Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 109 - Nov 2017

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Portrait

Un passionné d’art au service de la culture

Fayçal Ouaret, directeur général de l’ARPC

Par Leila BOUKLI



D’entrée de jeu, nous lui posons la question sur le devenir de la bibliothèque arabo-sud-américaine, que devait abriter Alger. Une magnifique idée, naît lors d’un sommet arabo-latino, tenu à Brasilia en 2005 auquel a assisté le Président Bouteflika en personne. Il y a une très forte diaspora arabe en Amérique Latine qui, pour la plupart, sont lettrés. Ils écrivaient beaucoup et ces écrits sont dans les bibliothèques de grandes capitales, rappelle-t-il. La volonté est de mettre en partage cet héritage commun et l’Algérie s’est proposée pour abriter et construire ce lieu baptisé « Bibliothèque arabo-sud-américaine ». Il n’y avait au départ que l’idée fondatrice qui, depuis, a fait son chemin. Le chef de l’Etat a contacté le défunt Oscar Niemeyer pour concevoir ce lieu. Et donc Niemeyer a construit un programme dans lequel il réunit toutes les formes d’art et d’expressions traditionnelles propre à chaque pays. Théâtre, grand restaurant, pour l’art culinaire et une immense esplanade pour les manifestations en plein air. L’ensemble aura en même temps la capacité de recevoir les chercheurs dans une résidence aménagée à cet effet en plus d’une aile pour abriter l’administration pour cet ensemble. Il y a à peu près 40.000 m2 de surface utile sans compter les parkings. Le terrain qui a d’ores et déjà était choisi est localisé à l’entrée de Zéralda sur l’autoroute vers Tipasa.
Aujourd’hui, toutes les études d’architecture et d’ engineering sont achevées et validées par les organismes de contrôle (CTC), la Protection civile et les services de l’urbanisme. La réalisation de ce projet peut être lancée à n’importe quel moment, ajoute M. Ouaret, désolé de nous apprendre qu’à ce jour, malgré les différentes interpellations lors de rencontres régionales et les nombreux courriers envoyés, aucun répondant de la part tant arabe que sud-américain. Dommage pour un tel projet. Afin de ne pas perdre ce bel acquis, les pouvoirs publics pourraient envisager d’en faire une fondation au nom du concepteur, Oscar Niemeyer, suggère-t-il. Ce projet coûterait aujourd’hui autour de 15 milliards de dinars. Ce qui est peu de chose par rapport à l’envergure que représenterait pour le pays une telle institution. En plus du rapprochement entre les cultures, les hommes des trois continents : Amérique Latine, Afrique et Asie sans compter tous les amoureux, épris de ces cultures. Dénouement à suivre ! Mais avant qui est Fayçal Ouaret ?
Il vient au monde à Sétif un 17 octobre 1956. Ce fils de chahid n’avait que 7 mois, lorsque son père prend les armes. Djahida, sa sœur, naîtra 4 mois après le départ de leur père au maquis à l’âge de 25 ans. Il grandira sans l’affection de ce père, mort pour un idéal afin que tous les enfants d’Algérie puissent un jour avoir le droit à la connaissance. Sa maman Hafsa, bien que jeune, ne se remariera pas, préférant s’adonner pleinement à l’éducation de ses deux enfants. « C’est ma copine », dit-il affectueusement en parlant d’elle.
C’est dans cette ville de Sétif, qu’il chérit tant et où il éprouve le besoin d’aller chaque semaine se ressourcer, que se déroulera son cursus primaire et secondaire jusqu’à l’obtention, en juin 1975, d’un bac série mathématiques élémentaires. Lui, qui a pour habitude de dire : « Je travaille à Alger mais habite Sétif » où sa femme et deux de ses enfants résident encore, s’inscrit à l’Institut d’architecture, d’urbanisme et de construction(IAUC) de l’université de Constantine. Il en ressort en 1980 avec un diplôme d’Etat d’architecture, mention très bien et les félicitations du jury. Son sujet « Restructuration du centre-ville de Tamanrasset et proposition de classement du bordj du Père Foucault en Monument historique ».Il revient à Sétif où il enseignera l’histoire critique de l’architecture  du Maghreb à l’Institut d’architecture puis détaché pour être directeur des études et stages de l’Institut de formation professionnelle (IFP) toujours à Sétif. Simultanément , il ouvre un bureau et s’installe comme architecte, pour exercer à titre libéral. Il abandonne, après 22 ans, le privé pour le public, pour devenir de mars 2011 à mai 2013, directeur de l’architecture au ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, après cela, soit de mai 2013 à février 2014, il occupe la même fonction à la wilaya de Blida puis à celle de Biskra. En octobre 2015, il est nommé par décret directeur général de l’Agence nationale de gestion des réalisations des grands projets de la culture (ARPC), un EPIC sous tutelle du ministère de la Culture.
Fayçal Ouaret comptabilise, entre 1981 et 1988, de nombreux stages d’enseignement à l’Ecole d’architecture de Versailles. Il est appelé à donner une série de conférences sur l’architecture et l’urbanisme en Algérie dans différentes écoles belges. Il bénéficie de stages de courte durée à l’Agence d’architecture à Paris. Régulièrement invité entre 1985 et 1992 à participer aux jurys d’évaluation des travaux des étudiants du Certificat d’études approfondies en architecture(CEAA), option « Villes orientales », cet altruiste n’en profite pas seul, puisque depuis 2005, il envoie régulièrement des étudiants et jeunes architectes en stage d’été de 3 mois, rémunéré avec convention de stage cosignée par l’Ecole algérienne où est inscrit l’étudiant et l’Agence d’architecture d’accueil, généralement des agences parisiennes. Parallèlement à sa profession, il a, pour reprendre son expression, une activité d’agitateur culturel. « Je voulais créer un centre de diffusion de la culture architecturale et fais quelques actions dont notamment l’organisation d’une rencontre internationale « Le Corbusier et le M’Zab » en novembre 1998 qui avait la finalité de mettre en exergue les qualités de Le Corbusier architecte et son pouvoir à déceler les potentialités d’une œuvre architecturale. » Fayçal Ouaret rappelle que lorsque Le Corbusier découvre Ghardaïa en 1933, il lui suffit de seulement deux heures pour en être séduit. Il est revenu à Alger ameuter ses émules et notamment l’architecte Jean Bossu qui, suite à cela, est reparti en 1937 à Ghardaïa, pour faire la plus belle série de croquis jamais réalisés sur la capitale du M’Zab. On lui doit l’immeuble du cadastre à Alger, les deux pavillons en contrebas de la rampe qui va vers le Champ-de-Manœuvre de même que le siège de la wilaya de Tiaret. M. Ouaret se souvient avec émotion du malheur qui a frappé cet architecte engagé, passionné, épris de l’Algérie. Après le séisme de l’actuelle Chleff en octobre 1980, voyant sa réalisation – le quartier de Saint Réparatus ou il voulait reconstituer l’identité de la région, complètement englouti, il eut un choc. Et trois mois après ce triste événement, il en mourait. C’est dire la passion poussée à l’extrême et le sens des responsabilités de l’homme qui a vu son œuvre partir en poussière en emportant ceux qu’elle était censée abriter. Le club Nazim Architecture, créé en avril 1997, a aussi fait profiter divers jeunes de la profession, de stages de formation auprès de cabinets célèbres tels que « Architectures Studio », « Arte Charpentier », « Odile Decq » considérée comme la plus grande femme architecte au monde après la mort de l’Irakienne Zaha Hadid. Une sommité en la matière, dont la fille unique de Fayçal Ouaret porte le prénom. C’est dire l’admiration qu’il lui porte.
Cet architecte fécond qui participe à plusieurs rencontres de par le monde sur l’architecture, telles que biennale, congrès, jury… a aussi été élu au Conseil national de l’Union des architectes algériens en mars 1981, jusqu’à sa dissolution en 1985 et au Conseil municipal de la ville de Sétif, depuis décembre 2007.
 On se demande comment il trouve le temps d’écrire les nombreux articles sur l’actualité de l’architecture et son histoire en Algérie, de se former dans l’écriture de scénarios pour dessins animés, sériés télévisés, longs métrages ou encore de participer à diverses activités littéraires tant en Algérie qu’à l’étranger, car ce n’est pas tout, puisque Fayçal Ouaret est aussi écrivain. Lecteur invétéré face à l’éternel de toutes les publications récentes sur divers sujets, il a lui-même publiés aux Editions Barzakh et Alpha quatre romans, aujourd’hui épuisés.
Lagraa Boukricha, un mendiant dans la m’dina, inspiré d’un conte traditionnel, septembre 2000.
J’ai déserté mes sentiers de pierres, Lettres et autres écrits, septembre 2001
Ocres, un amour de Dinet, janvier 2003
Terres noires, journal de Pauline Roland à Sétif, août 2006.
Comme quoi, on peut être expert dans l’art architectural et s’ouvrir à la culture universelle. Ne dit-on pas que l’architecture est une tournure d’esprit et non un métier.
L. B.



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