Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 105 - Mai 2017

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Développement Local

La force tranquille

Mme Fairouz Mohamedi, inspectrice de la wilaya d'Alger

Par Leila BOUKLI



La grande famille des Mohamedi dont une partie s’est installée à M’Sila, a une même origine. Ce sont des Chérifiens de Fez au Maroc descendants de Moulay Driss. Née à M’Sila, Fairouz a grandi à Alger que sa famille, forte d’une fratrie de 5 filles et d’un garçon, dont elle est l’ainée, rejoint alors qu’elle n’avait que deux ans. C’est à Kouba et à Bab El Oued que Fairouz fera son cursus primaire. Le secondaire, elle le passera au lycée Okba et Frantz Fanon jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat littéraire. Ayant réussi le concours d’entrée, elle s’inscrit à l’Ecole nationale d’administration (ENA), option administration des collectivités locales.
Après 4 ans, elle fait partie de la Promotion 1984 et sort major de promo. Elle n’a que 23 ans lorsqu’elle se voit confier le Secrétariat Général de la commune de Rais Hamidou ex-Pointe Pescade. « C’était une problématique, à l’époque il n’y avait pas de femme SG. Je suis la première. Les responsables ne pouvaient se prononcer sur ma nomination clairement, ils pensaient que cette mission était pénible et absorbante et que les femmes ne  pouvaient pas y accéder », se rappelle-t-elle. A ses débuts, Fairouz prend ce poste comme un défi qu’elle tente de relever avec succès durant sept longues années. Elle se souvient d’avoir hérité d’un siège complètement délabré (ancien bar-resto), avec peu d’employés dépendant de la commune mère de Bologhine. C’était en plein hiver, face à la mer. Il faisait froid.
« Ma prise de fonction a coïncidé avec le nouveau découpage administratif en janvier 1985. Il fallait donc relever le défi avec un encadrement pratiquement inexistant. Créer des moyens, travailler doublement pour faire face à la nouvelle situation d'un territoire complètement déstructuré, d'une population très exigeante et prouver ainsi, que les femmes sont capables d’accomplir des tâches aussi difficiles soient-elles.  J’y suis restée jusqu’à 1990, date de la dissolution du parti FIS. J’ai donc travaillé avec une Assemblée communale FIS. Je passe sur le flot d’intimidations, de bâtons dans les roues… Sans compter, l’environnement hostile dont j’étais entourée», nous dit-elle. Aujourd’hui,  Mme Mohamedi  évoque encore cette période avec émotion.
«Il m’a fallu m’imposer par le dialogue, la sérénité et le sérieux dans mon travail.» D’ailleurs, en octobre 1988, l’APC, se souvient-t-elle, a été complètement incendiée. Il fallait tout reprendre à zéro. « J’ai été ensuite nommée première femme, secrétaire générale de daïra. C’était une promotion et j’ai conscience que l’expérience que j’ai  vécue en donnant l’exemple a permis aux décideurs de permettre à d’autres femmes d’accéder aux postes de S/G de communes. Après moi, il y en a eu au moins deux ou trois », admet-elle.  La daïra a été une autre expérience parfois douloureuse compte tenu des actions terroristes en ce temps-là.
« J’ai moi-même été l’objet de menaces, parce que je sortais sur le terrain avec les cadres de la sûreté de wilaya pour superviser les projets BMPG et police de proximité dans les quartiers. Mes deux enfants sont nés prématurément, à cause des actes terroristes à la daïra. Le premier suite à l’explosion d’une bombe, le second après l’assassinat sous mes yeux au siège de la daïra d’un policier en fonction. Enceinte, de sept mois, tétanisée j’ai dû prendre la fuite. Deux jours après, le bébé en danger de mort naissait par césarienne. A l’époque, nous n’avions pas droit au congé de maternité, bien qu’existant dans la réglementation. Notre conscience nous empêchait de parler de congé alors que le pays était à feu et à sang», révèle cette femme courageuse qui a défié la mort à plusieurs reprises. Plus de 30 ans après, elle en parle avec les larmes aux yeux qu’elle ponctue par de longs silences qui en disent long sur l’état psychologique de ceux qui ont vécu cette décennie noire. Fairouz n’a pas eu de répit. Marié à un journaliste, elle habitait à l’hôtel Mazafran, à l’instar des autres membres de cette corporation hautement ciblée, qui se réunissaient pour faire le sinistre décompte des pertes d’ami(e)s ou de connaissances.
« Le soir je revivais donc les mêmes scènes et peines ce qui parsemait mon sommeil de cauchemars en sachant que le lendemain je devais de nouveau les affronter avec inconscience ou courage, selon l’appréciation de chacun de nous », nous révèle-t-elle.  
En 2000, elle est nommée  chef de cabinet de la daïra de Bouzaréah  qui deviendra plus tard circonscription administrative.
 « Je garde de l'ex daïra de Bologhine, malgré les moments difficiles, de bons souvenirs avec au fond de moi la satisfaction de n’avoir pas cédé à la peur et d’avoir tenu ici en Algérie. Et pourtant, l’interruption du processus électoral, truffé d’irrégularités, qui mena à la victoire du FIS, était l’issue pour sortir le pays du marasme du terrorisme. Il fallait mobiliser l’encadrement et mobiliser les citoyens à aller voter pour le Président Liamine Zéroual, malgré tous les risques qu’il y avait à l’époque. Cette élection était vraiment déterminante pour le devenir de l’Algérie et nous étions en plein fief du terrorisme. Ce fut la première étape de sortie de crise qui sera suivie de la préparation de différents référendums pour le rétablissement de la paix avec l’arrivée à la tête de l’Etat du Président Abdelaziz Bouteflika. Ce fut une tâche difficile à mener, mais Dieu merci, la population qui a beaucoup souffert a répondu favorablement à l’appel de la paix. Restait à asseoir les institutions de l’Etat algérien a travers l'organisation des différentes opérations électorales, Je veux parler des assemblées communales, de wilayas, nationales… Il nous arrivait de passer plusieurs nuits au bureau pour être au rendez », nous fait savoir Fairouz Mohamedi  Elle se souvient que le comptage des bulletins et des enveloppes se faisait manuellement dans une totale discrétion. Au niveau de la circonscription administrative, c’était l’étape de la reconstruction de ce qui avait été détruit, l'amélioration des conditions de vie des citoyens, la gestion des risques et des effets des catastrophes naturelles (les inondations de Bab el Oued et le séisme de Boumerdes)…
En 2003, autre promotion pour Fairouz. Elle est nommée par décret au poste d’inspectrice de wilaya, tout en faisant fonction de chef de cabinet de la circonscription de Bouzaréah jusqu’en 2005. C’est à cette date que Mme Mohamedi rejoint son poste d’inspectrice à la wilaya d’Alger. Ce qui lui permettra d’exercer pleinement sa fonction en effectuant des inspections au niveau des communes, circonscriptions administratives et entreprises de wilaya. Chargée actuellement de plusieurs  dossiers, elle  est à la fois sur trois structures: l’inspection générale, le cabinet et le secrétariat général. C’est ainsi qu’elle a assuré le secrétariat permanent du Comité de solidarité de la wilaya d’Alger (2006 a 2009), de la cellule d’écoute a partir de 2011, du centre d’appel de la wilaya où arrivent les requêtes des citoyens par téléphone, du mouvement associatif. En somme de tout ce qui concerne la solidarité. Par froid glacial, elle a eu à s’occuper des sans-domicile-fixe. Ce qui l’obligeait à  rentrer parfois au petit matin pour rejoindre son bureau au soleil levé. Elle nous parle aussi des requêtes par courrier arrivant pour 60% dans ce bureau et qu’il fallait traiter. Ces requêtes concernaient aussi bien le logement, l’emploi que l’urbanisme, l’investissement, les établissements classés... « J’ai aussi travaillé avec la cellule de relogement et là aussi on restait jusqu’à 2 ou 4h du matin ».
Cette femme-courage, qui n’aborde que quelques-uns des dossiers dont elle a eu la charge, est une force tranquille qui ne demande rien. Elle travaille en silence.
 « Je suis de celles qui ne forcent jamais le destin. Je tente de faire mon travail en mon âme et conscience et je suis heureuse lorsque j’arrive à servir les autres. J’ai le sentiment que plus que d’avoir travaillé, nous avons mené un combat. C’est ce que j'essaie de transmettre à mes deux enfants aujourd’hui universitaires, l’un né le 1er Novembre, l’autre le 19 mars ».
Sans commentaire !
L.B.



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