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N° 107 - Août 2017

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Développement Local

Les défis de la direction des ressources en eau

Direction des ressources en eau de la wilaya d'Alger

Par Leila BOUKLI



Peu se souviennent encore du sérieux problème en eau potable qu’a connu, des années durant, la capitale pour des raisons d’insuffisance de la ressource en eau, de l’urbanisation galopante et du développement socioéconomique, jusqu’à atteindre un pic en 2001 suite à une sécheresse prolongée.  Au début des années 2000, les pénuries d'eau étaient sévères. Quelques stigmates de cette époque subsistent encore, comme ces citernes en étain qui alourdissent et enlaidissent les terrasses des immeubles. Aujourd'hui, les choses ont changé. Pour les Algérois comme pour les habitants des autres grandes villes du pays, l'eau est devenue du H24.  Derrière cette formule bien locale, fièrement brandie pour désigner le miracle d'une eau qui coule désormais sans relâche, se cache une politique que l'Etat a mis en marche.
Les pouvoirs publics ont dès lors pris la décision de régler définitivement ce problème. Comment ? Une question posée à Kamel Boukercha, directeur par intérim, de la direction des ressources en eau de la wilaya d’Alger

L’alimentation en eau potable

« Sur le terrain cette décision s’est traduite par la diversification de la ressource en eau en optant pour le dessalement de l’eau de mer, par le raccordement des barrages de l’Ouest d’Alger, Bouroumi et Boukerdane (Tipasa) et le transfert à partir du barrage de Taksebt (Tizi Ouzou)», nous dit-il. Ce qui a permis d’assurer à partir de 2008 une capacité de production d’eau potable de 1,8 million de m3/J pour des besoins estimés à 900.000 m3/J.  « Cette stratégie a permis  la montée en cadence du H24 pour atteindre sa généralisation sur les 57 communes de la wilaya en avril 2010», ajoute Kamel Boukercha.

Les resources 

Aujourd’hui la wilaya d’Alger est alimentée en eau par trois  ressources :
Eaux souterraines. Elles proviennent de 249 forages pour un débit de 320.000 m3/jour situés pour la plupart au niveau des champs de captage de Mazafran I et II, Baraki, Eucalyptus, Hamiz et Bouzaréah.
Eaux de surface. Système SPIK (barrages de Keddara, Hamiz, Béni Amrane et station de dessalement de Boudouaou) d’une capacité de 540.000m3 /jour.
Eaux dessalées. Station de dessalement du Hamma, 200.000 m3/jour ; de Fouka 120.000 m3/jour pour Alger et d’une mini station Mono Bloc à Palm Beach de 2.500 m3/Jour. Soit une capacité de production globale de : 1.502.500m3/jour, pour des besoins estimés à 900.000 m3/jour.
« Nos barrages sont pleins, les systèmes fonctionnent… Aujourd’hui que le H24 est assuré, il nous reste à le pérenniser et à le sauvegarder en combattant les fuites, les raccordements illicites et en réalisant d’autres ouvrages de stockage », révèle Kamel Buoukercha.

Programme de développement des réseaux

A ce propos, un programme de développement des réseaux et des installations a été lancé par la wilaya d’Alger, dans le cadre de la mise en œuvre du schéma directeur d’alimentation en eau potable.
Il vise à l’augmentation des capacités de stockage et pompage, le développement des réseaux de distribution à travers les différentes localités de la wilaya d’Alger, la prise en charge des nouveaux besoins induits par les nouveaux programmes de logement et équipements publics sans oublier la sauvegarde de la ressource souterraine et l’interception des rejets vers les milieux récepteurs (mer et oueds).

Les indicateurs socioéconomiques des AEP
 
M. Boukercha, poursuit en nous donnant les indicateurs socioéconomiques des AEP. S’agissant du taux de raccordement en eau potable, il est de 99% tandis que la dotation  est de 165l/j par habitant. Alors que le nombre d’ouvrages de stockage est de 215 pour une capacité globale de 847 039 m3 et un linéaire global du réseau de 4 855 km.
La gestion   

Les pouvoirs publics, rappelle le directeur par intérim des ressources en eau, ont délégué en 2006 la gestion du service public à la SEAAL (Société des eaux d’Alger) sur la base de contrats de 5-5 et 2 ans. Le management de cette société est assuré par des experts de Suez Environnement.

L’assainissement

Le réseau d’assainissement de la wilaya d’Alger, du type unitaire (eaux usées + eaux pluviales) a une longueur totale de 4 200 km. Les collecteurs principaux correspondent aux oueds, qui ont été canalisés au fur et à mesure de l’extension de la ville.
La wilaya d’Alger est couverte par un Schéma directeur de l’assainissement, lequel a été établi en 1975 et actualisé à deux reprises, respectivement en 1995 et 2010 avec une planification à l’horizon 2025. Il a pour objectifs  l’amélioration des conditions d’hygiène et la préservation de la santé publique contre les risques de maladies à transmissions hydrique (MTH),  l’interception, la collecte et le traitement de la totalité des rejets qui aboutissent vers les milieux récepteurs naturels. L’un des principaux objectifs de  ce Schéma demeure la lutte contre la pollution des champs de captage, des oueds et l’eau de mer ainsi que la protection contre les inondations et l’adaptation du réseau d’assainissement aux exigences de développement de la capitale appelée à devenir « Ville métropolitaine ». comme il est question de la réutilisation des eaux usées épurées à des fins agricoles et pour l’arrosage des espaces verts sans pour autant négliger la revalorisation des boues issues des stations d’épuration des eaux usées urbaines, en agriculture (fertilisation des sols).
En raison de sa topographie accidentée, et de la configuration de son réseau hydrographique, le Schéma directeur d’assainissement de la wilaya d’Alger a prévu, ajoute Kamel Boukercha, la répartition de cette zone en quatre bassins versants distincts, doté chacun d’une station d’épuration et d’un système de collecte et de pompage/relevage des eaux usées.
Le bassin versant d’El Harrach : Il englobe 39 communes de la zone centrale d’Alger, avec une station d’épuration des eaux usées à Baraki (quatre tranches) d’une capacité totale de 3.600.000 Eq/ et un débit traité de 600.000 m3 /jour.
Le bassin versant de Reghaia : Il englobe les agglomérations de la zone Est d’Alger (Rouiba, Reghaia, Heuraoua, Ain Taya, Bordj El Bahri, El Marsa et une partie des communes de Bordj El Kiffan et Dar El Beida) avec une station d’épuration des eaux usées à Reghaia (deux tranches) d’une capacité totale de 800.000 Eq/Hab. et un débit traité de 160.000 m3 /jour. A noter que cette station reçoit, en vue de leur traitement, les eaux usées domestiques des agglomérations considérées ainsi que les rejets de la zone industrielle de Rouiba-Reghaia.
Le bassin versant de Beni Messous. Il englobe les agglomérations de la zone Ouest de la wilaya d’Alger avec une station d’épuration implantée à l’embouchure de l’Oued de Beni Messous, à la limite de l’ouest de la commune d’Ain Benian. La station d’épuration de Beni Messous (deux tranches) d’une capacité totale de 500.000 Eq/Hab. et un débit de 100 800 m3/jour
Le bassin versant Mazafran : Englobe les agglomérations des communes de Zeralda et Tessala El Merdja à l’ouest et sud-ouest d’Alger, ainsi que le sud de Mahelma (non pris en charge par le Schéma directeur de l’assainissement de la Ville nouvelle de Sidi Abdallah) avec une station d’épuration implantée sur la berge de l’oued Mazafran, station d’épuration de Zeralda (deux tranches) d’une capacité totale de 260.000 Eq/Hab. et un débit traité de 46.800 m3/Jour.
La mise en œuvre progressive du Schéma directeur d’assainissement a permis d’atteindre :
- l’augmentation du taux de raccordements de la population au réseau public qui a atteint les  98%,
la collecte des eaux usées, leurs épurations et leurs rejets vers les milieux récepteurs (avec une partie réutilisée) où le taux de raccordement aux stations d’épuration est de 70%,
- une capacité globale d’épuration de 2,  millions Eq/Hab. et un débit traité de 480 800 m3/jour,
- l’élimination des rejets des eaux usées en mer et l’augmentation du nombre des plages autorisées à la baignade qui a atteint 71 plages autorisées à la baignade en 2016, alors qu’il n’était que de 34 plages en 2004.
La problématique inondation
   
En raison de la topographie (relief) conjuguée à une urbanisation très dense, la wilaya d’Alger a connu ces dernières années, des catastrophes dues à des pluies diluviennes.
Pour prévenir la population contre cette problématique des projets ont été lancés telle qu’études de protection des communes de Staoueli, Ain Benian, Zeralda, Baraki, Sidi Moussa, Bordj El Bahri, Birtouta, Ouled Chebel et Tessala El Merdja, réalisation et réhabilitation des collecteurs et d’ouvrages d’assainissement, des études d’aménagement des principaux oueds de la wilaya d’Alger (oued El Hamiz, oued Beni Messous et oued Reghaia).

Des travaux d’aménagements et de recalibrage des oueds El Harrach et Ouchaiah

C’est ainsi que les travaux d’aménagements pour l’oued El Harrach ont été entamé sur un linéaire de 18,2 km, sur trois volets : hydraulique, paysager et pollution. Il s’agissait pour ce cours d’eau d’éviter les inondations au niveau du centre-ville, l’élargir, l’aménager pour faire passer la pluie dévastatrice centennale. Tous les travaux hydrauliques sur 14 km ont été achevés à l’exception du centre-ville dont les travaux sont en cours. Le volet paysager aussi été largement entamé. Il consiste en l’aménagement écologique des rives et berges par la réalisation de jardins filtrants destinés à améliorer la qualité des eaux et créer ainsi des nouveaux sites pour la faune et la flore, sans compter les lieux de détente et loisirs à destination des citoyens.
Concernant la pollution, 92 prélèvements ont été effectués à l’issue d’une campagne de prélèvements et d’analyses des rejets des unités industrielles potentiellement polluantes, tandis que 43 autres prélèvements ont été réalisés au niveau des exutoires des principaux oueds. Ces prélèement ont éét effectués, selon notre interlocuteur, au nivau des oueds (Smar, El Harrach, Terro, El Kerma).
A ce sujet, le directeur par intérim des ressources en eau de la wilaya d’Alger, nous apprend que l’Etat a décidé de frapper fort en obligeant les industriels à se doter de stations d’épuration.  A ce jour, 666 unités ont été recensées, dont 541 industrielles ayant des rejets assimilés à des rejets domestiques et 125 unités industrielles polluantes. 57 unités ont pris l’engagement de placer un système de prétraitement alors que 68 autres ont reçu des mises en demeure.
Pour ce qui est de l’oued Ouchaiah, autre grand projet en relation des prises en charge du problème des inondations, on apprend que les travaux d’aménagement sont répartis en deux lots. La réalisation du collecteur de décharge, par fonçage horizontal, de l’oued en DN 4000 mm sur 2,5 km, d’une capacité de 98,76 m3 /s et la réalisation d’un ouvrage monolithe sur 5,5 km, d’une capacité de 61,24 m 3/s. Dit autrement, des tunnels détourneront ce cours pour le faire passer sous la rocade et éviter ainsi des désagréments aux riverains et citoyens routiers.
La date butoir est fixée à la fin de l’année et/ou au début de 2018.
 Parmi les autres projets à lancer, nous citerons la réalisation de la station d’épuration de Mahelma/nord pour 200.000 Eq./Hab. avec l’ensemble du système des eaux usées, un réseau qui fait 50 km avec 6 stations de pompage. L’extension de la station d’épuration de Reghaia qui va passer de 400 000 Eq/ Hab. a presque 800 000 avec traitement tertiaire. En plus de la réutilisation des eaux épurées de la station d’épuration de Beni Messous pour l’irrigation du Parc Dounia et de tous les espaces verts de l’autoroute.
Il est clair qu’une coordination intersectorielle est de rigueur dans le cadre des grands projets d’investissements initiés par les pouvoirs publics, la direction des ressources en eau de la wilaya d’Alger participe à différents niveaux, consultation, coordination et avis techniques pour les aménagements, habitat, autoroutier, transport et équipement et aussi pour les opérations de protection du domaine public et déviation interférant avec les aménagements. En somme, un plan de charge lourd avec comme unique objectif faire d’Alger une ville écologique où il fait bon de vivre.

L.B.


Ingénieur en hydraulique, Kamel Boukercha a obtenu son diplôme à l’université de Bab Ezzouar en 1992. C’est à cette date  qu’il débute son parcours professionnel à la direction des ressources en eau de la wilaya d’Alger, en tant qu’ingénieur. Depuis 2004 à ce jour, il y occupe la fonction de directeur par intérim. Kamel Boukercha est aussi titulaire d’un Master sur le «traitement des eaux» obtenu à l’Ecole d’ingénieurs de Strasbourg en France en 2000.



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