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N° 127 - Mars 2020

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Intervenant à l’ouverture des travaux de la rencontre gouvernement-walis

Abdelmadjid Tebboune trace les grandes lignes

Par Farid HOUALI



Son discours prononcé à l’ouverture des travaux de la rencontre gouvernement-walis devant un peu plus d’un millier de participants, se voulait d’abord une assurance mais aussi une sommation puisque les responsables locaux, à leur tête les walis, sont appelés à prendre en charge les aspirations des citoyens.

« Cette réunion est une occasion où sont réunies l'autorité de planification et l'autorité d'interface locale pour un objectif unique et un effort unifié pour prendre en charge les aspirations des citoyens et mettre un terme à leurs souffrances, dans le cadre d'une nouvelle ère et une nouvelle République de manière à construire une Algérie nouvelle », a affirmé le président de la République qui a d’ailleurs interrompu son discours pour la diffusion d’un reportage sur les conditions de vie des Algériens à l’intérieur du pays. Un reportage poignant réalisé par l’ENTV, qui montre le vrai visage de l’Algérie, et qui a ému le Premier ministre Abdelaziz Djerrad.

Le film d’une durée d’environ trente minutes montre le quotidien de citoyens vivant dans des « zones d’ombre », pour reprendre le commentaire du Président Tebboune, à l’issue de cette projection inédite qui, selon lui, pourrait constituer une matière exploitable par d’autres chaines privées ou publiques de télévision.

« Dans cette conjoncture particulière, vous êtes tenus, en tant que responsables locaux, d’opérer le changement au niveau local en rompant définitivement avec les anciennes pratiques et en vous rapprochant des citoyens afin de briser le cloisonnement créé par le passé entre les citoyens et l’État et de restaurer la confiance perdue », a martelé le président de la République lors de son intervention devant les walis.

C’est ainsi qu’il a estimé que la situation prévalant dans certaines régions du pays est «inacceptable car nous disposons de tous les moyens nécessaires pour y remédier », appelant les responsables locaux à « prendre en charge les catégories vulnérables et à en faire une priorité ». «On a pensé à l’autoroute Est-Ouest, dira Tebboune », allusion à l’ancien régime, « mais on n’a pas eu la moindre attention sur ceux qui vivent en pleine misère. C’est là une réalité amère», ajoutera- t-il, visiblement offusqué, après avoir repris la parole.

«Il n’est pas demandé de faire du monde rural des cités modernes, mais de le doter du strict minimum et c’est ce qui vous est demandé, désormais».

Le président de la République a, dans ce cadre, instruit les responsables locaux de se rapprocher des citoyens et de «briser le cloisonnement créé par le passé entre les citoyens et l'Etat».

Á ce propos, le président de la République a enjoint aux walis et aux responsables locaux de «s'abstenir de faire de fausses promesses» et de ne promettre que ce qu'ils sont réellement en mesure d'offrir aux citoyens, dont il ne faut plus négliger et dédaigner les préoccupations, a-t-il dit, estimant que «cela passe impérativement par le recours aux cadres compétents, quelles que soient leurs tendances».

«Dans trois ou quatre mois, les résultats doivent être visibles. Et dans une année, on fera le bilan. Ces problèmes doivent être réglés», a-t-il déclaré sur un ton rigoureux.

 

La gestion décentralisée renforcée

«Nous examinons actuellement les changements que nous envisageons pour renforcer la gestion décentralisée des collectivités locales en dotant les communes de nouveaux moyens financiers à partir de la fiscalité ou autres afin qu'elles puissent prendre en charge les préoccupations et les problèmes des citoyens», a affirmé le Président Tebboune dans son allocution à l'ouverture de la rencontre gouvernement-walis, estimant que le mode de gestion actuel avait «montré ses limites».

Certains textes relatifs à la gestion sont «dépassés» car «remontant à plus de 50 ans», a relevé le président de la République. Selon lui, la situation ayant changé, des textes juridiques qui n'ont pas permis de gérer une Algérie de 17 ou 20 millions d'habitants ne sauraient permettre de le faire avec la population actuelle, d'où la nécessité, a-t-il dit, d'un «examen approfondi du nouveau mode de gestion décentralisée avec la participation de tous». Une démarche qui vise avant tout à «servir les intérêts des citoyens», a souligné le Président Tebboune, excluant la reproduction des modèles d'autres Etats car, a-t-il soutenu, «nous sommes des Algériens et nous le resterons».

Abordant les plans de développement des communes, le président de la République a affirmé que le ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire avait alloué en décembre dernier dans le cadre de la Caisse de solidarité et de garantie des collectivités locales un montant de 80 milliards de dinars en deux tranches, ajoutant que les communes bénéficieront en avril et mai prochains d'un montant supplémentaire de 100 milliards de dinars.

Au XXIe siècle, la situation prévalant dans certaines régions du pays est «inacceptable d'autant que nous disposons de tous les moyens nécessaires pour y remédier», a indiqué Abdelmadjid Tebboune, appelant les responsables locaux à prendre en charge les catégories vulnérables et à en faire une priorité soulignant «l'importance» d'une distribution «juste et équitable» des richesses en faveur de tous les citoyens, et la mobilisation de tous les efforts pour le changement et l'amélioration de la situation dans les régions enclavées et les zones rurales.

La nouvelle loi relative à l'organisation territoriale du pays, promulguée récemment, a érigé «les dix circonscriptions administratives créées dans le Sud algérien, et réparties sur huit wilayas, en wilayas dotées de pleines prérogatives, quatre ans après leur création, et ce, au regard de la maturité de leur cadre institutionnel et opérationnel qui leur permet d'accomplir pleinement leurs missions, en toute autonomie».

Il s'agit des wilayas de Timimoun, Bordj Badji-Mokhtar, OuledDjellal, Béni Abbès, Aïn Salah, In Guezzam, Touggourt, Djanet, El Meghaier et El Menia.

Ce découpage vise «à renforcer la décentralisation, à assurer une répartition équilibrée du territoire, à améliorer son attractivité de manière à répondre aux exigences du développement socio-économique au profit des citoyens, notamment dans les régions frontalières, et à rapprocher les services publics de ces régions». Il vise également «à faire des wilayas du Sud, qui passeront de 9 wilayas actuellement à 19 wilayas, un catalyseur du développement national, capable de prendre en charge les citoyens et de créer la dynamique économique escomptée qui érigera cette région en pôle régional par excellence».

 

La lutte contre la corruption et le passe-droit

Abdelmadjid Tebboune a déclaré dans son discours que « nous devons continuer à lutter contre la corruption et l’exploitation de l’influence », considérant que le citoyen souffre beaucoup de ce qu’il a appelé « la petite corruption» estimant qu’ « il n’y a pas de vol majeur et mineur ».

« L’exploitation de l’emploi pour s’enrichir est interdite et doit être combattue, et personne n’a le droit d’exiger un service au citoyen en échange d’un autre », a mis en garde le chef de l’Etat appelant les personnes concernées à remplir leurs obligations envers ce citoyen, affirmant que cette question est «sensible et affecte directement le citoyen». « Le  citoyen a le droit de bénéficier des services de l’administration et de demander les documents qu’il souhaite, sans aucun service et échange », a insisté le chef de l’Etat, soulignant l’existence de ces pratiques « inacceptables » adoptées par l’administration contre le citoyen, qu’il considérait comme « plus dangereuses que la grande corruption «.  «Nous devons poursuivre rigoureusement la lutte contre la corruption et l’abus de fonction», a-t-il déclaré, en mettant l’accent notamment sur la «petite corruption» qui empoisonne la vie du citoyen. «Attention !, attention !, attention !», a-t-il répété.

Il a révélé à l’occasion le chiffre qui concerne les dettes de «certains investisseurs» contractées auprès des banques, à janvier dernier, et qui ne sont pas encore recouvrées. Il s’agit d’une somme de 1216 milliards de dinars (près de 12 milliards de dollars). D’autres aspects du secteur économique ont également été évoqués.

Le Président a mis l’accent à ce propos sur les «lobbys d’importation qui tuent la production nationale». Dans le secteur agricole par exemple, notamment les produits destinés à la transformation, il n’est plus question d’importer, sauf si nécessaire. La problématique du montage dans l’industrie, le CKD-SKD, sera également prise en charge. Il a indiqué que pour l’instant, la situation a été débloquée, des postes d’emploi étant en jeu, mais des comptes seront demandés à ces industriels d’ici peu de temps. «On est en train d’importer du sable dans un pays où les trois quarts de son territoire sont du sable», a-t-il lancé devant l’assistance. Le  président Tebboune a également annoncé, dans son discours, qu'une loi criminalisant le non-paiement des impôts est en préparation «à l'instar de ce qui est en vigueur dans plusieurs pays à travers le monde, dont les Etats-Unis où le non-paiement des impôts est considéré comme étant un crime économique», ajoutant : «Certains prétendent être parmi les plus riches de ce pays, alors qu'ils figurent en bas du classement des contribuables, tandis que le fonctionnaire, lui, s'acquitte de ses impôts par retenue sur salaire.»

 

Le fichier national de logement unifié

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné, l’unification du fichier national de logement pour englober les différentes formules en vue de parvenir à une distribution équitable.

Dans son allocution à l’ouverture de la rencontre gouvernement-walis, le chef de l’Etat a en effet appelé à « un retour à la transparence dans les listes de logements à afficher », ordonnant « l’unification du fichier national de logement, toutes formules confondues, y compris le logement rural et le promotionnel aidé afin d’identifier les bénéficiaires ».

« La résolution du problème de distribution de logements qui pousse, à chaque fois, les citoyens à la contestation en bloquant les routes réside dans la transparence, l’adoption d’un fichier national de logement et la prise en charge des doléances soumises par les non-bénéficiaires », a affirmé AbdelmladjidTebboune soulignant l’impératif de « bannir le favoritisme dans la distribution de logements ».

Le Président Tebboune a révélé, dans ce sens, la découverte durant les années précédentes à Alger de 16.800 certificats de résidence falsifiés, vendus à 1.500 DA le certificat à des personnes habitant dans d’autres wilayas, qualifiant ces pratiques de « plus grave que la corruption ».

Le plan d’action du gouvernement qui s’appuie sur le programme du président de la République, vise à garantir « l’accès du citoyen à un logement décent », à travers le lancement d’un nouveau programme d’un million de logements, tous segments confondus, et la réception d’un million et demi d’unités à l’horizon 2024.

 

Aucune restriction dans la révision constitutionnelle

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans son discours prononcé à l’ouverture de la rencontre gouvernement-walis, a abordé la révision constitutionnelle assurant qu’il n’existe aucune restriction, hormis ce qui a trait à l’unité et à l’identité nationales  avant de rappeler que le document aussitôt finalisé sera soumis au débat et que tout un chacun aura la latitude d’émettre un avis «positif ou négatif». Les observations exprimées seront, par la suite, transmises audit comité pour y être traitées.

Tout cela, a-t-il ajouté, afin que «la Constitution soit consensuelle». Pour le Président, la nouvelle Constitution qui sera adoptée interviendra «dans le cadre de la nouvelle politique» qu’il veut adopter «pour opérer le changement». «Nous devons bâtir ensemble une démocratie réelle et solide, non conjoncturelle et pas sur mesure», a-t-il ajouté. Selon lui, la prochaine Loi fondamentale du pays «consacrera la séparation des pouvoirs pour définir les missions de chacun».

Ce qui va permettre «de rompre avec les anciennes pratiques et les dérapages de l’autocratie». Dans ce sillage, le chef de l’Etat a évoqué la création d’une «Cour constitutionnelle» qui aura à traiter «les litiges opposant les pouvoirs».

Ceci, en plus de la révision de la loi électorale dans l’objectif d’écarter l’argent sale et les corrompus de la politique» et «l’introduction de mesures de contrôle qui permettront d’accéder aux postes par la voie des urnes».

Ainsi, pour Abdelmadjid Tebboune, «il y a de cela une année, les citoyens et citoyennes sont sortis dans un hirak béni et pacifique, sous la protection de l’Armée nationale populaire (ANP), digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), pour revendiquer le changement». Et c’est, ajoute-t-il, «pour ne pas retomber dans la tragédie vécue lors des années 1990», qu’il y a eu cet «élan du peuple algérien pour une élection transparente et régulière».

 



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