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N° 109 - Nov 2017

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Développement Local

La tradition réhabilitée et rehaussée

Centre d’apprentissage de couture de la wilaya d’Alger (Cacva)

Par Ahmed Boudraa



Comment concilier entre modernité et tradition, deux notions en apparence paradoxales sinon antinomiques et que la ville d’Alger s’attelle à encourager à travers les différents EPIC (Etablissements publics à caractère commercial et industriel) activant sous son égide. Les unes ont pour mission d’accompagner la capitale dans son vaste projet de modernisation, initié depuis une quinzaine d’années environ, quand d’autres, à l’instar du Centre d’apprentissage de couture de la wilaya d’Alger (Cacva) se doivent de s’assigner comme objectif pour remettre au goût du jour le registre us et coutumes ainsi que la tradition d’El Bahdja dans toute sa splendeur. Cet EPIC a choisi de rehausser le patrimoine traditionnel via la couture et la broderie, activités manuelles pratiquées depuis des lustres par les fées du logis et revisitées avec un œil nouveau par les stagiaires de l’établissement. Ce retour aux sources n’a donc rien de contradictoire et encore moins ringard par rapport au dessein de mise à niveau avec les grandes mégapoles mondiales que la capitale voudrait s’accomplir en son sein, mais, au contraire il y paraît comme complémentaire dans sa quête d’embellissement et de rayonnement, incluses dans cet exaltant programme.

Aux origines de la CACVA
L’établissement a été créé par arrêté de la wilaya d’Alger en janvier 1995, à la suite de la restructuration du Conseil urbain de coordination de la ville d’Alger, connu précédemment sous le nom des Ecoles d’Alger gérées à l’époque par l’association diocésaine qui connut des perturbations car gérée initialement par l’église romaine et agissait sous son autorité. La loi française de 1905 relative à la séparation de l’église et de l’Etat l’assujettit à une hiérarchie séculière que refusèrent ses pensionnaires avant de finalement céder en continuant l’apprentissage à celles qui voulaient en profiter. C’est dire que cette institution jouit d’un background historique séculaire qui a lui a fait établir une solide réputation sur la place d’Alger, faisant que cette structure développe une activité aussi discrète qu’importante dès lors qu’elle permet à une couche assez large de la société, de vivre d’ouvrages manufacturiers appris puis perfectionnés entre ses murs.

Joindre l’utile à l’artistique
Comme signalé précédemment, les missions essentielles de l’établissement visent à préserver le patrimoine traditionnel de la couture et de la broderie faite à la main, à garantir aux jeunes filles une formation de qualité dans ces disciplines en mesure de leur assurer une occupation professionnelle artisanale et par extension, au profit de la population désireuse d’acquérir un savoir-faire manuel. Les disciplines prises en charge par le Cacva sont la broderie, la coupe couture, la peinture sur soie, la décoration florale, la coiffure, le maquillage, l’esthétique, la pâtisserie et l’art culinaire. Concernant la broderie, elle est enseignée selon les techniques manuelles ou sur machine. Le programme accorde une grande importance à la broderie traditionnelle et notamment la fetla et le medjboud ainsi que la chbika et, en ce sens le Cacva déjà atteint l’objectif assigné qui est celui de contribuer à la conservation du patrimoine algérois, selon la directrice de l’établissement Mme Nadia Hammachin. Sauf qu’il est de notoriété publique que ces techniques ancestrales de broderie ne sont pas l’apanage de la seule ville d’Alger. Aussi, l’établissement s’est-il ouvert à l’apprentissage des techniques des autres villes de l’est et de l’ouest du pays où cet art a pignon sur rue. Celles des autres régions ne sont pas en reste, puisque aussi bien le burnous féminin que masculin, la djellaba ainsi que les tenues de circonstances festives sont confectionnées…En un mot, un large éventail de produits vestimentaires et domestiques y est réalisé.

La CACVA produit utilitaire également
La production dans cet établissement ne se limite pas uniquement à l’habit ou à l’ouvrage de prestige tels que les tenues traditionnelles pour femmes des différentes régions du pays, les burnous (adultes enfants), les tenues de circoncision, les parures de drap (adultes, bébé)…. Elle déborde également sur le vêtement utilitaire tel que les uniformes et combinaisons pour les administrations et les établissements de la wilaya, les communes et les EPIC. Pour ce faire, deux ateliers travaillent quotidiennement à assurer les commandes inscrites dans ce créneau. Cela contribue à renflouer quelque peu la trésorerie de l’établissement et participe un tant soit peu à l’autofinancement pour l’achat de la matière première et autres… Pour l’heure, l’établissement demeure encore tributaire de la wilaya d’Alger en termes de budget et de salaires à hauteur de 70% dont la part substantielle est affectée à la masse salariale des 345 employés que compte le Cacva. Toutefois cette dépendance pourrait s’atténuer progressivement si la production, apparemment prisée par une clientèle fidèle, arrive à se créer un label et parvient à trouver des parts de marché dans la wilaya d’Alger, voire dans les wilayas limitrophes. Le point de vente situé à Hai El Badr à Bachdjarrah et les cotisations des stagiaires fixées symboliquement à 1000 DA le mois pour chacune d’elles assurent les 30% du budget de l’établissement si l’on se fie au pré-bilan de 2016.  L’ouverture d’un autre point de vente, prévu à Baraki, va vraisemblablement doper les ventes et assurer une autre cagnotte à l’établissement, selon la directrice.

Une formation aérée pas contrainte
La durée de l’apprentissage au Cacva varie entre 9 et 18 mois, mais à la différence avec les centres professionnels, elle ne s’inscrit pas dans un schéma d’enseignement figé et des horaires fixes, les stagiaires du Cacva disposent d’un horaire à l’avenant et qui n’est pas astreignant. De telle sorte que les stagiaires viennent prendre des cours quand elles ont le temps de le faire. Cette flexibilité donne la chance aux mères de famille, prises par les contraintes de leurs foyers, de venir apprendre quand elles trouvent du temps libre. Mais la plupart des stagiaires sont assidues et viennent quotidiennement. En tout état de cause, les 16 centres du Cacva sont ouverts durant tous les jours et toutes les heures ouvrables. Cela dit, l’enseignement qui y est prodigué, n’est plus l’apanage de la seule gent féminine, des hommes également s’intéressent de plus en plus à ce créneau porteur qui allie à la fois sens artistique, rigueur et concentration.

Exposition et foires, des « outils » pour se faire connaître
Les stagiaires du Cacva ne sont pas toujours astreints à l’ouvrage intramuros sans discontinuer. Elles (ils) participent également, et de manière périodique aux expositions, qu’elles soient organisées par l’établissement afin de faire l’autopromotion, ou répondre à l’invitation des autres que ce soit à l’échelle locale, nationale voire internationale puisque le Cacva a participé à la semaine culturelle de l’Algérie au Maroc. Au niveau local, les stagiaires de l’établissement ont pris part aux festivités des fêtes nationales (indépendance, fêtes des travailleurs, anniversaire de la Révolution). Les fêtes religieuses (Moharrem, 27e jour du Ramadhan), journée internationale de la femme ainsi que les portes ouvertes au niveau des centres d’apprentissage à la fin de chaque trimestre. A l’échelle nationale, elles ont participé au Salon international GNL 16 à Oran en 2010. Les semaines culturelles de la wilaya d’Alger organisées dans les wilayas de Relizane, Béchar, El Oued, Mila, Jijel, Mascara, Sétif, Tizi Ouzou, Annaba, M’sila, Tiaret et Skikda. Elles ont également pris part au deuxième festival national de la création féminine au palais de Rais en 2011, à la célébration de Tlemcen capitale de la culture islamique.

A.B.



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