Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 123 - Oct 2019

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Portrait

L’homme des principes et de la dignité

Abdelmadjid Tebboune

Par Tahar MANSOUR



Il est des hommes qui gardent la bonne éducation reçue dès leur plus tendre enfance et ne changent point de conduite, malgré le chant des sirènes du pouvoir et de la richesse. Ils y arrivent pourtant grâce à leurs compétences intrinsèques en passant toutes les étapes, engrangeant à chaque fois plus de savoir, de connaissances, de droiture, toujours guidés par cette éducation transmise par des parents plus soucieux de la moralité de leurs enfants que par autre chose. Abdelmadjid Tebboune, né dans une petite ville des hauts-plateaux du sud-ouest, dans la wilaya d’El Bayadh, est l’exemple type de ces hommes, imbus de justice et de bonnes intentions pour leurs pays et leurs concitoyens, intègres envers et contre tous, combatifs pour asseoir une justice sociale digne de ce nom. Et ceci leur a couté leurs postes, parfois beaucoup plus.

Un citoyen algérien pur

Né le 17 novembre 1945 Abdelmadjid Tebboune est issu de parents nationalistes aimant l’Algérie et ayant  inculqué cet amour à leurs enfants dès leur jeune âge. Son père, lettré en arabe, a d’ailleurs connu les geôles de l’occupant français à cause justement de cette recherche de ses origines qu’il ne voulait en aucun cas renier ni oublier. Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs sillonné le pays dès son jeune âge pour avoir fait une partie de ses études primaires à Sidi Bel Abbès avant de les continuer à El Bayadh pour les terminer à Mécheria. Il passe son BEG (Brevet d’enseignement général) puis son Baccalauréat à Oran avant de rejoindre Alger où il s’inscrit à l’Ecole nationale d’administration (ENA) pour en sortir diplômé dans la section économique et financière en 1969 (2e promotion portant le nom de Larbi Ben M’hidi). Il entame alors sa carrière la même année en qualité d’administrateur stagiaire à la wilaya de la Saoura puis comme administrateur au sein de la même institution à partir de 1972. A partir de 1974, il est secrétaire général de la wilaya de Djelfa, puis d’Adrar, ensuite de celle de Batna en 1979 et de celle de M’Sila en 1982. Ses capacités dans la gestion des affaires publiques, son sens des responsabilités, son équité et surtout son amour de l’Algérie et de son travail au service de son pays le propulsent au poste de wali à partir de 1983 et jusqu’à 1989 à Adrar, Tiaret et Tizi Ouzou. En 1991, il est nommé ministre délégué chargé des Collectivités locales auprès du ministre de l’Intérieur mais quitte le gouvernement pour une retraite anticipé une année après. Il est rappelé en 1999 pour occuper le poste de ministre de la Communication et de la Culture pendant six mois avant de rejoindre le ministère de l’Intérieur au poste qu’il avait déjà occupé auparavant.

L’enjeu de l’habitat

Abdelmadjid Tebboune est ensuite nommé ministre de l’Habitat en 2001, poste qu’il occupa jusqu’à la fin de 2002 et quitte encore une fois le gouvernement pour ne revenir que le 3 septembre 2012 en qualité de ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, poste qu’il occupa jusqu’au mois de mai 2017. Au cours de cette période, les réalisations du secteur de l’habitat ont connu un boom inégalé jusque-là, les délais ayant été écourtés de manière sensible alors que la qualité des constructions s’est nettement améliorée. Cette nouvelle donne n’a pu être réalisée que grâce à la vigilance, à la rigueur dans la gestion, à l’abnégation et à l’intégrité dont a fait preuve Abdelmadjid Tebboune qui devait faire face, en même temps, à toutes sortes de blocages, de coups-bas de la part de ceux qui étaient censés lui venir en aide. Les chiffres sont connus de tous et les millions de logements réalisés ont été attribués aux bénéficiaires. Une autre preuve d’Algériens travailleurs d’arrache-pied pour hisser leur pays à la place qui lui sied. D’ailleurs, Abdelmadjid Tebboune a été décoré de l’Ordre du Mérite National par l’ancien président de la République pour « les résultats réalisés sur le terrain, dans le secteur de l’habitat, où le pays a accompli des avancées considérables reconnues par ailleurs par des spécialistes nationaux et internationaux ». Une réussite saluée au niveau international puisque l’expérience algérienne en matière de l’éradication des bidonvilles et de politique nouvelle des villes a été citée à la 3e conférence de l’ONU sur l’habitat tenue en 2016 à Quito en Equateur ou Abdelmadjid  Tebboune a prononcé un discours dans lequel il a mis en exergue tout ce qui a été réalisé en Algérie en matière de logements, surtout durant la période où il a pris les rênes du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville.

Les manœuvres des oligarques

Mais il est apparu très vite qu’une grande partie de ceux qui détenaient le pouvoir absolu en Algérie ne voulaient pas que le secteur de l’habitat leur échappe, avec la manne financière qui lui était dévolue. En effet, l’intégrité et le sérieux dont a fait preuve Abdelmadjid Tebboune ne leur permettait plus de disposer comme ils voulaient des marchés faramineux dont ils prenaient les enveloppes sans terminer les projets. Le ministre de l’Habitat devait, en plus de la gestion très difficile de ce secteur névralgique, faire face à des pressions insupportables de la part de ceux qui voulaient s’approprier l’argent du peuple sans contrepartie, en commençant des projets structurants pour le pays pour les délaisser à moins de 10% de réalisation. Ce qui a engendré un grand retard dans tous les domaines (habitat, hydraulique, route, rail, commerce extérieur, etc…). Ces prédateurs, aujourd’hui tous traduits devant la justice, se sont tous ligués contre Abdelmadjid Tebboune pour le faire abdiquer, mais ils ont compté sans son intégrité qui fait partie de son éducation, une éducation reçue de ses parents nationalistes et dignes. Contre vents et marées, Abdelmadjid Tebboune a réussi à redonner espoir à des millions d’Algériens pour l’obtention d’un logement décent, pour vivre dans la dignité dans un pays qui dispose de tous les atouts dans ce sens, pour peu que les responsables politiques en aient la volonté. D’ailleurs, Tebboune avait prévu de mettre fin à la crise de logement en Algérie dès 2018, mais les prédateurs en ont décidé autrement. A cette époque, il a confié à des proches qu’il avait tout le monde contre lui à l’exception du général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, qui essayait de l’aider autant que faire se pouvait.

Des plans diaboliques

Ceux qui sont qualifiés maintenant de « Bande (Issaba) » et qui devront répondre de tous leurs actes devant la justice, ont donc décidé de mettre à genoux celui qui leur tenait tête et qui ne voulait pas abdiquer devant les menaces qu’il recevait chaque jour. Le 24 mai 2017, Abdelmadjid Tebboune est nommé Premier ministre. Cette nomination, inattendue, a fait « tiquer » beaucoup d’observateurs. N’étant pas de la même veine que ses ennemis, Abdelmadjid Tebboune a cru que le président de la République voulait faire le ménage en lui donnant comme mission première la séparation de la politique des finances et en remettant les choses à leurs places naturelles pour le plus grand bien du pays. Aussitôt son gouvernement nommé et mis en place, Abdelmadjid Tebboune s’attaqua de front à l’oligarchie qui bénéficiait du soutien et de la complicité des plus hauts responsables de l’Etat, faisait main basse sur tous les marchés publics dotés d’enveloppes faramineuses, empochait l’argent et laissait les travaux à moitié réalisés, dans les meilleurs des cas. En effet, en été 2017, Abdelmadjid Tebboune avait suscité un engouement populaire lorsqu’il s’était attaqué à plusieurs oligarques impliqués dans des affaires de corruption. Abdelmadjid Tebboune avait même instauré un nouvel organisme d’investigation chargé des affaires financières de l’Etat au sein du Premier-ministère. Lors de la présentation du « plan d’action » de son gouvernement devant les députés de l’Assemblée générale, la mesure phare a été la réforme du système de subventions publiques, conséquence de la crise économique que vit le pays. Cette attaque de front valut à Abdelmadjid Tebboune d’être pris comme cible car son intégrité et sa droiture dérangeaient les intérêts de tous ceux qui gravitaient autour de cette bande qui vient d’être mise hors d’état de nuire à la faveur du soulèvement populaire pacifique qui ne leur a laissé aucune chance de perpétuer leur mainmise sur les richesses de l’Algérie. L’institution militaire avec, à sa tête le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, a trouvé là le moyen légal pour garantir la sécurité de la Nation fortement menacée par les agissements de ces responsables qui la menait à sa perte.

L’assainissement du commerce extérieur

C’était là l’autre partie de la mission de Tebboune en qualité de Premier ministre qui visait à mettre fin à l’anarchie totale qui régnait au sein de ce secteur névralgique où les pratiques anormales et opaques étaient de mise, saignant l’économie nationale et mettant en danger la vie de toute la population. Prenant à bras-le-corps cette mission très noble dans le but de réduire la facture d’importation qui engloutissait la plus grande partie des recettes de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune s’est attiré les foudres des véritables prédateurs qui voyaient leurs intérêts menacés et les vols commis au vu et au su de tout le monde ne plus être possibles.

La réunion d’El Aurassi

Acculés de toutes parts, les oligarques algériens se réunissent à l’hôtel El Aurassi avec quelques hauts responsables gouvernementaux de l’époque et décident de mettre fin aux fonctions de celui qui voulait assainir les affaires de l’Algérie pour en faire profiter le peuple, véritable victime des agissements néfastes de cette horde de prédateurs. La mise à l’écart – nous ne pouvons pas dire limogeage car le limogeage obéit à des lois biens définies – de celui qui a osé se mettre devant leur voracité a été décidée séance tenante, et, le 15 août 2017, les Algériens apprennent, étonnés, que le Premier ministre nommé il y a moins de trois mois venait d’être démis et remplacé par Ahmed Ouyahia, le plus impopulaires des hommes du clan présidentiels et l’homme des sales besognes. D’ailleurs, la première mission d’Ouyahia était d’ouvrir encore plus les vannes de la gabegie et de la rapine en octroyant des avantages insensés aux oligarques que protégeaient les plus hauts responsables étatiques.

La réaction de la rue

La consternation régnait chez tous les Algériens, aussi bien contre la manière dont un Premier ministre connu pour son intégrité et son sérieux a été écarté que par le nom de celui qui l’a remplacé. Tous compatissait avec Abdelmadjid Tebboune : « Il a été victime de son opération mains propres », « c’est une honte, qu’ont-ils à lui reprocher, sinon son honnêteté?», « Abdelmadjid Tebboune paie sa croisade contre les hommes d’affaires proches du cercle présidentiel », sont des commentaires lus dans la plupart des journaux algériens et étrangers qui s’étaient interrogés sur les véritables raisons de cette mise à l’écart. « Jamais un Premier ministre n’a été remercié en un temps si court. Que s’est-il passé ?» s’interrogeait « Tout sur l’Algérie» qui avançait que l’homme politique a perdu « la guerre » qu’il avait publiquement déclarée « à ceux qu’il considère comme les forces de l’argent » tout en rappelant la date cruciale du 21 juin, lorsque, devant les députés, Abdelmadjid Tebboune lance sa fameuse phrase : « L’État c’est l’État et l’argent c’est l’argent.» Pour El-Watan, « Abdelmadjid Tebboune a été victime d’une « exécution en plein vol » : Un coup de canif dans le dos d’un « serviteur de l’État loyal ». Un limogeage inélégant qui valide manifestement la thèse selon laquelle c’est l’argent qui décide et qui commande […]. Une victoire des milieux d’affaires, non pas sur Tebboune mais contre l’État.» « Abdelmadjid Tebboune […] aura soulevé non sans violence des réactions épidermiques des milieux d’affaires, dont les connexions avec les centres de décisions politiques ont atteint des niveaux inquiétants », relève El-Watan tout en s’inquiétant de « l’image d’instabilité institutionnelle chronique au sommet de l’État, alors que le pays est soumis aux multiples et inextricables difficultés ». Quant aux Algériens qui se sont soulevés contre la corruption depuis le 22 février 2019, ils ont compris que rien n’arrêtera la voracité de ces vautours d’autant que la lutte contre « l’intrusion de l’argent dans la politique » devra attendre la naissance de la IIe République.

Le déclic

A partir de cette mise à l’écart honteuse, les Algériens ont commencé à penser sérieusement au moyen de mettre fin à la prédation d’une bonne partie des membres du gouvernementet ceux du clan présidentiel pour arriver enfin à la date du 22 février 2019 qui a laminé tous ces prédateurs qui volaient l’argent du peuple sans vergogne. Le peuple, dans son ensemble, a vu dans la mise à l’écart d’Abdelmadjid Tebboune la goutte qui a fait déborder le vase et qui a mis à nu les desseins néfastes de ceux qui tenaient les rênes du gouvernement. L’institution militaire, issue du peuple et garante de sa sécurité et de sa quiétude, a su mener à bien sa mission et a protégé les citoyens contre toute intervention de ceux qui voulaient sa perte.

T. M.

 

 

FONCTIONS DE  ABDELMADJID TEBBOUNE :

- 1977-1979 : Secrétaire général de la Wilaya d’Adrar .

- 1979-1982 : Secrétaire général de la Wilaya de Batna .

- 1982-1983 : Secrétaire général de la Wilaya de M’Sila

- 30 janvier 1983 - 13 mai 1984 : Wali d’Adrar.

- 13 mai 1984 - 26 juillet 1989 : Wali de Tiaret

- 26 juillet 1989 - 18 juin 1991: Wali de Tizi Ouzou

- 18 juin 1991 - 16 octobre 1991 : Ministre délégué aux Collectivités locales (Gouvernement Ghozali I).

- 16 octobre 1991 - 22 février 1992: Ministre délégué aux Collectivités locales (Gouvernement Ghozali II) .

- 23 décembre 1999 - 26 juin 2000 : Ministre de la Communication et de la Culture (Gouvernement Benbitour)

- 26 juin 2000 - 31 mai 2001: Ministre délégué auprès du Ministre de l’Intérieur, chargé des Collectivités locales  (Gouvernement Benflis I)

- 31mai2001 - 4juin2002 :

Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme (Gouvernement Benflis II) .

- 3 septembre 2012 - 11 septembre 2013:

Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme (Gouvernement Abdelmalek  Sellal I) .

- 11 septembre 2013 - 13 mars 2014 :

Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville (Gouvernement Abdelmalek Sellal II) .

- 29 avril 2014- 14 mai 2015 :

Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville (Gouvernement Abdelmalek Sellal III) .

- 14 mai 2015 - 24 mai 2017 :

Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville (Gouvernement Abdelmalek Sellal IV) .

- 24 mai2017  - 15 Août2017 :

Premier ministre



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