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N° 116 - Oct 2018

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Tlemcen

La perle du Maghreb

Par Hassina AMROUNI



Perchée à 800 mètres d’altitude, Tlemcen a été, par le passé, capitale du Maghreb central, mêlant de ce fait des influences berbères, arabes, hispano-mauresques et françaises. Cela lui a valu les surnoms de «Perle du Maghreb», «Grenade africaine» ou encore «Médine de l’Occident».
Selon Ibn Khaldoun, l’origine du nom de Tlemcen proviendrait du mot zénète, Tilimsan, telem et sin signifiant «composé de la terre et de la mer». Tabari cite pour la première fois Tlemcen, en parlant de la tribu des Banou Ifren. Pour sa part, Yahya Ibn Khaldoun, frère du grand historien et lui-même historiographe des Beni Abd El Wad, rois de Tlemcen, indique que le nom de Tlemcen signifie «le désert et le tell». D’autres hypothèses lui attribuent une autre signification, à savoir «poches d’eau captées».

Tlemcen de la préhistoire à l’Antiquité
La découverte, dès 1875, de haches polies dans les grottes de Boudghène témoigne d’une vie humaine dès la période du néolithique dans la région tlemcenienne. Plus tard, en 1941, c’est un polissoir qui a été mis au jour à Bab El Qarmadin, objet actuellement conservé au musée de la ville. Par ailleurs, trois gisements préhistoriques importants dans la région, en l’occurrence le lac Karar, au sud de Remchi, les abris sous roches de la Mouilah, au nord de Maghnia et le gisement d’Ouzidan, à l’est de Aïn El Hout renseignent sur les conditions de vie et d’habitat des habitants à cette époque. Durant la période numide, en particulier sous le règne du roi berbère Syfax, Tlemcen aura pour capitale Siga, mais c’est pratiquement tout ce que l’on apprendra sur cette époque.
A la fin du IIe siècle, au début de l’ère sévérienne, un castrum romain est installé sur un piton rocheux surplombant la plaine de Chetouane. Cette ville antique aura pour nom Pomaria, ce qui signifie «vergers» en latin, sans doute en référence à la plaine fertile qu’elle domine. Selon les différentes inscriptions épigraphiques relevées sur le site, ainsi que les bornes militaires trouvées le long de la Tafna, Pomaria aurait été érigée en même temps qu’Altava (Ouled Mimoun) et Numerus Syrorum (Maghnia).
Avant de devenir une cité avec tous ses attributs, Pomaria sera un poste fortifié, tenu par une cavalerie d’éclaireurs romains. Selon le Dr Abderrahmane Khelifa (1), Mc Carthy qui visita la ville au milieu du XIXe siècle en avait fait cette description : «On peut lire encore exactement sur le sol les limites de Pomaria dont l’angle nord-ouest, en pierres taillées, est demeuré intact au milieu des constructions de la vaste enceinte des Zianides. Sa superficie est de 16 hectares. Il est même facile de déterminer la forme et la situation de son ancien castrum.»

Tlemcen et la conquête musulmane
Les historiens situent le début de la conquête musulmane au VIIe siècle. C’est, en effet, à partir de 671 que les Arabes occupent le Maghreb. La conquête arabe atteint Tlemcen en 675. C’est cette année-là (148 de l’Hégire) qu’Abû Qorra, le chef d’un schisme musulman (le sufrisme) est proclamé imam de la communauté avec Tlemcen comme capitale.
Abû Qorra aura une grande influence et ses troupes iront guerroyer jusqu’en Ifriqiya avec celles des Ibadites de Tihert et de Sijilmassa.
Malheureusement, Tlemcen ne garde aucune trace de cette époque, hormis le nom d’une porte, celle de l’ouest appelée Bab Abû Qorra, qui sera déformée en «Qorrane». Selon A. Khelifa (1), à la suite de cet épisode kharidjite, la ville fera partie du domaine des Banu Ifran et des Maghrawa de Mohammad Khazar (786). Ce dernier remit à Idris – de façon pacifique – les clefs de la ville (789). Idris fit construire la mosquée cathédrale d’Agadir et c’est son fils, Idris II, qui poursuivra l’œuvre de son père. Toutefois, très vite le pays est partagé en plusieurs principautés entre les différents fils et neveux d’Idris mais le pays orano-tlemcenien est contrôlé par les tribus zenatiennes, Maghrawa et Banu Ifrane de Mohammad Khazar, puis, plus tard par les Beni Ya’la dont les relations avec les Omeyyades de Cordoue étaient au beau fixe, contrairement aux Fatimides d’Ifriqiya. Ziri Ibn ‘Atiya commanda à Tlemcen au nom des émirs de Cordoue. Par ailleurs, il fonda Oujda en 994 et c’est sa descendance qui gouverna Tlemcen jusqu’à l’arrivée des Almoravides.
C’est en 1079 que commence la période Almoravide avec Youcef Ibn Tachfine son fondateur et son fils Ali Benyoucef. Selon Ibn Khaldoun, Ibn Tachfine fonda la ville de Tagrart, juste à l’ouest d’Agadir. Tagrart est la véritable ancêtre de la Tlemcen d’aujourd’hui. Les Almoravides bâtirent de nombreux édifices militaires et religieux, à l’image du palais Qasr al Qadim près de la grande mosquée, de quartiers comme Derb Mesoufa, de bains comme Hammam el Sebbaghine, de remparts et de portes telle Bab el Kermadine. Tout cela, grâce au commerce de l’or auquel s’adonnaient les Almoravides dans le riche Sahara. D’ailleurs, des villes comme Nedroma, Ténès, Alger se développeront grâce à ce commerce. A partir de 1143, c’est l’avènement de la période Almohade fondée par Abdelmoumène Ben Ali, période durant laquelle s’affirme son expansion économique. Les princes almohades qui présidaient aux destinées de la ville de Tlemcen n’ont, selon Ibn Khaldoun, «cessé d’entretenir et d’améliorer les fortifications de cette ville, ils y attirèrent beaucoup de monde afin d’augmenter la population ; ils travaillèrent à l’envi pour en faire une métropole ; ils y firent construire des châteaux, de grandes maisons et des palais pour l’embellissement desquels ils n’épargnèrent aucune dépense».
C’est sous le règne du troisième calife Almohade, Abu Yusuf Ya’qub Al Mansûr que Sidi Boumediene, en route vers Marrakech, trouve la mort aux alentours de Tlemcen. Il sera enterré dans le quartier d’El Eubad. Al Nasir, fils d’Al Mansûr lui érigera un mausolée. Il est depuis, considéré comme le saint patron de la ville.
Le Maghreb se scinda en trois parties, dès lors que l’empire almohade afficha des signes de faiblesse. Les Hafsides régnèrent à l’est, les Mérinides à l’ouest et les Abdalwadides au centre. A partir de 1235, Yaghmorassen Ibn Zayan, tout en restant l’allié des derniers rois almohades, devint autonome sur l’ensemble des territoires que ces derniers lui avaient confié. Et c’est grâce à son courage et à sa bravoure qu’il réussit à ériger un royaume dont les limites allaient de la Moulouya jusqu’à la Soummam. Tlemcen devient alors capitale de cette nouvelle monarchie. Attirant beaucoup les convoitises, Tlemcen recevait des commerçants de toutes parts, essentiellement d’Europe. Ils venaient chercher l’or du Soudan, de l’ivoire ainsi que des esclaves. La ville est riche, aussi, de nombreux édifices dont El Mechouar, les médersas Techfiniya et El Eubad, les mosquées de Sidi Belahcène, Ouled l’Imam et Sidi Brahim, imposants surtout par leur beauté voient le jour, ne cessant d’être vantés par historiens et géographes.
Mais pas seulement, Tlemcen devient aussi très vite un lieu de rayonnement culturel et connaît une grande effervescence intellectuelle. Ibn Khaldoun viendra y enseigner à la medersa El Eubad, tandis que son frère sera l’historiographe attitré des rois de Tlemcen.
La ville résiste à un premier siège qui dura de 1299 à 1307. Les Mérinides érigent des remparts pour encercler Tlemcen et créent une autre ville à l’ouest de Bab El Khemiss : El Mansourah dont il ne subsiste aujourd’hui que les murs d’enceinte et la mosquée. Toutefois, en 1337, elle ne peut résister. Abû Tachfin et trois de ses fils perdent la vie lors du combat mené contre les Mérinides d’Abû -l-Hassan. L’occupation dura un quart de siècle et les nouveaux maîtres de la ville s’attellent à embellir El Mansourah, à construire d’autres palais, d’autres mosquées et à restaurer le mausolée de Sidi Boumediene.

Les Abdalwadides reprennent Tlemcen
Aidés par les tribus zenatiennes, les Abdalwadides guidés par Abou Hammou Moussa II reprennent en 1359 Tlemcen. Au cours de ce règne qui dura jusqu’en 1389, la ville connaîtra une belle prospérité, cependant, tout prend fin lorsque Moussa II est chassé du trône et mis à mort par son propre fils.
Tlemcen sera acculée de toutes parts et la dynastie zayyanide, confrontée à plusieurs adversaires dont les Espagnols, périt sous les coups des Ottomans en 1554.
Dès le XVIe siècle, Tlemcen est rattachée à la Régence d’Alger. C’est le début des mauvais jours, ainsi qu’en témoigne le chantre populaire Ibn Msaib qui l’exalte, au XVIIIe siècle, dans de sombres élégies. Une lumière furtive reparaît en 1837 avec la signature du traité de la Tafna qui la reconnaît parmi les territoires relevant de la souveraineté de l’Emir Abdelkader. Mais Tlemcen tombera inexorablement entre les mains de l’occupant français dès 1842 et ce jusqu’à l’indépendance.

H. A.



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