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N° 104 - Avril 2017

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Les pôles d’excellence spécialisés, le master à distance, le monde du numérique

Les nouveaux défis de Tahar Hadjar

Par Leila BOUKLI



Face aux mutations technologiques, l’université algérienne œuvre actuellement à établir des stratégies d’excellence dans diverses spécialités qui seront au service de l’économie nationale. En effet, le défi majeur de l’Algérie pour les prochaines années, au sein d’une région en pleine reconfiguration géostratégique, passe par de profondes réformes à même de libérer les initiatives créatrices. D’autant que l’investissement, le plus sûr et le plus durable, est dans la ressource humaine de qualité. Aussi, l’objectif ne se limite pas uniquement aux programmes nationaux de recherche mais à tout le tissu scientifique algérien qui est concerné par l’organisation à mettre en place à même de créer des pôles de compétitivité, des pôles d’excellence et des technopôles. Dans cette stratégie, l’université algérienne se doit d’être le pivot central. Dans une discussion à bâtons rompus qui s’est déroulée au siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le professeur Tahar Hadjar aborde les nouveaux défis que devra relever son département dans un futur proche. Il revient sur la formation, important enjeu stratégique, sur la nécessité de s’ouvrir à de nouvelles filières. A propos des universités privées et de l’autorisation de création d’un établissement privé de formation supérieur, très attendue, parue dans le dernier Journal officiel (JO n° 64 du 2 novembre 2016), le ministre de l’Enseignementsupérieur et de la Recherche scientifique nous fait savoir que la loi d’orientation de l’Enseignement supérieur d’août 98, prévoyait déjà d’ouvrir les universités aux privées pour venir en appoint à l’enseignement public en les encourageant toutefois, dira-t- il, à axer leur enseignement sur les matières spécialisées les plus modernes telles que les langues étrangères, les technologies nouvelles … « Certaines ont ouvert çà et là, mais aucune n’a à ce jour d’agrément.Elles ont, en fait, contourné ou n’ont pas respecté la loi. Aujourd’hui, les pouvoirs publics ont décidé d’organiser ce secteur important. Aussi avons-nous revu le cahier des charges qui vient de paraître au JO. Il définit les conditions d’ouverture d’établissements privés dans l’Enseignement supérieur », précise le Pr Tahar Hadjar, ajoutant que « le ministère du Commerce a, pour sa part, crééun code donnant droit à l’ouverture d’un registre de commerce pour cette activité. C’est une nouveauté. Pour le moment, seulement deux établissements ont reçu l’agrément officiel. » Ces deux établissements sont, selon le ministre, l’Ecole internationale de tourisme et de restauration d’Alger implantée à Ain Benian, établissement public dont la gestion est assurée par l’Ecole suisse de Lausanne et dont le promoteur est la Société d’investissement hôtelier. Tandis que le deuxième est l’Institut d’Interprétariat dépendant de la Ligue arabe. Ce dernier a été implanté à Alger sur décision des chefs d’Etat arabes, il y a de cela une dizaine d’années. Concernant les conditions de délivrance aux privés de l’autorisation d’ouverture de ces établissements privés de formation supérieure, le ministre nous renvoie à l’arrêté du 28 Moharram 1438, correspondant au 30 octobre 2016, fixant le cahier des charges paru au JO n° 67 du 13 novembre 2016. « Sachez toutefois, que ce sésame ne sera octroyé, qu’après suivi, contrôle et évaluation par une commission ministérielle qui s’appuiera sur les travaux de deux sous-commissions, l’une chargée d’évaluer et d’expertiser les offres de formation, et l’autre de procéder à des visites sur site. En cas de rejet du dossier de délivrance, celui-ci sera motivé et notifié à la présence morale habilitée à représenter l’établissement privé », révèle le Pr Tahar Hadjar, qui souligne néanmoins, qu’« un recours peut être introduit dans un délai de 30 jours. Quant à l’autorisation de création d’un établissement privé étranger, il est stipulé qu’elle est subordonnée à la ratification d’un accord bilatéral entre le gouvernement algérien et celui du pays concerné. » Abordant le sujet de l’Université de la formation continue (UFC), le Pr Tahar Hadjar dira qu’«en plus de sa mission première, qui est la formation continue tout le long de la vie et pour accompagner tous les secteurs qu’ils soient publics ou privés, dans l’acquisition du savoir et des connaissances, l’UFC dispense des cours de formation, de recyclage, d’actualisation, de mise à niveau, de formation à la carte… » A propos de l’ouverture de la chaine universitaire du savoir (radio et télévision),  à l’arrêt depuis 2008, le ministre dira que « nous nous attelons à former dans les métiers notamment techniques. Très prochainement, nous mettrons ces médias lourds au service du savoir et de la science à l’échelle universelle. Une partie des programmes sera dédiée à l’enseignement à distance proprement dit et le reste à la culture générale. Une large place sera accordée à la connaissance de notre pays ».

De grandes ambitions pour l’UFC
Concernant l’Université de la formation continue, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique s’attelle dans l’élaboration d’un projet de réforme de l’UFC. D’autant, comme le souligne le ministre, le diplôme accordé par cette université « est national et reconnu systématiquement par les institutions de la fonction publique ». En vertu de ce projet, l’UFC aura le statut d’université comme les autres universités nationales, mais la présence des étudiants ne sera pas obligatoire et l’enseignement sera prodigué à distance via des moyens technologiques modernes, en vue de permettre aux personnes qui ne peuvent assister de façon assidue aux cours de poursuivre leurs études universitaires et d’alléger ainsi la pression sur les universités. D’ailleurs, un système de master à distance a été lancé, récemment, par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Tahar Hadjar. « En cas de réussite, ce système sera généralisé au niveau national», a indiqué le ministre. Parmi les spécialités enseignées figurent le droit d’administration et des finances, la comptabilité, l’administration locale, les sciences sociales et la langue arabe. « Je veux en faire une « open » université, c’est-à-dire, une université qui dispense des matières normales (licence, master et doctorat). La différence est que dans cette université l’enseignement est à distance, alors qu’à l’université classique la présence des étudiants est obligatoire », indique Tahar Hadjar. L’objectif demeure, selon le ministre, l’utilisation des moyens modernes, dont aujourd’hui disposent toutes les universités du pays (plateforme), toucher certaines catégories spécifiques (femmes au foyer, personnes handicapées) ne pouvant se déplacer, fonctionnaires…. tout en palliant le manque d’encadrement dans certaines filières. « Cela nous permettra de créer des pôles d’excellence à distance, des pôles de compétitivité et des technopôles qui constituent le cheval de bataille de l’université algérienne. Pour ce faire, le ministère de l’Enseignement supérieur compte, selon les explications de Tahar Hadjar, « prendre une filière avec les meilleurs enseignants existant sur l’ensemble du territoire dans cette spécialité et leur demander de donner des cours ». Une pratique ayant déjà porté ses fruits puisque « l’expérience a débuté avec cinq universités du pays (Alger 1 et 3, Blida 2, Constantine 1 et Oran) » poursuit le ministre qui rappelle que cette expérience « va nous permettre aussi, vu le phénomène de flux important d’étudiants (1,613 million d’étudiants et nous comptons en recevoir, toutes filières confondues, 2 millions à l’horizon 2020) de diminuer la pression. Sachant que la formation de l’encadrement est lente et n’a pas la même vitesse que celle de l’inscription des nouveaux étudiants, nous courons le risque d’avoir fatalement un déficit en encadrement et infrastructures ».

L’ouverture sur le monde de la connaissance et du numérique
L’objectif de création du master à distance est d’accorder à chaque membre de la société l’opportunité d’effectuer des études universitaires. Néanmoins, les accords de coopération avec les Universités de formation continue étrangères, ne peuvent pas faire face. « Le système algérien d’enseignement qui permet presqu’à tous les étudiants de faire le master, fait que les études soient plus longues. De trois ans, on est passé à cinq. Mon objectif est de faire en sorte que la majorité des masters se fasse à distance. Cela va libérer les infrastructures (places pédagogiques et hébergement) qui pourront alors accueillir aisément les nombreux nouveaux bacheliers. L’un des buts est aussi de créer une sorte de justice sociale académique, en favorisant l’égalité académique et scientifique aux Algériens quels que soient leur lieu de naissance et leur lieu de résidence. Les facultés de médecine que nous avons créées à Ouargla, Laghouat et Béchar reçoivent déjà des cours à partir des facultés du Nord du pays «on live » et en interactifs », indique Tahar Hadjar. Pour compenser les disparités spatio-temporelles, rien ne vaut l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication. « C’est ainsi que l’UFC va mettre son expérience dans le domaine de l’enseignement à distance et accompagner les autres universités classiques par son savoir-faire en matière d’enseignement à distance pour l’ensemble des paliers. C’est un grand chantier qu’on vient d’ouvrir. Il est impératif d’être au diapason de cette ère du numérique, qui évolue à une vitesse grand V », souligne Tahar Hadjar pour qui « ce nouveau système va fatalement avoir un impact positif sur le niveau d’enseignement, parce qu’ouvert, contrôlable, critiquable. C’est aussi une manière indirecte de combattre le plagiat… Nous aurons alors élevé le niveau, démocratisé de façon moderne l’enseignement, donné la chance à chaque citoyen en rapport avec ses aptitudes propres de réussir et enfin de nous ouvrir à l’universalité».
En conclusion à notre entretien, le Pr Tahar Hadjar soutiendra que « la qualité de l’enseignement demeure notre objectif premier et final d’autant que tous nous avons mis tous les moyens. On s’y attelle avec toute la force de notre volonté. Je pense très sincèrement que nous sommes sur la bonne voie et que l’on peut dans un avenir proche, être au même niveau que ce qui se fait ailleurs ».
L. B.



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