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N° 110 - Dec 2017

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Mohamed Mébarki, ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, ŕ El-Djazaďr.com :

Une nouvelle stratégie pour une nouvelle image de marque

Entretien réalisé par Leďla Boukli



Dans une interview exclusive à El Djazaïr.com, Mohamed Mébarki, ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, a bien voulu expliquer la nouvelle vision et les ambitions de ce secteur vital qu’est la formation et l’enseignement professionnels pour le développement économique de l’Algérie. Il aborde pour nos lecteurs les grandes lignes de son programme pour 2012 -2014 inscrits dans la continuité des réformes et les nouveautés qu’il compte apporter à ce secteur, hier encore juste perçu comme outil absorbeur de l’échec scolaire d’une population jeune, sans débouché.

 

El-Djazaïr.com : vous venez de prendre en charge un secteur sensible à plus d’un titre, celui de la formation et l’enseignement professionnels. Votre programme pour 2012-2014 s’inscrit dans la continuité des réformes du système de l’éducation. Pouvez-vous nous dire ce qui se fait, dans ce cadre-là, pour cette rentrée ?
Mohamed Mébarki : je dois d’abord rappeler que le programme du nouveau gouvernement est la continuation du programme du président de la République pour 2010-2014. Et dans ce cadre-là, il s’agit, pour ce qui nous concerne, de parachever la réforme du système éducatif national, dans son segment de la formation et de l’enseignement professionnels. Pour organiser la rentrée, les cadres du secteur, à tous les niveaux, sont mobilisés pour informer les jeunes sur les possibilités de rejoindre la formation et l’enseignement professionnels, et pour organiser leur accueil et leurs inscriptions. Tous les moyens sont mis à la disposition pour réussir cette rentrée. Nous avons décidé de mobiliser toutes les capacités de communication, pour les mettre à la seule disposition de la rentrée, et ce en vue de toucher un maximum de jeunes et de parents, pour porter l’information et sensibiliser. C’est ainsi que, outre nos capacités propres, différents journaux écrits, la radio, la télévision, l’ANEP et beaucoup d’organismes, en relation avec les jeunes, ont participé à cette campagne. Nous les remercions. Nous avons, également, démultiplié les centres et les modes d’inscriptions, y compris par internet. Au jour d’aujourd’hui, il y a 250.000 élèves et stagiaires reconduits pour lesquels la rentrée s’est faite le 9 septembre, et il est prévu 360.000 nouveaux pour la nouvelle rentrée, en signalant que les inscriptions restent ouvertes jusqu’à la fin du mois courant. Cela ferait globalement un effectif de plus de 600.000 élèves et stagiaires, auxquels il faut ajouter 560 stagiaires étrangers reconduits. Par ailleurs, il y a 212 spécialités ouvertes dans différents  domaines : agriculture, industrie agro-alimentaire, arts et industries graphiques, hôtellerie et tourisme, informatique, bâtiment et travaux publics, etc. Toutes ces formations sont sanctionnées par des diplômes. Parmi ces 212 formations, le secteur offre 80 spécialités avec diplôme aux jeunes dont le niveau scolaire est inférieur à la quatrième année moyenne. De notre point de vue, la rentrée 2012 de la formation et de l’enseignement professionnels se passe normalement.
El-Djazaïr.com : Y a-t-il du nouveau par rapport aux autres rentrées ?
Mohamed Mébarki : Chaque rentrée a ses particularités. Pour celle de 2012, tout ce qui est entrepris comme nouvelles dispositions l’est dans le cadre des orientations données au nouveau gouvernement, par le président de la République, et en particulier celle qui concerne l’amélioration du service public. Pour le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels, l’amélioration du service public est une question extrêmement importante, parce qu’il s’agit d’un service public permanent, en charge, d’une part, de l’élévation du niveau de qualification, de formation et d’enseignement du citoyen ; et d’autre part, c’est un service public vital pour le développement socio-économique du pays, parce que participant à l’encadrement de l’administration, de l’entreprise, et de façon plus générale de toute la sphère socio-économique du pays. Comme dispositions nouvelles pour améliorer les conditions de la rentrée, nous avons pris la décision d’annuler les dispositions antérieures qui limitaient l’accès, pour permettre à tous les jeunes d’accéder à la formation et l’enseignement professionnels, chacun selon son niveau scolaire ; et même à ceux dont le niveau scolaire est limité. Egalement, il a été décidé d’élargir l’ouverture des formations courtes, de moins de 6 mois, à plus de spécialités qu’avant.
El-Djazaïr.com : Mais on ne sent pas un engouement pour la formation professionnelle, à quoi est-ce dû ?
Mohamed Mébarki : oui, c’est assez paradoxal. On a, d’un côté, un pays en plein développement, donc en besoin de qualification et d’expertise, et de l’autre, une population jeune, donc en âge de demande de formation. Ce double besoin devait faire de la formation professionnelle un secteur vital, au cœur du développement, et facilitateur de l’employabilité des jeunes. Or, le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels est perçu juste comme un secteur d’absorbation de l’échec scolaire, alors que c’est un secteur qui peut offrir de grandes possibilités de développement socio-économique, et aussi, faciliter l’insertion dans le monde du travail. Les raisons à ce manque d’engouement sont nombreuses. Sur le plan technique, la formation professionnelle donne une image de stagnation, sans renouvellement de ses spécialités, sans actualisation de ses programmes, et d’autres reproches ; comme si le secteur ne s’accrochait pas aux évolutions du monde. La réalité n’est pas tout à fait celle-là. En tout cas, nous travaillons à améliorer cette mauvaise image, à réhabiliter le secteur. Mais les raisons de cette situation sont aussi ailleurs, peut-être dans des considérations historiques et sociales, que les sociologues peuvent expliquer mieux que moi.
El-Djazaïr.com : la dévalorisation du travail manuel reste un problème sociétal ; la réhabilitation du secteur dont vous avez la charge vous tient, apparemment, à cœur. Que comptez-vous faire pour améliore cette image ?
Mohamed Mébarki : C’est vrai que ce problème est, aussi, un problème de société, qui se réglera, aussi, dans le cadre du processus normal des évolutions des sociétés. Et puis les standards en matière d’enseignement et de formation, évoluent ; on se rendra compte de l’intérêt que peut apporter tel ou tel autre type de formation. J’ai déjà dit, à d’autres occasions, que la place pédagogique dans ce secteur « coûtera cher » à l’avenir. Je le crois parce qu’il n’y a aucune raison que l’Algérie ne connaisse pas les mêmes évolutions que d’autres pays. Vous savez dans les pays développés, ce sont les formations aux métiers manuels, techniques, qui connaissent le plus d’engouement chez les jeunes. De plus, tous les spécialistes s’accordent à dire qu’une des conditions pour assurer le développement, pour un pays, c’est l’existence de main-d’œuvre qualifiée. Et tous les organismes internationaux sérieux considèrent que pour l’Algérie, l’insuffisance de main d’oeuvre qualifiée constitue un frein au développement. Quant à notre responsabilité à nous, en tant que ministère, elle consistera à proposer un processus qui assiste les jeunes dans leur décision de s’orienter vers la formation et l’enseignement professionnels. On mènera le travail de proximité qu’il faut faire, en accord et auprès des structures de l’éducation nationale, particulièrement les CEM, des centres de jeunes, des maisons de la culture, des ménages, etc. Je voudrais rappeler, par exemple, que dans la réalité du travail, dans une équipe où il y a un ingénieur il y a plusieurs techniciens supérieurs ; et pour un technicien supérieur, il faut plusieurs ouvriers qualifiés. Cette pyramide du travail, doit être respectée dans la formation et l’enseignement. C’est pourquoi je dis que la réalité nous rattrapera plus vite qu’on le pense. Nous travaillerons aussi, dans le cadre du plan d’action du gouvernement, à introduire une image plus attractive de ce secteur, notamment par des actions de modernisation de l’outil de travail pédagogique, l’actualisation des programmes, le perfectionnement des formateurs, même par la coopération avec des pays qui réussissent le système de formation professionnel. Egalement, il s’agira d’améliorer les capacités pédagogiques et de communication des formateurs et des gestionnaires des structures du secteur, d’améliorer le cadre de l’apprentissage, etc. Ensuite, nous avons invité nos cadres à réfléchir à tracer une démarche qualité. L’Etat a beaucoup investi en infrastructures et en moyens matériels et humains qu’il faut mobiliser. Nous comptons améliorer la performance du système, en actualisant et en adaptant les instruments et les outils d’évaluation et de contrôle.
El-Djazaïr.com : justement l’inadaptation de la formation aux réalités économiques et à l’environnement local est l’un des reproches qu’on fait à la formation professionnelle. Comment comptez-vous agir pour faire en sorte que vos diplômés trouvent des débouchés ?
Mohamed Mébarki : une de nos grandes préoccupations est d’adapter la formation aux besoins du marché national en qualifications professionnelles et en métiers, et aux développements technologiques et socio-économiques du monde. Il faut diversifier les formations ouvertes et les adapter à la demande des administrations, des entreprises, et en général au secteur socio-économique. Cette adéquation facilitera l’employabilité des jeunes. Il y a lieu également d’ouvrir des formations en adéquation avec les réalités locales. Pour ce faire, un plan d’action spécifique pour l’attrait des entreprises économiques et les administrations publiques sera élaboré, sur la base d’études prospectives sur le plan du développement économique. Aussi, évaluerons-nous le déficit en métiers, par rapport à ceux existant dans le monde, et créerons-nous les possibilités objectives de les développer en Algérie. Et d’autres dispositions que je ne peux pas toutes citer.
El-Djazaïr.com : de nouveaux métiers apparaissent, la plupart liés à la modernité et aux évolutions techniques et technologiques dans le monde. Pensez-vous que l’encadrement local suffira ou avez-vous l’intention d’avoir recours au savoir-faire étranger, d’autant que vous comptez créer des centres d’excellence dans différentes filières aussi pointues que les énergies renouvelables ou les nouvelles technologies ? Aurez-vous recours à des concours pour y accéder ?
Mohamed Mébarki : Effectivement, de nouveaux métiers et de nouvelles spécialités apparaissent ; et c’est pourquoi il faut tenir compte de l’évolution technologique et scientifique universelle. En ce sens, il faut faire de la prospective dans la définition de la nomenclature des spécialités, en tenant compte des effets de la mondialisation. Aussi, militons-nous pour la création de pôles d’excellence, en développant des centres de formation d’importance internationale pour certaines spécialités pointues, pouvant répondre à des besoins de développement et, éventuellement, absorber des demandes de formation à l’échelle continentale ou régionale.
El-Djazaïr.com : votre programme est axé sur l’équité sociale pour tous, y compris les populations à besoins spécifiques. Aurez-vous les moyens de votre  politique, compte tenu du retard pris en la matière ?
Mohamed Mébarki : je pense que, depuis l’indépendance, tous les programmes nationaux en matière d’éducation, d’enseignement et de formation ont visé à l’équité sociale et à la démocratisation de l’accès au secteur éducatif. Les moyens à cela ont toujours existé. Si retard il y a, c’est certainement dû à la démarche empruntée. En ce qui nous concerne, la recherche de l’équité sera l’une de nos préoccupations, et le principe d’égal accès à toutes les catégories sociales sera consacré. Il existe déjà des établissements spécialisés, et nous continuerons progressivement l’aménagement et l’équipement d’espaces adéquats pour les personnes à besoins spécifiques. On visera à la mise en place des normes d’accessibilité à nos établissements pour les personnes handicapées. Egalement, le plan d’action du ministère prévoit de développer la formation au profit des femmes rurales. Dans ce cadre, des télécentres mobiles sont en voie d’acquisition et de mise en place pour certaines wilayas des hauts-plateaux et du sud.
El-Djazaïr.com : Un dernier mot.
Mohamed Mébarki : Notre maître mot sera l’amélioration du service public : d’un côté, nous mettrons au centre de cette entreprise la valorisation du potentiel existant et le perfectionnement et la formation des formateurs. Sans la valorisation et la mobilisation du potentiel humain, rien ne peut se concrétiser. De l’autre, nous travaillerons à adapter les formations dispensées aux besoins du développement et du marché national en qualifications professionnelles, pour faciliter l’employabilité des jeunes.
L. B.



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