Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 108 - Oct 2017

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Portrait

Une battante, nationaliste convaincue

Le professeur Louisa Chachoua-Mokhtari, sénatrice

Par Leila BOUKLI



En 1964, elle quittera la ville de son enfance, pour la capitale Alger où elle est inscrite jusqu’en 3e au CEM Pasteur puis à Delacroix, actuel Kheirredine-Barberousse jusqu’au baccalauréat scientifique, qu’elle obtient haut la main. Il faut dire que Louisa qui aaussi le bac français, a eu un cursus scolaire et universitaire exemplaire Elle raflera, toutes matières confondues, les premiers prix. Louisa se souvient quelque peu ému,avoir reçu des mains de Taleb El Ibrahimi, ministre de l’Education nationale de l’époque, le prix de Fondation du lycée.Les meilleurs élèves de chaque lycée du pays avaient droit,raconte-t-elle, à un voyage organisé.C’est ainsi qu’elle visitera la Tchécoslovaquie. En octobre 1969, on la retrouve à la faculté de médecine d’Alger où elle fera partie de la première promotion de la réforme des études de médecine, passe un concours en mai 1976 et choisit l’ophtalmologie, comme spécialité, « parce c’est ce que je voulais faire », dit-elle. Le destin ne relève pas du hasard, mais d’un choix. On ne le subit pas, on le poursuit. C’est ainsi que major de promo, elle entamera tout de suite après une carrière universitaire au CHU Mustapha-Bacha.Elle y restera 26 ans passant successivement maitre assistante,docente et professeur.
 A partir de février 2002 jusqu’à ce jour, elle est professeur et chef du service d’ophtalmologie au CHU Nafissa-Hamoud d’Hussein Dey (ex-Parnet).
Durant sa carrière hospitalo-universitaire, le professeur Louisa Chachoua-Mokhtari assumera différentes responsabilités. Nous citerons entre autres celles de présidente de la société algérienne de rétine, présidente du Comité pédagogique national, présidente du Conseil scientifique et du Conseil d’administration du CHU Nafissa-Hamoud, autre grande dame, combattante,premier médecin femme de l’Algérie indépendante où elle assumera le poste de ministre de la Santé avec panache et rigueur, jusqu’à son décès. Une grande perte pour le pays.
Le professeur Louisa Chachoua-Mokhtari partageait avec elle un amour inconditionnel pour l’Algérie. Comme elle, elle est brillante, toujours prête à aller là où elle peut apporter un plus. Cette fois au Conseil de la nation en janvier 2010, quand elle est désignée sénatrice dans le cadre du tiers présidentiel.Ellemettra à profit son expérience acquise par une carrière de médecin,bien remplie et aujourd’hui, elle entame un deuxième mandat et occupe le poste de présidente de la commission de la santé, des affaires sociales, du travail et de la solidarité nationale.
« J’ai fait beaucoup de bénévolat surtout dans le sud. On y a fait beaucoup de déplacements pour opérer la cataracte, d’autres groupes de médecins bénévoles se chargeaient d’opérer différentes pathologies. Mon souhait est que nous formions suffisammentd’ophtalmologistes algériens pour qu’ils prennent eux-mêmes en charge les malades. »
Dans le même ordre d’idées,Louisa rappellera qu’en matière de santé, l’Algérie a fait de gros efforts mais reconnait qu’il reste encorebeaucoup à faire. « Souvenez-vous en 1962, l’Algérie manquait cruellement de médecins. Il y avait 500 médecins dont près de la moitié seulement étaient algériens, pour une population de 10 millions d’habitants dans une situation catastrophique du point de vue des maladies infectieuses. L’espérance de vie à l’époque n’était que de 50 ans.La mortalité infantile était, quant à elle, de 180 pour 1000 naissances.Pour faire face à cela, on avait imposé la mi-temps aux médecins des hôpitaux, entreprisdes campagnes de vaccinations obligatoires, décidé d’éradiquer le paludisme… Juste après, il y a eu la gratuité des soins et en 1972 la réforme des études médicales pour pouvoir former des médecins de qualité eten quantité.
Au début des années 1980, il y a eu la réforme du système de santé, avec le secteur sanitaire comme pivot de base. A partir de là, on a construit des hôpitaux, créé 13 centres hospitalo-universitaire à l’échelle nationale.Avec tout cela,il y a eu la transition épidémiologique et démographique, avec baisse de la mortalitépar maladies infectieuses,c’est-à-dire transmissibles, et apparition des maladies des pays développés, non transmissibles, telles que le diabète, le cancer, les maladies cardiovasculaires, dégénératives et aussi une nette amélioration de l’espérance de vie qui est passée de 50 ans en 1962 à77 ans et demi, aujourd’hui. »« Toutefois, déplore-t-elle, la répartition est inégale selon qu’on se trouve au nord ou au sud du pays. De plus, avec les nouvelles technologies, les malades sont de plus en plus exigeants et la médecine de plus en plus couteuse. Actuellement, on est arrivé à 1 médecin pour 600 habitants, 1 paramédical pour 250 habitants et 1 lit pour 500 habitants.La population est passée, il faut le souligner,de 10 millions en 1962 à près de plus de 40 millions d’habitants aujourd’hui.Malgré tout, de gros efforts ont été faits.Il y a un plan cancer, une agence de greffe, une agence du médicament…Une loi sanitaire remplacera la loi 85-05 datant de 30 ans. Très attendue, elle doit en principe passer d’ici l’été. Elle concerne, entre autres, le statut du spécialiste, du médecin, des établissements de santé public et privé, de bioéthique… On le constate, il y a encore des insuffisances, etbeaucoup reste à faire,certes,Mais aucun système de santé au monde n’est parfait. »
D’ailleurs, des problèmes et des avancées en matière de médecine, elle a tout le loisir d’en débattre à la maison quotidiennement, puisque son épouxa fait les mêmes études qu’elle,de même que 3 de ses 4 enfants. L’ainéest aussi ophtalmologue, la seconde à une spécialité en chirurgie faciale, la benjamine a fait pharmacie, spécialité biochimie.Seul le troisième a opté pour une branche totalement différente,le commerce international.De quoi occuper les soirées de cette famille de médecins de père en fils.
Avant de nous quitter,cettejeune mamie dynamique, qui adore ses six petits- enfants, déplore que « les étudiant(e)s d’aujourd’hui n’aient pas la même vision que nous de l’Algérie, d’antan.Dans les années 1970, il y avaitdu respect, de l’amour du pays et des valeurs…Je suis enseignante et je sens que l’université n’est plus ce qu’elle était, surtout en ce qui concerne les relations entre filles et garçons. Il y a un petit malaise et c’est dommage. Parce que la vie d’étudiant devrait être la plus belle tranche de notre parcours ici-bas ». Pour elle, dansla société algérienne, la femme doit arracher ses acquis. On ne lui fera pas de cadeaux.C’est l’exemplarité dans les études, le comportement, le travailqui paye. Etc’est comme cela que l’on pourra améliorer la condition de la femme. « Ma conviction profonde est que si la femme n’a pas sa place dans la société, celle-ci ne progressera pas même si elle a toutes les richesses matérielles du monde. Il faut investir dans l’intelligence humaine, les QI sont identiques à la naissance.Je suis désolée de constater que notre société régresse et tourne le dos à la modernité, à la technologie, à la science, au progrès…Je reste toutefois optimiste. Croyante, je suis émerveillée par la grandeur de Dieu universel, grand et subtil.Je côtoie quotidiennement les jeunes et je crois profondément en l’Algérien. L’Algérie, je n’en doute pas uninstant, se relèvera ! »,conclut le Pr. Louisa Chachoua-Mokhtari.
 L. B.



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