sur le développement économique en Afrique, l’Algérie figure parmi les cinq premiers pays africains ayant eu le plus recours au partenariat public-privé durant les quinze dernières années. La mise en œuvre du nouveau modèle de croissance et les objectifs fixés en matière de transformation compétitive des structures productives de l’économie nationale constituent un terrain propice au déploiement du partenariat public-privé, et, de manière plus générale, à la collaboration active entre les entreprises publiques et privées, selon la formule du gagnant-gagnant. Cela est valable pour tous les secteurs d’activités, qu’il s’agisse de l’industrie, de l’agriculture, des grandes infrastructures ou de l’énergie et des mines.
La révision en cours de la loi sur les hydrocarbures contribuera davantage à l’amélioration des conditions d’attractivité des investissements étrangers dans ce secteur. L’apport financier et technique des entreprises étrangères dans l’amont pétrolier permettra de développer et de valoriser nos potentialités énergétiques pour sécuriser à long terme la demande interne et assurer nos engagements internationaux de livraison de gaz et de pétrole, en association avec l’entreprise publique Sonatrach.
 
Les atouts de l’Algérie sont indéniables : une sécurité assurée, une indépendance énergétique sécurisée, une main-d’œuvre jeune et hautement qualifiée, des équipements publics neufs et performants, ainsi qu’un tissu industriel naissant. De quelle manière peut-on mettre en synergie, ces différents avantages afin d’assurer la transformation de l’économie nationale vers la création de richesses d’ici à 2030?

Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA: L’Algérie dispose indéniablement des atouts que vous venez de citer, auxquels il faut ajouter d’importantes ressources naturelles, un faible endettement extérieur, des réserves de changes qui demeurent appréciables, la stabilité politique et une position géostratégique de choix, autant de facteurs qui la prédisposent à l’émergence. Il est évident que ces atouts pris isolément ne peuvent conduire à l’objectif de transformation de notre économie et d’émergence. Il est de notre devoir de les mettre en synergie, en indiquant les principales directions et en organisant et fédérant les efforts de tous les acteurs.
Il convient de rappeler que nous nous sommes dotés d’un Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), pour organiser et planifier l’action de l’État dans l’espace et le temps, de façon ordonnée et coordonnée. Ce schéma repose sur cinq piliers majeurs : l’agriculture, l’industrie, le tourisme, les services et l’économie du savoir, dont le développement constitue un objectif fondamental de notre politique. C’est en cohérence avec les objectifs du Schéma national d’aménagement du territoire, que nous engageons le nouveau modèle de croissance et que le processus de réforme structurelle de notre économie se met en œuvre, en veillant à chaque fois, ainsi que je l’ai déjà signalé, à renforcer les synergies entre les acteurs, à coordonner les actions et à mobiliser l’intelligence nationale sur l’objectif central de transformation et de diversification de notre économie. Des institutions de veille stratégique et de suivi seront mises en place et dédiées à l’exercice de ces missions



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