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N° 117 - Nov 2018

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Développement Local

Une seule alternative, réussir

Nouria Yamina Zerhouni, première femme wali, ex- ministre

Par Leila BOUKLI



En 1963 et après un passage de cinq ans à Maghnia, le père Zerhouni décide, pour permettre aux enfants de s’inscrire au lycée, de s’installer à Tlemcen. Trois des garçons sont déjà internes au lycée Benzerdjeb, Nouria-Yamina, elle, fait son cursus primaire à l’école Bel Air et le secondaire, au lycée Maliha-Hamidou.
« Je suis un des cobayes de l’arabisation ; puisqu’à cette époque, le souci de l’Etat était l’arabisation ; je fais le choix de passer d’une filière scientifique à une filière littéraire en parfaite bilingue, j’obtiens mon bac, série Lettres, à la grande joie de mon papa, qui nous a enseigné l’amour de la langue arabe. »
En 1985, il décède, nous révèle-t-elle, émue. « C’était un père formidable, plus moderne que les hommes d’aujourd’hui, qui avait le respect des femmes et de notre mère. Les filles étaient très proches de lui, quant aux garçons comme dans toute famille traditionnelle, ils vénéraient maman qui le leur rendait bien. On a donc grandi dans un milieu où la femme n’était pas brimée, bien au contraire. D’ailleurs, toutes ont fait des études supérieures ; j’ai une sœur médecin, deux sont chirurgiennes dentistes, une est pharmacienne. Je suis la seule qui n’aie pas choisi une branche médicale. Il m’a conseillé de faire l’ENA, une école très sérieuse, disait-il, qui formait des cadres solides. Et comme pour moi, mon père avait toujours raison. En jeune fille disciplinée, j’ai passé le concours que j’ai obtenu en 1975. L’ENA, se souvient-elle, ne retenait que cent élèves sur mille. L’assiduité était notée, elle avait la même valeur que les autres matières enseignées. »
Nouria-Yamina rejoint donc Alger où elle suivra des études a l’ENA, durant quatre ans de 1975 à 1979, le temps d’obtenir son diplôme d’énarque, option administration générale, douzième promotion. La même année, elle est recrutée à la wilaya de Tlemcen en tant qu’administrateur ; puis directeur de l’emploi et des statistiques de 1984 à 1986. Entre-temps, voulant faire une carrière d’avocat, elle s’inscrit à la faculté de droit, assiste aux TD et aux examens et obtient sa licence en 1985. Elle assumera de 1989 à 1999 diverses fonctions : inspecteur, chef de service circulation des personnes, DRAG, secrétaire général, mais aussi sera membre de la délégation de wilaya de Tlemcen ; « une instance, nous explique-t-elle ayant remplacé les APW dissoutes. J’y ai assumé un mandat tout en étant directeur de la réglementation.
A l’époque, pour beaucoup, les femmes  ne pouvaient être utiles qu’en tant que secrétaires ; l’environnement était fermé, hostile aux diplômés et aux femmes. Il nous fallait être à la hauteur, renvoyer une image positive à l’opinion publique, rassurer les parents, avoir une moralité irréprochable dans la conduite privée ou les affaires publiques. En un mot, donner l’exemple par le travail et le sérieux pour que les portes s’ouvrent. Aider ceux qui croyaient en nous à prendre la décision politique. Ne pas décevoir. Pour la première fois, les femmes sont ambassadeurs, chef de daïra, leur nombre croit dans l’exécutif de wilaya, dans les corps traditionnellement chasse gardée des hommes. Il appartient aux femmes de se faire une place. Je serais la première femme wali de l’Algérie indépendante, à un moment où il n’était pas bon d’être sous les feux de la rampe. A Tipasa de 1999 à 2004 ; puis à Mostaganem de 2004 à 2010 ; à Ain T’émouchent de 2010 à 2014 ; ministre du Tourisme de 2014 à 2015 et rappelé à nouveau à la tête d’une wilaya, celle de Boumerdès à ce jour. La mission de wali est éprouvante, physiquement et mentalement, mais aussi noble et passionnante. Nous sommes au service du citoyen, nous participons activement au développement du pays.
Premier responsable à tous les niveaux de la wilaya, représentant chacun des ministres au niveau local, nous exécutons la politique de l’Etat, donc nous sommes l’œil, en régulant, en contrôlant et en exécutant. C’est lourd, mais captivant. Vous participez à la naissance d’une idée, d’un projet, jusqu’à sa concrétisation et sa mise en exploitation. Ce fut une nouvelle expérience qui m’a changée des collectivités locales, je pense m’en être acquittée favorablement. J’ai apporté ma pierre au développement de ce secteur que j’ai beaucoup aimé et qui a besoin d’être développé pour répondre aux enjeux actuels. A mes concitoyennes, je conseillerais de servir leur pays avec honnêteté et engagement et l’Algérie saura le leur rendre. Aujourd’hui, j’ai la conscience tranquille d’avoir toujours essayé de renvoyer une image positive de la femme algérienne, de participer à la construction de ce beau pays qu’est l’Algérie. J’ai été fiancée dans le temps, mais j’ai préféré assumer ma vie. Je n’ai jamais eu de complexe, d’être une femme libre, indépendante, responsable qui se prend en charge. Alors que j’étais wali à Tipasa, j’ai adopté une petite fille, Farah, elle n’avait que 7 mois et aujourd’hui c’est une belle adolescente de 13 ans. La vie m’a beaucoup donné, à mon tour de partager ce legs, cet équilibre longtemps recherché. De combler affectivement mon enfant, une enfant de l’assistance. Je m’attelle à ce qu’elle aussi réussisse sa vie. C’est faire œuvre utile que de rendre un enfant heureux, de le former, de l’éduquer pour être au service de son pays
Dans ma famille on a le sens du devoir, l’Algérie nous a beaucoup donné en termes de formation, d’études… J’ai toujours essayé de m’acquitter honorablement de ma tâche. Surveillées par les responsables, par le commun des mortels, conscientes des enjeux, on n’a pas le droit à l’erreur. Le sort des autres femmes, leur avenir dépend de ma réussite. La rigueur, le travail, le sérieux ont donc été des aspects importants de notre éducation, pour notre père, issu d’une famille de patriotes, de chouhada, de fonctionnaires et de militaires, lui-même lettré, fonctionnaire à la santé. Un battant qui a su nous inculquer la valeur du travail. Il y a dans ce pays des anonymes de grande valeur, qui ont servi en silence, et qui, leur vie durant, se sont investis à éduquer leurs enfants, pour servir leur pays », conclut-elle

L. B.



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