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N° 110 - Dec 2017

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Violences faites aux femmes et aux filles

La fin de la complaisance et de l’impunité

Par Salim FAROUK



Les travaux de la 5e Assemblée générale de la Déclaration de Kigali, sur le rôle des services de police dans la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles, organisés à Alger, ont été sanctionnés par l’adoption d’une plateforme dite d’Alger, articulée autour de quatorze recommandations. Cette plate-forme définit les grandes lignes de l’action commune en matière de lutte contre la violence à l’égard des femmes et des jeunes filles à la lumière des visions et des stratégies arrêtées dans ce domaine. Il s’agit tout d’abord de renforcer les capacités de la police africaine, de la professionnaliser pour la rendre plus efficace en matière de lutte contre ces violences, de prévention mais aussi de prise en charge des victimes, a indiqué le directeur de la police judiciaire, le contrôleur de police Ali Ferrague, lors d’un point de presse. D’ailleurs, les participants aux travaux de  cette Assemblée générale, qui se veut une réponse du continent à l’appel que le secrétaire général de l’ONU a lancé, en février 2008, pour mettre fin à toutes les formes de violence contre les femmes et les filles, « ont souligné l’importance de la formation et de l’échange d’expériences et de bonnes pratiques pour lutter contre la violence faite aux femmes » en insistant, a-t-il révélé, sur « le rôle de la prévention à travers les médias ». En effet, la plateforme d’Alger exhorte les services de police au renforcement de leurs moyens pour poursuivre, rechercher et enquêter sur les auteurs des violences et pour assurer une prise en charge des victimes et encourager le recrutement de femmes policières à tous les échelons sécuritaires, tout en veillant à leur promotion à des postes de responsabilité. En clair, il est question de renforcer les capacités de la police africaine, de la professionnaliser pour la rendre plus efficace en matière de lutte contre ces violences, de prévention mais aussi de prise en charge des victimes, explique le directeur de la police judiciaire à la direction générale de la Sûreté nationale, précisant qu’à travers cette plate-forme, il a été recommandé de « s’opposer résolument à l’impunité qui profite aux auteurs des violences à l’encontre des femmes et des filles.». Pour ce faire, l’accent a été mis sur la nécessité d’organiser des cycles de formation au profit des agents chargés de l’application de la loi, à même d’améliorer le professionnalisme des organes de sécurités africains. Et cela par un partenariat, favorisant l’échange d’information ainsi que le renforcement des synergies de partenariat entre les pays africains dans le cadre des mécanismes d’Afripol. D’ailleurs, lors de la séance de clôture, le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, a mis l’accent sur  l’importance de cet événement continental,  organisé à la résidence Al-Mithak d’Alger sous le haut patronage du Président Abdelaziz Bouteflika et en présence du Premier ministre, Abdelmalek Sellal qui a présidé l’ouverture des travaux et du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui «encourage les services de police africains à endiguer le fléau de la violence à l’égard des femmes».  D’ailleurs, les recommandations d’Alger « permettront non seulement de consolider l’engagement des Etats africains en matière de lutte contre la violence à l’égard des femmes, mais aussi de faire taire les armes dans le continent africain à l’horizon 2020 », a déclaré Mme Binta Diop, représentante de l’Union africaine (UA), à l’APS, en marge de la Conférence, soulignant que la rencontre d’Alger a passé en revue les expériences de plusieurs pays africains en matière d’élimination des violences faites aux femmes et aux jeunes filles. Il est à noter que  l’Algérie assure désormais la présidence de la cinquième Assemblée de la Déclaration de Kigali, succédant au Rwanda.

Le référentiel algérien
Pour les participants, il est question d’améliorer la coopération entre les services de sécurité en Afrique, tout en s’appuyant sur les mécanismes d’Afripol en termes d’échange d’informations et de partage des expériences et des bonnes pratiques. A ce titre, les expériences algérienne et rwandaise ont suscité un intérêt particulier, du fait qu’elles peuvent constituer des modèles de bonnes pratiques en matière de lutte contre les violences à l’égard des femmes, de prévention mais surtout d’anticipation sur ce fléau planétaire grâce à des solutions innovatrices. A ce sujet, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a indiqué, dans son allocution d’ouverture, que l’expérience algérienne «peut servir de référence utile dans la mesure où la défense des droits des femmes et la lutte contre toutes les formes de violence faite aux femmes sont des priorités dans l’action menée par le gouvernement algérien, en application des orientations du Président de la République » qui insiste toujours sur le fait que «le moment est venu d’accorder à l’autre moitié de notre société la place que lui garantit la Constitution». Le Premier ministre a rappelé que l’Algérie avait adopté en 2007 une stratégie nationale de lutte contre la violence faite aux femmes qui repose, a-t-il dit, sur «la protection, l’insertion sociale et économique et les réformes juridiques et institutionnelles ayant abouti à l’adoption, en décembre 2015, de la nouvelle loi sur la lutte contre la violence faite aux femmes, concrétisant ainsi la volonté de l’État à promouvoir la femme et à renforcer l’arsenal criminalisant la violence à l’égard des femmes et protégeant ses intérêts et sa dignité».  En effet, l’Algérie est l’un des rares pays disposant d’une base de données sur les violences à l’égard des femmes, permettant ainsi la planification d’une stratégie de lutte. A ce sujet, le général-major Abdelghani Hamel a souligné dans son discours que « le nombre de 20 000 policières, dont 427 occupent des postes de commandement, dans les rangs de la police met le pays en situation de leader, surtout lorsque l’on sait que des pays, comme le Sénégal, par exemple, ne comptent que 9000 policiers et que de nombreux autres pays africains ont un effectif compris entre 10 000 et 12 000 policiers seulement.»
Pour le général-major Abdelghani Hamel, il est important de cerner cette violence, d’en identifier les auteurs et de prendre des mesures contre ce fléau à travers la mise en œuvre des différents instruments nationaux, régionaux et internationaux.

Le réquisitoire de Ban Ki-moon
Dans son discours, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé à une tolérance zéro face aux violences en mettant en place des mesures coercitives et en enquêtant sur toutes les violences pour empêcher l’impunité. Sur sa lancée, le responsable onusien a exhorté «les hommes à changer de mentalités» qui, selon lui, «doivent changer, sinon il n’y aura pas de respect pour les droits de plus de la moitié de la planète». Soulignant le rôle essentiel des forces de police pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, le Secrétaire général a déclaré que « lorsque les policiers sont formés et chargés de repérer les signes de violence familiale, les décès dus aux violences domestiques diminuent ». Ce combat est la priorité du programme de développement à l’horizon 2030, selon Ban Ki-moon, pour qui « il faut parvenir à l’égalité des sexes et mettre à l’abri des violences les femmes et les petites filles. » Un avis partagé par l’inspecteur général de la police rwandaise et président de la 4e Assemblée générale de la Déclaration de Kigali, Emmanuel Kazaka, qui estime qu’en Afrique, les services de police «doivent se définir en tant qu’élément essentiel dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes et plaider pour la conjugaison des efforts ». «Nous devons nous unir à tous les niveaux, local, régional et international et aller au-delà du continent africain. » Dans la foulée, il annonce la tenue, les 2 et 3 juin prochain, d’un sommet de responsables des services de police, permettant à ces derniers d’échanger les points de vue sur la manière de prendre en charge les défis sécuritaires qui se posent à eux.

S. F.



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