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N° 116 - Oct 2018

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Evenement

L’hommage inédit de la France aux victimes des massacres de Sétif

Commémoration des massacres du 8-Mai-1945

Par Anis LABDAOUI



« En me rendant à Sétif, je dis la reconnaissance par la France des souffrances endurées et rends hommage aux victimes algériennes et européennes de Sétif, de Guelma et de Kheratta », a inscrit le secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini dans le livre d’or du musée de la ville, appelant Français et Algériens, « au nom de la mémoire partagée par nos deux pays (…) à continuer d’avancer ensemble vers ce qui les réunit ». Une première depuis l’Indépendance, laissant entrevoir un pas vers la reconnaissance des crimes coloniaux et une repentance. En effet, une telle visite d’un haut responsable français, aussi, symbolique, n’a jamais eu lieu. Premier responsable gouvernemental français à se rendre à Sétif, Jean-Marc Todeschini a déposé une gerbe de fleurs devant le Mémorial Saal Bouzid, premier martyr de la répression du 8 mai 1945, qui avait fait plus de 45 000 morts.
Pour rappel, Saal Bouzid avait été tué pour avoir brandi un drapeau algérien au moment ou la France fêtait la victoire contre le nazisme. Commentant son geste, Jean-Marc Todeschini a affirmé que c’est «un premier geste, un geste sans précèdent pour un membre d’un gouvernement français». «C’est un geste d’apaisement et d’amitié que nous avons voulu accomplir en direction de nos amis algériens. Et je suis heureux que ce geste ait été compris», a-t-il expliqué, soulignant les liens « singuliers » et «profonds» entre les peuples français et algériens. Une façon de reconnaître implicitement la responsabilité de son pays dans les évènements tragiques du 8 mai 1945. «Au moment où la France acclamait ses libérateurs en héros et célébrait la paix enfin retrouvée, au même moment, pourtant ici en Algérie, la France manquait aux idéaux qui n’avaient cessé de l’animer», a-t-il reconnu.
Jean-Marc Todeschini, accompagné par Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine, a expliqué avoir débuté son «voyage mémoriel en Algérie par Sétif, en cette année du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, au nom de l’amitié franco-algérienne». Il a indiqué que «ce geste est la traduction concrète des propos tenus par le président de la République François Hollande devant le Parlement algérien en décembre 2012».
« Je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français », avait alors déclaré François Hollande devant les parlementaires algériens.
Cette visite s’inscrit «dans une démarche d’amitié, de respect et dans le souci de continuer à appréhender notre mémoire commune de manière apaisée», a par ailleurs ajouté le secrétaire d’État français qui juge que son voyage à Sétif est un « geste fort, et notre histoire est multiple et complexe. Elle ne se limite pas à nos affrontements », a noté le secrétaire d’Etat français
Accueilli par Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine, Mohamed Bouderbali, wali de la wilaya de Sétif,  Fateh Kerouani, P/APW,  à l’aéroport du 8-Mai-1945 de Ain Arnat, le secrétaire d’Etat, accompagné de l’ambassadeur de France en Algérie, du consul de France à Annaba et d’une forte délégation, a déposé une gerbe de fleurs devant le Mémorial de Saal Bouzid, première victime de la répression du 8 mai 1945, et s’est recueilli à la mémoire des victimes de ces massacres.

Une tragédie inexcusable
Après avoir foulé le boulevard principal de la ville en direction de Ain Fouara, le secrétaire d’Etat répondra à une question relative à l’importance que revêt la visite d’un membre du gouvernement français à Sétif à la veille de la commémoration du 70e anniversaire de ces incidents : «Je crois que ce qui est le plus important, ce ne sont pas uniquement les déclarations de nos ambassadeurs », allusion aux propos de l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, qui dix ans plus tôt, le 27 février 2005, avait reconnu une responsabilité de la France dans le massacre de Sétif en évoquant une « tragédie inexcusable ». Il avait aussi affirmé, à l’époque, que sa visite à Sétif avait pour but «de corriger une anomalie : aucune visite officielle d’un officiel français n’a été enregistrée dans cette ville depuis l’indépendance. En 2008, l’ambassadeur Bernard Bajolet avait pointé la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière », ajoutant que « le temps de la dénégation est terminé ». Une reconnaissance formulée en décembre 2012 par François Hollande, lorsqu’il avait dénoncé la colonisation, « un système profondément injuste et brutal », et reconnu « les souffrances (…) infligées au peuple algérien », dont les massacres de Sétif. « Le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles », poursuivait le président. Des propos rappelés par Jean-Marc Todeschini à Sétif.
La délégation s’est ensuite rendue au niveau du parc d’attraction, où elle s’est informée, aux abords du Mur byzantin, de l’histoire de la région où se sont succédé à travers les siècles plusieurs civilisations.
La délégation conclura sa visite par le musée national d’archéologie. Le secrétaire d’Etat a parcouru les salles de la préhistoire, et des époques byzantine, romaine et islamique ainsi que des salles de numismatique et de mosaïque où il a montré un intérêt particulier aux fresques du « triomphe de Bacchus », de la « toilette de Vénus » et de nombreuses autres mosaïques. De l’autre côté de la Méditerranée, cette visite en a fait réagir plus d’un.  Le Premier ministre français, Manuel Valls, a réagi sur son compte twitter, estimant que « la France, par la voix du ministre Todeschini, rend hommage aux victimes de Sétif et reconnaît la souffrance infligée aux Algériens »
Laurent Wauquiez, secrétaire général de l’UMP, a, quant à lui, déclaré à ce propos, au «Grand Jury» RTL-LCI-Le Figaro que «la France a besoin de faire son travail de mémoire, mais sincèrement, aujourd’hui, je trouve qu’on a trop basculé dans un seul sens, il n’y a plus de fierté de notre histoire.» Et d’ajouter : «Nous sommes le seul pays à passer notre temps à nous excuser de notre histoire». «Que ne passe-t-on pas plus d’énergie à mettre en avant les très belles pages de l’intégration qui ont été les nôtres? Que ne passe-t-on pas plus notre temps à mettre en avant les très belles pages écrites par l’histoire française?», s’est interrogé le député UMP, déplorant une «repentance  à sens unique».
Tandis que, le Conseil de Paris avait, au contraire, émis un vœu demandant à l’État français de reconnaître les massacres du 8 mai 1945 en Algérie. Ce vœu, initié par la conseillère PG Danielle Simonnet, demande que la Ville «sollicite le secrétaire d’État aux Anciens combattants et à la Mémoire, et le président de la République, pour la reconnaissance par l’État des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, et l’ouverture de toutes les archives relatives à ces terribles événements».
L’eurodéputé et membre du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, a estimé sur France 3 que «ce n’est pas la France qui est fautive, mais le colonialisme». Quant à l’historien Benjamin Stora, il explique que 70 ans après le drame, la mémoire de ce massacre n’est toujours pas apaisée, en affirmant :   « Il y a toujours une guerre mémorielle entre l’Algérie et la France, qui entache les relations entre les deux pays. »
Après Sétif, il s’est rendu à Mers el-Kébir, à Oran, pour, cette fois-ci, commémorer le 75e anniversaire de l’attaque de la Marine française par la Marine britannique, en juillet 1940, peu après la signature de l’armistice franco-allemand avec le Troisième Reich.
A. L.



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