Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Portrait

« Nul n’est prophète en son pays »

Dr Ali Abdelmouneim Bougara

Par Leila BOUKLI



Issue d’une famille de patriotes, originaire d’Ath Yâala en Kabylie, Ali sera le troisième de la fratrie forte de cinq membres. De son père postier, qui a fait tous les échelons jusqu’à devenir secrétaire général, il héritera la droiture et le sens de l’amitié. Alors qu’il approchait de la retraite, Ait Messaoudène son ami de toujours, nommé à la tête du ministère de la Santé, fit appel à ses compétences. Par pure amitié, il n’hésitera pas à le rejoindre et quitte le ministère des PTT.
Sa mère dont il parle avec admiration, pour son courage et son dévouement, s’est remise aux études, dit-il, pour pouvoir superviser les devoirs de ses enfants en leur inculquant, très jeunes, les valeurs du travail bien fait. C’est ainsi que le petit Ali fera son cursus primaire, secondaire et supérieur à Alger jusqu’à l’obtention d’un DEMS, promotion 1988, spécialité Oto-rhino-laryngologie (ORL), à Alger et Oran.
Son DEMS en poche, il sera affecté, dans le cadre de son service civil, à l’Hôpital de Koléa puis après un an et demi, soucieux de parfaire sa formation dans les techniques nouvelles, il quittera Koléa pour se rendre en Belgique, à l’hôpital Erasme et Saint-Pierre de Bruxelles, acquérir plus de connaissance dans sa spécialité. Il s’agissait d’accès sur l’exploration fonctionnelle de l’oreille, principalement sur les oto-émissions acoustiques, en pleine mise au point par des équipes multidisciplinaires à l’époque. Il revient à Koléa pour faire partager son nouveau savoir à ses confrères et un an après toujours avide d’en savoir plus, retourne en Europe, cette fois pour parfaire sa formation chirurgicale. Avec des lettres de recommandations de ses professeurs bruxellois, il va donc à l’hôpital Foch dans les Hauts-de-Seine où il est très chaleureusement reçu par l’éminent Pr Charles Frèche, un ancien d’Algérie (Boufarik), chef du service ORL. Ce dernier à qui il rend un grand hommage pour sa compétence, sa simplicité ainsi que sa grande générosité, mettra tout en œuvre pour l’aider dans sa mission. Il évoluera, apprendra beaucoup à ses côtés durant deux années pleines puis tente un retour en Algérie sans succès. C’est alors que l’idée de poursuivre l’aventure au Maroc lui passe par l’esprit. Il a en effet failli s’installer à la Clinique internationale de Marrakech, lorsqu’il est rappelé par un ami fidèle, lui-même ancien élève du Pr Frèche, le Docteur Luc Pandraud, fils de l’ancien ministre Robert Pandraud. Il n’hésite à rejoindre son équipe, qui l’intègre très facilement. Après plusieurs années passées dans ce service, il se présente et réussit le concours de chirurgien des Hôpitaux. Il est actuellement chef du service ORL du Centre Hospitalier des Quatre Villes à Saint-Cloud.
« Lorsqu’un spécialiste algérien arrive en France, nous apprend-il, il peut travailler dans un hôpital sans aucun problème, mis à part la surexploitation et le sous-paiement, comparativement aux autochtones. Les choses se corsent si on choisit d’exercer dans le libéral car là, il nous faut repasser les équivalences. Si dans le temps, les Algériens étaient privilégiés, compte tenu de certains paramètres – connaissance de la langue, entre autres –, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour accéder au plein exercice de la médecine en France, tous postulants, venus du reste du monde, passent en effet le même concours. »
A ce stade de l’entretien, nous lui posons la question sur ce qu’il pense de la médecine de son pays, l’Algérie, où il fait toutes ses études. Le Dr Bougara, nous dit alors, un brin de désolation dans le regard : « Les compétences sont là. Reste à donner plus de moyens et gérer le manque de management, la logistique et la formation du paramédical. Quatre points essentiels qui font malheureusement défaut chez nous. »
Défenseur invétéré d’un service public fort en faveur de nos concitoyens, le Dr Bougara bien que travaillant Outre Méditerranée, garde un œil bienveillant sur la santé de son pays, à l’instar des confrères compatriotes qui continuent d’œuvrer à tenter d’aider leur pays d’origine, là où ils se trouvent. « Chacun, ajoute-t-il, à sa manière. Nous avons, il faut le reconnaitre, encore certaines difficultés à pouvoir nous « exprimer ». L’intelligentsia algérienne s’est exilée pour des raisons diverses, propres à chacun, mais nous restons néanmoins profondément algériens et toujours disponibles, si on veut bien de nous. »    
L. B.



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