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N° 108 - Oct 2017

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Développement Local

Une capitale au destin historique

Alger

Par Hassina Amrouni



Le passé de cette capitale historique se perd dans la nuit des temps. Quel âge a-t-elle ? Les historiens font remonter ses origines à plus de 3000 ans, mais la date exacte de sa création reste encore floue. Aussi, recourt-on parfois à la légende comme celle ayant trait à Hercule dont les compagnons au nombre de vingt auraient créé une première cité baptisée « Eicosi » (vingt en grec).
Si, dans son ouvrage intitulé Alger, histoire et capitale de destin national (1), Larbi Icheboudène revient sur cette légende, l’historien, dans une démarche basée sur des faits plus avérés, affirme que ce sont les navigateurs phéniciens qui, les premiers, fondent un comptoir sur ce site qui présentait tant d’avantages, rappelant pour cela ce fameux trésor monétaire  découvert en 1940 dans le quartier de la Marine et qui « éclaire d’un jour nouveau l’histoire d’Alger qui portait alors le nom d’Icosim. Une telle confirmation veut dire qu’Alger peut s’enorgueillir d’un prestigieux passé et fixer son âge à plus de 3000 ans ».

Alger la Punique

« Il n’y a plus de doute, Alger est d’origine punique», atteste encore Icheboudène. Icosim passe ensuite sous la tutelle de Juba II (52 av. J.-C., 23 après J.C.), roi de Maurétanie. Elle en devient une colonie de droit latin, rattachée administrativement à la Maurétanie Césarienne.
En 40 après J.-C., Ptolémée, le fils de Juba II, est assassiné, la mainmise romaine devient alors totale. Icosim devient Icosium et bénéficie, de ce fait, d’une certaine autonomie.
Vers 371-372, la Maurétanie se soulève contre Rome. La ville est alors ravagée par le prince berbère Firmus, aidé par les tribus berbères maures (non romanisés) vivant dans les montagnes environnantes. Durant le Ve siècle, la ville passe sous domination vandale, elle n’en connaît pas une meilleure destinée.
La période qui suit reste malheureusement mal connue. Citant Yver (2), Larbi Icheboudène note, à ce sujet que « la ville semble avoir été endormie pendant cinq siècles et de cette longue période d’abandon, il n’y subsiste que quelques légères habitations lors de la fondation de la ville musulmane.»

Naissance d’El-Djazair Beni-Mezghenna

C’est sous le règne de la dynastie de Ziri Ben-Menad (945-971) que Bologhine Ibn Ziri, fils du prince, obtient en 960 la permission d’ériger une nouvelle ville sur le site d'Icosium. «Bologhine fut séduit par le site. La présence des îlots et le bon mouillage naturel ont été les facteurs importants pour ce bâtisseur. D’autres raisons ont également présidé à ce choix : la possibilité d’utiliser les pierres provenant des ruines d’Icosium, l’existence des rues, et surtout l’avantage d’un site tout désigné à une ville appelée à devenir commerçante. Aucun autre site ne pouvait être plus favorable pour l’édification de cette cité.» (1). Bologhine Ibn Ziri lui donne le nom d’El Djazaïr, en référence aux quatre îlots lui faisant face.
Le géographe du Xe siècle, Ibn Hawqal (3) en fait, lui aussi, une nette description : «El Djazair est bâtie sur un golfe et entourée d’une muraille, elle renferme un grand nombre de bazars et quelques sources de bonne eau près de la mer. Les richesses de ses habitants se composent de troupeaux de bœufs et de moutons. El Djazaïr fournit tant de miel qu’il y forme un objet d’exportation et la quantité de beurre, de figues et d’autres denrées y est si grande qu’on en exporte à Kairouan et ailleurs.»
Du Xe au XVIe siècle, El-Djazaïr est une ville berbère. Mais très vite, la médina – aussi modeste que prospère – est l’objet de toutes les convoitises. Ainsi, subit-elle la domination de tous les prétendants qui se disputent le pouvoir au Maghreb central, à cette époque, à savoir Ziride, Hammadite, Almoravide, Almohade, Hafside, Mérénides, etc. (4).

El Djazaïr et la Reconquista espagnole

Au cours du XVe siècle, la ville est gouvernée par la tribu des Thaâliba – dont est issu le célèbre patron de la ville Abou Zeid Abderahmane Ben Mekhlouf At-Thaâlibi. Toutefois, vers la fin du XVe siècle, El Djazaïr subit les effets de la «Reconquista» espagnole, à l’instar des autres villes du littoral maghrébin, s’agrandissant ainsi, un peu malgré elle, pour accueillir les très nombreux émigrés andalous. Déjà présents dans d’autres villes d’Algérie, les Espagnols veulent soumettre El Djazaïr. Le chroniqueur espagnol Mariana écrit, au début du XVIe siècle, que « le port d’Alger était la terreur des Espagnols. Aussi l’Espagne décida-t-elle de construire en 1510 sur les îlots faisant face à Alger la forteresse du Peñon » (5). Ils y installent une garnison appelée à tenir en respect les habitants de la ville et à contrôler le mouvement de tous les navires qui entraient ou sortaient du port. Mais les Espagnols commencent à afficher une certaine vulnérabilité du fait de leur isolement. La population autochtone sollicite alors l’aide des frères Barberousse afin qu’ils viennent les libérer des croisés. Mariana rapporte encore qu’en 1529 « Kheir-Eddine était résolu à se débarrasser enfin de la citadelle espagnole. Tout d’abord, le nouveau bey d’Alger tenta la négociation avec les assiégés à qui il proposa une  capitulation par laquelle la garnison pourrait fuir en quittant la place et en emportant son artillerie. Ces propositions furent repoussées par le commandant du Peñon, le marquis Don Martin de Vargas, vétéran des guerres d’Afrique » (6). En 1516, les frères Barberousse s’installent à Alger. Deux ans plus tard, Kheir-Eddine, qui succède à son frère Arroudj, fait face à de nombreuses attaques espagnoles. Le 17 mai 1529, il détruit cette forteresse et fait construire la jetée Kheir-Eddine qui relie les îlots à la terre ferme, et qui constitue le premier abri du port d’Alger. C’est le début de la régence d’Alger. Le gouvernement et l’administration installent leurs sièges au Palais de la Jenina, dans la partie basse de la ville.
Après les beylerbeys qui s’y installent de 1534 à 1585, c’est au tour des pachas d’occuper les lieux de 1585 à 1659 puis des aghas de 1659 à 1671 et, enfin, des deys de 1671 à 1817. Le siège est ensuite transféré à la Casbah, jusqu’en 1830. Jusqu’à cette date, El Djazaïr reste une capitale  forte et redoutable dont la flotte exerce une hégémonie sans partage dans les eaux méditerranéennes.
Le nouveau pouvoir institué à partir de 1671 impose le dey comme chef suprême. La Régence d’Alger s’organise dès lors de manière indépendante, toutefois, le pouvoir est exclusivement détenu par les Turcs et la population autochtone est exclue de tout pouvoir de décision.
Pour Mohamed Sadek Messikh (4),
« les deys mirent un terme à la
confusion qui sévissait dans la Régence depuis le début du règne des aghas ». Mais les choses ne s’apaisent pas pour autant : « Les deys étaient sans cesse occupés à réprimer les révoltes des Kabyles », ajoutant encore que « les deys étaient aussi en guerre avec la Régence de Tunis et les expéditions se succédaient de part et d’autre, sans qu’il y eût de véritables vainqueurs. Les puissances chrétiennes venaient régulièrement bombarder El Djazaïr ». Sous le règne du raïs Hadj Hussein, El Djazaïr est de nouveau la cible de la flotte française. Ces expéditions successives aboutissent en 1690 sur des négociations de paix. Le dey Hussein est le dernier gouverneur turc de la Régence, il maintient le gouvernement à la citadelle d’où il assiste impuissant à la prise de la ville par l’armée française en juillet 1830.
H.A.

Sources :
(1) Larbi Icheboudène, « Alger, capitale de destin national », éd. Casbah, Alger 1997, 351 pages
(2) G. Yver, Alger, in Encyclopédie islamique
(3) Ibn Hawqal, Commerçant et voyageur, in Yver
(4) Mohamed Messikh, « El Djazaïr. La mémoire », éd. Raïs, Skikda 1997, 150 pages
(5 et 6) Roland Courtinat, « La piraterie barbaresque en Méditerranée XVIe-XIXe siècle », éd. Jacques Gandini, Nice 2003



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