Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 104 - Avril 2017

Go

A la une

Mireille Ballestrazzi, présidente d’Interpol, à El-Djazair.com

« La police algérienne est dotée d’une vraie vision »

Entretien réalisé par Smail ROUHA



Mireille Ballestrazzi, première femme élue à la présidence de l’organisation internationale de coopération policière, Interpol, estime dans cet entretien exclusif accordé à El-Djazair.com en marge des travaux du 36e congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes tenu les 9 et 10 décembre 2012 à Alger, que l’Algérie a fait d’énormes avancées. Devenue à 58 ans, l’un des personnages les plus importants de la lutte anticriminelle dans le monde, la Française Mireille Ballestrazzi a effectué sa première sortie officielle en tant que présidente d’Interpol en Algérie. Classée parmi les «grands flics», Mireille Ballestrazzi, élue à la tête d’Interpol à l’issue de la 81e Assemblée générale d’Interpol, connaît parfaitement les dossiers de la criminalité organisée, les nouvelles formes de violence et comment s’y attaquer pour avoir dirigé, des années durant, la Police judiciaire française.    
                                                                                                                                                                                                                                                            
El-Djazaïr.com : En dépit de votre agenda très chargé, vous aves tenu à assister au Congrès arabe des ministres de l’Intérieur. Est-ce à dire que vous privilégiez la concertation et la coopération régionale et internationale ?  

Mireille Ballestrazzi : D’abord, c’est un honneur pour moi d’être invitée par le directeur général de la Sûreté nationale, le général-major Abdelghani Hamel, président du congrès, et évidemment par mon collègue, le commissaire divisionnaire Abdelkader Kara Bouhadba, directeur de la police judiciaire à la DGSN, et membre du comité exécutif d’Interpol. C’est ma première visite officielle en tant que présidente d’Interpol. Il était important pour moi que cette symbolique existe car j’accorde beaucoup d’importance à la coopération régionale. Au delà de la coopération globale, cette coopération entre les forces de police du monde arabe me paraît fondamentale et mes dernières déclarations à ce sujet, je les ai faites à l’issue de la réunion des ministres arabes de l’Intérieur qui s’est tenue en octobre dernier à Tunis. Nous défendons les mêmes valeurs confirmées et déclarées. Dans leur discours d’ouverture, le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, et le docteur Mohamed Ben Ali Koumane, secrétaire général du conseil des ministres de l’Intérieur arabes, ont longuement insisté sur le respect des droits de l’homme C’est très important.

El-Djazaïr.com : Lors du dernier congrès de Rome qui a vu votre élection à la présidence d’Interpol, vous avez insisté sur la nécessité de définir des stratégies viables pour réagir efficacement aux manifestions en constante évolution de la violence criminelle contemporaine. Voulez-vous être plus explicite ?

Mireille Ballestrazzi : C’est vrai qu’il y a une nécessité que les forces de police, c’est-à-dire, Interpol, prennent en compte ces violences nouvelles qui, sans doute, vont se poursuivre dans l’avenir. Certes, nous sommes toujours confrontés à une criminalité classique qui reste aujourd’hui un fléau assez important comme le trafic de stupéfiant, le trafic d’êtres humains, mais nous sommes également appelés à faire face à de nouvelles menaces, en particulier la cybercriminalité même si elle n’est pas la seule. Et puis sur fond de violences, il y a le terrorisme qui reste une priorité majeure en plus de cette montée de violence que l’on constate dans tous les pays, qui touche la jeunesse. Cette violence, un peu gratuite, ce passage à l’acte très fatal aujourd’hui, alors que dans d’autres temps, ça se serait régler par exemple à coups de poings, on sort les armes, on tue, fait que c’est  le respect de la vie qui se désagrège, et peut-être le sens de certaine valeurs aussi qui disparaît. D’où la nécessité de s’y préoccuper. Lors de la dernière assemblée générale à Rome, précédée de l’Assemblée générale des ministres de l’Intérieur qui ont justement voté la recommandation concernant ces violences, il a été souligné que la prise en compte de cette violence ne peut être uniquement l’apanage de la police mais nécessite le concours aussi bien d’Interpol que des acteurs opérationnels et de la société. La police ne peut pas faire tout, toute seule. Cette violence interpelle aussi bien le monde éducatif et familial que l’environnement social et économique.    
El-Djazaïr.com : Vous pensez que c’est l’axe primordial pour toute bonne gestion de la violence et de coopération ?
Mireille Ballestrazzi : Les droits de l’Homme ne peuvent être un axe central. C’est beaucoup plus fondamental. L’axe, ce sont les actions, les objectifs qu’on doit mener. Les objectifs sont la coopération, l’identification des malfaiteurs, des délinquants, des terroristes, les arrêter et les remettre à la justice. Les droits de l’Homme font partie des valeurs fondamentales,  qui sont au-delà d’un axe, du socle sur lequel on doit construire notre action.

El-Djazaïr.com : L’Algérie a initié ces dernières années, notamment depuis la désignation du général-major Abdelghani Hamel à la tête de la DGSN, un plan de modernisation basé sur la dotation de la police de matériel technologique de dernière génération et prenant en charge le volet social des fonctionnaires. Quelle est votre appréciation de cette approche ?

Mireille Ballestrazzi : Je pense que c’est une approche qui participe évidemment à l’efficacité et à offrir les conditions de travail qui permettent la motivation et le respect de certaines règles. Au vu de ce que j’ai constaté de visu, je peux affirmer que le travail accompli en Algérie est admirable. J’ai découvert que nous avons affaire, même si je le savais avant, à une police moderne, C’est une police équipée qui a une vraie vision. C’est une police qui  a su évoluer en prenant en compte toute la dimension des valeurs auxquelles nous croyons, notamment le respect des droits de l’Homme.

El-Djazaïr.com : Un commentaire sur l’élection du commissaire divisionnaire Abdelkader Kara Bouhadba, directeur de la police judiciaire, en tant que délégué pour l’Afrique au comité exécutif d’Interpol

Mireille Ballestrazzi : Je suis très heureuse que le commissaire divisionnaire Abdelkader Kara Bouhadba, directeur de la police judiciaire, soit élu au comité exécutif d’Interpol, car il a été plébiscité par l’Assemblée générale. C’est important. Il est membre du Comité exécutif. Son parcours professionnel et son expérience plaident en sa faveur, Il est également doté d’une capacité d’analyse, de recul et aussi d’une grande humanité. Tout cet ensemble de choses, en plus de son vécu en Algérie, qui est quand même important à souligner, fait  qu’il aura un rôle éminemment important au sein du comité exécutif car outre de représenter l’Algérie, le monde arabe, il représente toute l’Afrique. Elu par l’ensemble de l’Assemblée, il représente l’ensemble des forces de police. Et son regard, de par sa sagesse, professionnel sera précieux dans les débats au sein du comité exécutif d’Interpol      

S. R.



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Entretien réalisé par Smail ROUHA

Les plus lus

L’Algérie avant tout
Par AMMAR KHELIFA.

Protection civile
Par Farid HOUALI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF