Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 108 - Oct 2017

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Développement Local

Mienne Casbah !

Par Abdelhakim MEZIANI



Lorsque le 13 décembre, à l’issue de la 15ème session du Comité du patrimoine mondial tenue sous l’égide de l’Unesco à Carthage, il a été décidé d’inscrire la Casbah d’Alger sur la liste du patrimoine universel, l’Algérie venait, on s’en doute, de remporter une éclatante victoire sur l’acculturation et l’indifférence des clercs. Ceux-là mêmes qui ont vite fait d’oublier qu’œuvrer pour le sauvetage d’une cité plusieurs fois millénaire, c’est aussi s’impliquer irréversiblement pour la pérennité de toutes les médinas du pays. Mais que de recul enregistré depuis cette date historique à l’instigation de la culture de l’oubli et de la haine de la citadinité ! Le choix des mots est loin d’être fortuit tant le tissu de nos mémoires et celui de nos villes ont subi des mutilations atroces. Que d’indifférence à l’égard d’un haut fait civilisationnel et culturel réduit à sa plus simple expression par la bêtise des uns et la barbarie des autres ! C’est assurément sur la base de cette négation qu’immédiatement après la colonisation, soutient le sociologue Rachid Sidi Boumedine, on taille, on perce, on coupe sans souci, dans un tissu qui n’est devenu qu’obstacle physique à un projet de société qui s’impose et impose ses règles. Alors que les difficultés qui jusqu’ici se sont opposées à un démarrage réel de cette opération demeurent, et il ne faut ni les surestimer ni les mépriser souligne la même source, l’imbrication des statuts des habitants, la complexité des problèmes techniques demandent un traitement fin, mais ne posent aucun problème insurmontable. En séparant artificiellement les différents aspects, tels que la « rentabilité » économique, le financement, les problèmes juridiques, le relogement d’une partie des habitants, la préservation ou la reconstitution des structures originales, on en arrive à les opposer en éléments antinomiques et contradictoires martèle la même source : « Pourtant, a-t-on jamais analysé notre politique sanitaire en termes de rentabilité ? A-t-on jamais reculé devant le défi du désert ou de la transsaharienne sous ce critère, ou bien, ou bien n’en avons-nous pas bien fini avec l’idée inconsciente que la Casbah est un îlot hors de notre temps, hors de notre espace, et que ceux qui l’habitent sont d’étranges étrangers ? »  L’inscription de la Casbah sur la liste du patrimoine universel fut loin d’être aisé, de tout repos. Il aura fallu tout le brio et toute la combativité de la délégation algérienne pour faire voler en éclats les réserves du Conseil international des monuments et sites (Icomos). Ce fut loin d’être une partie de plaisir pour l’Association des Amis d’Alger, la Fondation Casbah et les représentants du ministère de la Culture qui entreprirent un forcing sans précédent et un travail de coulisses fort payant. Une incroyable générosité dans les efforts déployés qui aura eu raison de l’hostilité du délégué canadien de l’Icomos. En juin 1991, le bureau du patrimoine mondial demandera à l’Icomos de mener une étude sur les médinas de la région afin de constituer une base solide de comparaison pour l’évaluation de ce même site. La délégation permanente algérienne à l’Unesco réagira par lettre du 24 octobre 1991 dont la teneur ne faisait qu’exprimer l’engagement ferme des autorités algériennes à l’égard de la sauvegarde et la conservation de la Casbah. Cette démarche a été déterminante en dernière analyse, les Etats signataires de la convention, parmi lesquels notre pays, étant invités à dresser un inventaire des biens leur paraissant méritoire de figurer sur la liste du patrimoine culturel mondial et à proposer de les y inscrire. Classée patrimoine universel par l’Unesco, à l’issue d’une réunion tenue en décembre 1992 à Santa Fé aux Etats-Unis, la Casbah d’Alger ne cessera pas pour autant d’alimenter la chronique tant ses nombreux défenseurs, nationaux comme étrangers, ne voyaient pas le bout de la skifa.  Malgré le fait avéré qu’un véritable arsenal juridique ait été mis en branle à l’effet, sinon de sauver le site, du moins de le préserver d’une lente agonie. Comme le fera remarquer Ali Mebtouche, l’ancien président de la Fondation Casbah, il aura fallu user de tous les stratagèmes pour amener les appareils idéologiques d’Etat à plus de clairvoyance pour prendre la décision d’inscrire la Casbah sur le registre national des monuments historiques. Est-ce pour cette raison que le Comité du patrimoine mondial ait mis beaucoup de temps pour agréer la demande d’inscription ?

Un véritable maquis de situations juridiques

Pour autant, les clercs resteront de marbre et l’apathie à l’honneur allait être quelque peu disculpée par l’érection de la bête immonde, le terrorisme qui allait, une décennie durant, tenter d’imposer à tout un peuple un climat d’insécurité jamais connu depuis l’indépendance.  Ahmed Ouyahia, alors Chef du Gouvernement, jouera un rôle décisif dans la relance de l’idée de sauvegarde de la Casbah. C’est ainsi que l’opération de réhabilitation est décidée, à l’occasion de la commémoration de la journée nationale de la Casbah, le 23 février 1998. D’importantes mesures sont prises avec, à la clef, l’élaboration d’un plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur. Chérif Rahmani est chargé de la concrétisation du projet en question. Un projet dont la réalisation est confiée à une nouvelle structure, la délégation à la Casbah. Des lendemains meilleurs feront rêver plus d’un, surtout que des centaines de familles se voient attribuer des logements. De courte durée, cette opération d’envergure le sera, malheureusement, à la suite de la nomination d’un nouveau Wali qui n’attendra pas longtemps pour mettre un frein à la concrétisation de la feuille de route, pourtant héritée de son prédécesseur. La Fondation Casbah est sommée de quitter manu militari Dar al-Hamra, son siège social, au moment même où certaines de ses nombreuses initiatives allaient connaître un début de concrétisation grâce à la promulgation de nouveaux textes en relation avec la sauvegarde du patrimoine.  Parmi les textes adoptés, il est aisé de citer la loi N° 98-04 du 15 juin 1998 et le décret exécutif n° 03-324 en date du 05 octobre 2003 relatif à l'établissement du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur des secteurs sauvegardés... La vieille médina demeurera livrée à une gestion induite le plus souvent par des actions quelque fois hâtives quand elles ne reposent pas sur des données discutables, approximatives. Le législateur semble bien loin des solutions idoines qu'il y a lieu d'apporter aux problèmes tant techniques que financiers engendrés par une telle situation anachronique et partant, aux aspirations des plus légitimes des propriétaires des bâtisses. A commencer par les dispositions mêmes de la loi relative au « financement des opérations d'intervention et de mise en valeur des biens culturels » (Titre VII, articles 82 et suivants) qui sont restées lettre morte du fait de raisons objectives, nous apprend Mahieddine Bouchali un des membres de l’ancien bureau de la Fondation Casbah : 
Les propriétaires ne disposent pas de moyens financiers susceptibles de leur permettre d'honorer leur quote-part arrêtée unilatéralement par les autorités compétentes pour compléter les engagements financiers de l'Etat ;
•    La propriété est commune à une multitude d'indivisaires sans possession de titre mis à jour après décès de l'auteur ;
•    Le propriétaire n'occupe pas les lieux alors que la bâtisse est légalement occupée (famille, location etc.)
•    La bâtisse est illégalement occupée ;
•    La bâtisse est appelée à être détruite ;
•    Des bâtisses complètement détruites ont été unilatéralement transformées, sans aucun titre légal encore moins d'acte d'expropriation, en placettes par les collectivités locales (Ilot allahoum).
A l'ombre de ce véritable maquis de situations juridiques à tout le moins inextricables, force est de constater que la loi n'est pas toujours appliquée s'agissant des transactions de particulier à particulier (droit de préemption éventuel de l'Etat ou accord préalable à la suite d'une vente) ou de problèmes liés an recasement de familles des îlots détruits dont certaines ne trouvent pas mieux que de revendre les nouveaux logements pour retourner à la Casbah à l'effet de squatter d'autres bâtisses sur le point d'être détruites. Face à cette situation déplorable et à ce chassé croisé à la fois alarmant et castrateur qui ne peuvent que renvoyer aux calendes grecques la mission de sauvetage d'un site aux richesses civilisationnelles, économiques et sociales inestimables, le Bureau Exécutif de la Fondation Casbah, alors présidé par Ali Mebtouche, en appelle à une véritable unité de pensée et d'action caractérisée par l'application juste et objective des dispositions contenues dans la loi du 15 juin 1998, s'agissant des biens immobiliers privés. A fortiori lorsque ces mêmes dispositions portent sur l'expropriation pour cause d'utilité publique (Chapitre IV, articles 46 et suivants) et sur le droit de préemption (Chapitre V, articles 48 et suivants). Pour autant, il reste bien entendu que les propriétaires désireux de bénéficier des dispositions de la loi ne sont pas concernés par les propositions mises en relief. Des propositions le plus souvent irriguées par cette réalité tangible qui nous apprend que seuls 48 détenteurs de contrats de propriété sur plusieurs milliers, auront bénéficié, et à leur seule demande, de l'aide de l'Etat. A cet égard, la création d'un office à caractère public en charge de la sauvegarde et de la restauration de la Casbah est à nos yeux l'option la plus sérieuse. A fortiori lorsque certaines situations commandent une attention et une concentration particulières. L'heure n'est plus aux tergiversions et aux fuites en avant. Le péril s'est bien incrusté en la demeure et la face hideuse que propose désormais un joyau civilisationnel mondialement reconnu appelle à une véritable remise en question des idées reçues, de la perception des choses et des méthodes de gestion de la chose patrimoniale.

Conserver et améliorer le cadre physique de la médina

Créée quelques années plus tard à l’initiative de la moudjahida Djamila Bouhired, l’Association M’dinet Al Casbah exhorte tous les enfants de ce merveilleux pays à faire en sorte que la fatalité recule et que ce pan important et incontournable de la mémoire collective soit a jamais arraché à la mort lente qui lui est injustement imposée par l'indifférence des commis de l'idéologie dominante et la culture de l’oubli. Tout système doit, avant tout, satisfaire à notre besoin de nous redécouvrir et de nous reconstruire nous-mêmes sur l'arrière fond que constitue l'acquis culturel de l'humanité. Cette totalisation n'exclut pas une vision plurielle. Loin s'en faut ! Elle postule, bien au contraire, la mobilisation de tous les Algériens autour d'actions concrètes au service exclusif du sauvetage et de la restauration du patrimoine national et une coopération de toutes les identités culturelles du monde. L'ire des uns et les griefs des autres prennent leur véritable sens ici en ce qu'ils manifestent de la part d'une culture particulière l’une de ses légitimes persévérances sur quoi peuvent se bâtir des solidarités de l'avenir. La commémoration du cinquantenaire du recouvrement de la souveraineté nationale allait être caractérisée par l’adoption par le gouvernement du Plan permanent de sauvegarde de la Casbah d'Alger. Elle illustre à merveille la volonté retrouvée des pouvoirs publics d’en découdre avec la fatalité et de restituer à jamais des pans importants de la mémoire collective à notre jeunesse. Khalida Toumi, alors ministre de la Culture, peut se prévaloir du mérite d’avoir contribué objectivement à jeter les jalons de la sauvegarde du patrimoine immatériel citadin. Dans une sorte de linéarité fondatrice, elle vous confie que le Plan de sauvegarde a été conçu pour rechercher et développer un modèle d'architecture et d'urbanisme en continuité avec les valeurs pérennes, en conformité avec les exigences de la vie moderne. Conserver et améliorer le cadre physique de la médina en respectant ses fondements culturels et ses traditions architecturales, telle semblait être la vision de l’ancienne locataire du Palais de la Culture qui aura bravé tous les faux-barrages pour asséner cette vérité que la réhabilitation d’un monument vivant comme la médina d’Alger ne signifie pas une conservation d’objets mais plutôt un acquis en mouvement et en perpétuelle régénération. Une stratégie d’intervention a été mise en place dans le respect des prescriptions du plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de la Casbah d’Alger, approuvé par décret exécutif n° 12-133, du 21 mars 2012, et en conformité avec les directives des deux conseils interministériels du 09 septembre 2014 et du 21 avril 2015, consacrés à consacré à la gestion de la capitale et à l’examen de la situation du secteur sauvegardé de la Casbah d’Alger. Une autorisation de programme est allouée le 04 septembre 2013. L’opération inscrite sous le libellé « subvention au profit de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (Ogebc) portant étude, suivi et travaux de restauration et de mise en œuvre du secteur sauvegardé de la Casbah d’Alger (1ère tranche) » est inscrite à l’actif du ministère de la Culture. Elle est dotée, nous apprend Wahab Zekagh, responsable de l’Ogebc, d’un budget de dix-huit milliards quatre cent millions de dinars (18 400 000 000,00 DA). Baptisée « Plan d’Attaque » pour son caractère particulier, la première phase d’intervention a permis, souligne la même source, « d’appréhender et d’investir le site historique afin de restaurer une certaine confiance au sein de la population et de mettre le pied à l’étrier. La tâche est longue et plusieurs phases sont nécessaires pour redorer le blason de cette médina historique à tous points de vue. » Désigné Maître de l’ouvrage délégué, l’Ogbec allait se déployer, dans le cadre d’un comité intersectoriel créé pour la circonstance en décembre 2013 sous l’autorité du Wali d’Alger, pour plus de coordination et d’efficacité sur le terrain. De l’avis même de son responsable, ce « Plan d’Attaque » a profité aux lieux de culte, à neuf maisons ayant abrité les hauts faits de la lutte de libération nationale, à sept monuments et à des bâtisses qui requièrent une intervention d’urgence, parmi elles cinquante et une évacuées par les services de la Wilaya d’Alger suite au séisme du 1er août 2014 :
« Il est clair que ce ne sont pas les seules à nécessiter une intervention d’urgence, mais on ne peut pas lancer ce grand chantier en une seule fois. Toutes ces interventions sont organisées en lots qui seront confiés à des bureaux d’études et des entreprises. » A un moment où, s'indigne l’architecte-urbaniste Abdelhalim Faïdi, des constructions anarchiques et de très mauvaise facture fleurissent en plein cœur de la cité, pourtant classée patrimoine de l'humanité et les maisons, se soutenant les unes aux autres, tombent les unes après les autres, bien plus rapidement qu'on ne légifère ou qu'on ne débatte : « Comment l'Espagne a-t-elle pu réhabiliter toute la ville de Tolède, centre historique de l'Espagne, en seulement dix ans, alors que nous n'arrivons même pas à restaurer dans le même temps la citadelle de Bab J’did ? On semble encore confondre l'instrument et l'objet. Les débats tournent le plus souvent autour des
« techniques de restauration. »

Le grand défi du wali d’Alger

Cela ne semble pas être l’avis des promoteurs de « La Charrette d’or
2015 » qui, dans le cadre d’un généreux projet « Identité et revalorisation pour la sauvegarde du patrimoine »  dédié à la vieille médina : « Cela montre que c'est une question technique et ce ne sont pas, obligatoirement, les proches (enfants, ndlr) de La Casbah qui apportent les solutions les plus perspicaces. » Ali Mebtouche ne semble pas partager l’enthousiasme d’une centaine d’architectes. Il parle plutôt de corbillard dans lequel certains souhaiteraient « transporter un espace emblématique qui joua, pourtant, un rôle de premier plan dans le jaillissement du Mouvement national. Après le sigle FLN, une strophe significative de Qassaman, c'est la Casbah, lieu de mémoire, que certains relais veulent voir disparaître… ». En s'en prenant à la vision techniciste, Ali Mebtouche, l'ancien président de la Fondation Casbah, ne jette aucun discrédit. Il veut simplement interpeller les enfants diplômés de ce pays, à avoir plus d'égard pour leur patrimoine. Ce qui n’est pas sans conforter la thèse de l’architecte-urbaniste Abdelhalim Faïdi qui n’est pas loin de soutenir que c'est de requalification urbaine et de restructuration qu'il faut parler concernant la vieille ville. C'est un sujet stratégique complexe qui ne peut être réduit à la question de la restauration des bâtisses, qui n'est qu'une ingénierie de détail. Le secteur en charge des biens culturels fait une grossière erreur d'échelle. La Casbah a besoin d'une politique d'urbanisme. La prise en charge du dossier par le Wali d’Alger, sur décision du Premier ministre, traduit une nette volonté d’en découdre avec la fatalité. Même si dans sa conférence de presse du 23 février dernier, Abdelkader Zoukh n’ait pas été notablement disert sur la manière dont il compte intervenir dans un espace autant civilisationnel et historique que culturel. En annonçant l’existence d’un programme de mise en œuvre par la wilaya du plan permanent de mise en valeur du secteur sauvegardé de la Casbah, le premier magistrat de la capitale a confirmé que le dossier relatif à la restauration de la vieille médina est désormais sur son bureau : « Les travaux de restauration concernent la Casbah entière. Les mosquées, les palais, les sites artistiques, les vestiges historiques et les habitations seront totalement réhabilités. » Il affichera sa satisfaction quant à l’avancement des travaux dans les chantiers de restauration de la nouvelle mosquée du Dey, le palais du Dey (lieu du coup de l’éventail), Dar El Baroud (la poudrière), la mosquée El Barani et ses dépendances sans oublier le palais Hacène Pacha à la basse Casbah. » Conscient de l’importance de sa mission et fort de son expérience forgée au temps où il était Wali de Mostaganem, il insistera sur le fait que cet immense projet exige un travail minutieux : « Le bâclage ne sera pas de mise car tout sera scrupuleusement étudié. Une soixantaine de bureaux d’études seront sollicités, quand ils ne l’ont pas déjà été pour certains, pour apporter leur pleine contribution à cette opération d’envergure qui commande un travail de qualité, un timing approprié. » Pour le Wali d’Alger
le plan de réhabilitation ne vise nullement à vider la Casbah de ses habitants tant il est conçu pour impliquer voire associer les propriétaires des maisons au processus de restauration: «Vider l’ancienne médina de sa population s’apparenterait à la vider de son âme». Partageant pleinement la vision de Nadia Cherabi, l’ancienne ministre de la Culture, Abdelkader Zoukh entend mobiliser la société civile pour que le champ d’intervention soit des plus efficients. En cela, il rejoint la thèse défendue par l’Association M’dinet Al Casbah qui soutient que tout système doit, avant tout, satisfaire à notre besoin de nous redécouvrir et de nous reconstruire nous-mêmes sur l'arrière-fond que constitue l'acquis culturel de l'humanité. Cette totalisation n'exclut pas une vision plurielle. Loin s'en faut! Elle postule, bien au contraire, la mobilisation de tous les Algériens autour d'actions concrètes au service exclusif du sauvetage et de la restauration du patrimoine national, et une coopération de toutes les identités culturelles du monde. L'ire des uns et les griefs des autres prennent leur véritable sens ici en ce qu'ils manifestent de la part d'une culture particulière l'une de ses légitimes persévérances sur quoi peuvent se bâtir des solidarités de l'avenir. Le Wali d’Alger entend plus que jamais à faire voler en éclats l’indifférence des clercs pour rapprocher davantage l’administration des administrés. Force est de reconnaître, cependant, que les indifférents ne se recrute pas seulement au niveau des appareils idéologiques d'Etat ; les enfants de la Casbah en font partie malgré le fait que certains d'entre eux occupent - ou occupèrent - des postes stratégiques. Pour les analystes de Gramsci, les choses arrivent dans la vie, non pas tant parce qu'on les souhaite, mais parce que trop de gens abdiquent leur volonté: ils laissent faire, sorte de fatalisme ancré en chacun, une sorte d'absentéisme de la vie. Et pourtant, ces choses n'arrivent pas uniquement inopinément; certaines surgissent comme de nulle part, il est vrai, mais certaines ont été longuement muries, pensées, dans le noir de la vie politique, à l'abri des regards, par des gens qui eux, ont des intérêts, des pouvoirs et de l'argent. Ce n’est pas par hasard si certains embusqués ont pu démolir de vieilles bâtisses datant de l’époque des Zianides pour les remplacer par des constructions hybrides, sans âme aucune. Avec le sociologue Larbi Icheboudene il est aisé de dire que sauvegarde, réhabilitation et mise en valeur du Centre historique, sont les concepts directeurs, les termes en débat, qui nourrissent actuellement le discours tenu à l'endroit de la Casbah d'Alger. Auparavant bien des opérations (actions de revalorisation, de rénovation…) ont été initiées, mais elles semblent si peu abouties : « En attendant, l'état général actuel impose l'image d'une dégradation avancée de ce site fondateur et identitaire de la capitale algérienne. Le discours à propos de la Casbah évoque en même temps les carences ou déficiences passées et la nécessité de sauvegarde de la Médina aux qualités indéniables. Mémoire de la ville dont elle est le noyau, la Casbah est un patrimoine culturel urbain d'architecture, d'histoire, d'identité et de symboles forts. La marginalisation que subissent autant son site que sa population, à l'origine d'une dégradation pourtant souvent dénoncée, requière la mobilisation de tous les acteurs institutionnels et de la société civile. Autrement, sans l'action continue de sauvegarde et de mise en valeur en vue d'une intégration à la ville contemporaine, la Médina continuera le parcours de son évanescence.
A.M



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