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N° 110 - Dec 2017

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Actualits

« Nous devons évoluer d’une société de consommation à une société productive »

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia devant les députés de l’APN :

Par Farid HOUALI



La préservation de la sécurité, la stabilité et l’unité du pays, y compris avec le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit et avec la modernisation de la gouvernance, constituent les axes majeurs du Plan d’action du gouvernement, présenté par le Premier ministre Ahmed Ouyahia devant les députés de l’Assemblée nationale populaire.
«Chacun de nous conviendra qu’il n’y a ni développement ni bien-être lorsque la sécurité est absente, lorsque la stabilité d’un pays est remise en cause, ou lorsque l’unité d’une nation est atteinte», a affirmé le Premier ministre Ahmed Ouyahia devant les parlementaires, ajoutant que «notre histoire récente nous a douloureusement appris cela et l’actualité à travers le monde nous en donne aussi de nombreuses preuves. C’est pourquoi le gouvernement ne ménagera aucun effort pour préserver la sécurité et la paix civile qui sont des fruits précieux de la réconciliation nationale.»
Réaffirmant que les forces de sécurité, à leur tête l’Armée nationale populaire (ANP), «bénéficieront de tout l’appui nécessaire pour poursuivre la lutte contre le terrorisme, pour combattre la criminalité transfrontalière et pour préserver l’intégrité du territoire national», Ahmed Ouyahia a soutenu que le gouvernement travaillera au développement d’une culture de vigilance qui sera d’un apport certain contre toute tentative d’attentat terroriste suicidaire, notamment en milieu urbain. Dans le même ordre d’idées, le Premier ministre a souligné que la préservation de la sécurité et de la stabilité «se poursuivra également par le canal d’une lutte sévère contre toutes les formes de criminalité », ajoutant que la prévention et la sensibilisation « seront mises en avant en direction des jeunes exposés aux maux sociaux, notamment la drogue ». Il a également fait savoir que la législation pénale « sera durcie contre certains crimes, tels que le trafic de drogue ou les enlèvements de personnes », assurant que la loi « sera appliquée dans toute sa vigueur pour préserver la sécurité et la quiétude des citoyens». Concernant la réforme de la justice, il a indiqué qu’elle sera « approfondie et contribuera à la promotion d’un Etat de droit et d’une société apaisée». « L’enracinement de la démocratie pluraliste sera poursuivi et contribuera à la stabilité du pays », a-t-il dit, précisant qu’à cette fin, le gouvernement «ne ménagera aucun effort pour promouvoir le rôle des partis dans leur diversité, pour consolider la liberté de la presse et le droit à l’information, et pour dynamiser la contribution du mouvement associatif et de la société civile». Par ailleurs, Ahmed Ouyahia a exprimé la disponibilité du gouvernement à être « toujours disponible » pour le dialogue avec tous les partis politiques «qui en exprimeront la demande, chaque fois que l’objet en sera l’intérêt de la collectivité nationale», ajoutant que l’exécutif «entretiendra une relation soutenue avec les partis de la majorité présidentielle qui constitue sa propre majorité au niveau du Parlement». S’agissant de la modernisation du service public, notamment l’administration territoriale, le Premier ministre a déclaré qu’elle « sera poursuivie à un rythme soutenu non seulement pour accompagner l’amélioration du climat des affaires dans notre pays, mais aussi pour répondre avec plus d’efficacité aux besoins des citoyens » et que la démocratie participative « sera renforcée au niveau local». Parallèlement, le Premier ministre a fait savoir que la société algérienne « sera à l’abri de toute tentative de raviver la fitna » et que le peuple algérien «sera protégé de l’infiltration des sectes étrangères». « La loi sera appliquée avec fermeté pour protéger les Mosquées ainsi que les imams», a-t-il affirmé, précisant que l’éducation islamique, les médias nationaux ainsi que les zaouïas «seront également mis à contribution pour préserver notre authenticité». Par ailleurs, Ahmed Ouyahia a assuré que l’unité du peuple algérien autour de son identité «sera consolidée grâce à la mise en valeur de l’arabe, langue nationale et officielle, dans nos actes, dans notre environnement, ainsi que dans notre culture», indiquant que l’officialisation de tamazight «sera confortée aussi par la mise en place de l’Académie algérienne de la langue amazighe, pour la promotion de cette langue». «L’enseignement de tamazight, qui couvrira 28 wilayas cette année, continuera de se propager à travers le reste du pays», a-t-il dit. «Mon propos sur ce sujet serait incomplet, si je ne rappelais ici, que c’est la volonté politique du Président Abdelaziz Bouteflika, traduite dans la constitutionnalisation de tamazight langue nationale officielle, qui permet désormais à notre pays de renforcer son unité avec cette dimension de notre identité nationale», a-t-il ajouté.

Sauvegarder l’indépendance financière du pays
Le Premier ministre a expliqué devant les députés l’approche du gouvernement quant à assurer l’équilibre entre la sauvegarde de l’indépendance financière du pays et la poursuite du financement de la construction nationale. Ahmed Ouyahia a tenu à relever dans ce sens, que les réserves de change, qui avaient atteint près de 200 milliards de dollars en 2014, s’étaient érodées à près de 100 milliards de dollars cette année. En réaction à une situation financière délicate, le gouvernement s’est attelé à une « politique de sauvegarde grâce au contingentement des importations » par la biais de licences, a-t-il ajouté, en précisant que cette politique sera «poursuivie et affinée» en même temps que sera renforcé l’investissement dans tous les secteurs productifs de sorte à augmenter et à diversifier les exportations. Pour le Premier ministre, «le défi de la sauvegarde de l’indépendance financière du pays concerne en fait toute la société, car c’est ensemble que nous devons évoluer d’une société de consommation vers une véritable société productive, une société qui réhabilitera le travail et l’effort, une société assainie des pratiques parasitaires du gain facile même en dehors du cadre de la loi et même au détriment de l’intérêt de la collectivité nationale». Rappelant que les avoirs du Fonds de régulation des recettes, qui ont culminé à plus de 5.000 milliards dinars en 2012, ont été épuisés au début de cette année par le fait de déficits budgétaires successifs, Ahmad Ouyahia a observé que le marché financier local n’était pas de taille à permettre au Trésor de s’y endetter, d’autant que les banques de la place se retrouvent elles-mêmes confrontées à une raréfaction des liquidités, ce qui ralentit le financement des projets d’investissement même lorsqu’ils sont rentables. Parallèlement, a-t-il poursuivi, le recours à l’endettement extérieur « a été judicieusement prohibé» par le président de la République pour éviter au pays le risque d’être pris dans la spirale des emprunts à l’extérieur, et de se retrouver, après quelques années, en situation d’insolvabilité envers ses créanciers et en obligation de solliciter l’aide du FMI en contrepartie d’un «ajustement structurel économiquement et socialement tragique». C’est ainsi que face à cette crise financière, le gouvernement a décidé de recourir au financement non conventionnel interne comme l’ont fait d’autres pays, développés, à la suite de la crise financière mondiale d’il y a quelques années, a-t-il argumenté, en indiquant qu’un projet de loi portant amendement de la loi relative à la monnaie et au crédit a été déposée au Parlement pour autoriser la Banque d’Algérie à acquérir directement des titres qui seront émis par le Trésor. Le Trésor public s’endettera ainsi pour financer les déficits du Budget et financera aussi le remboursement de ses importantes dettes vis-à-vis de Sonatrach ou des banques publiques engagées dans l’assainissement de Sonelgaz, de sorte que les banques publiques retrouvent des liquidités qu’elles utiliseront pour le financement de l’investissement économique, a-t-il détaillé. Il a, toutefois, tenu à préciser que ce financement exceptionnel, qui sera limité à une durée maximale de cinq années, serait accompagné de «réformes économiques et financières» pour rétablir l’équilibre des finances publiques et celui de la balance des paiements. Les emprunts que le Trésor public obtiendra auprès de la Banque d’Algérie, a-t-il renchéri, auront un «impact positif» direct sur les citoyens, car ils permettront de relancer ou d’achever des projets de développement humain gelés ou bloqués ces dernières années. Ces mêmes emprunts non conventionnels auprès de la Banque d’Algérie permettront à l’Etat de continuer de fonctionner normalement «sans devoir imposer aux citoyens de nombreux impôts nouveaux», a-t-il fait savoir. Ces financements auront également un «impact positif» sur les entreprises locales qui recouvreront leurs créances sur l’administration et pourront ainsi survivre et se développer, selon le Premier ministre.

Une option réfléchie
En réponse «aux voix qui ont accueilli l’annonce de recours au financement non conventionnel interne en prédisant au pays une explosion de l’inflation», le Premier ministre a tenu à rassurer que les fonds qui seraient empruntés par le Trésor auprès de la Banque d’Algérie ne sont pas destinés à alimenter la consommation mais à financer l’investissement public, «ce qui ne sera donc pas source d’inflation». De surcroît, a-t-il ajouté, le Trésor fait face actuellement à une dette publique qui ne dépasse pas les 20% du PIB et dispose ainsi d’une «marge raisonnable d’endettement». Tout en soulignant qu’en tout état de cause, l’Algérie «vient de s’assurer ainsi la sauvegarde de son indépendance financière et la poursuite de son effort de construction nationale», Ahmed Ouyahia a  réitéré que le gouvernement entendait accompagner cette solution avec les «réformes requises» pour que les Finances publiques retrouvent leur équilibre. Concernant le volet économique du Plan d’action du gouvernement, le Premier ministre a souligné que la démarche s’orientait vers une intensification de l’activité économique pour la création d’emplois et de richesses ainsi que pour une augmentation graduelle des exportations hors hydrocarbures. A cet effet, le gouvernement poursuivra les réformes en cours destinées à la modernisation du système bancaire et financier et pour une amélioration de la régulation commerciale, a soutenu le Premier ministre en annonçant que le gouvernement va agir dans douze  directions. Il a alors cité la «stabilisation» du cadre juridique et réglementaire des affaires pour permettre aux investisseurs de disposer d’une visibilité, l’élaboration d’une carte des opportunités d’investissements à travers le territoire national, le maintien de l’ensemble des avantage fiscaux et parafiscaux reconnus par la loi aux investissements y compris les avantages spécifiques destinés à encourager l’investissement dans les wilayas du sud et des hauts plateaux, et la satisfaction de la demande de foncier industriel. Il également fait part de la poursuite de la mise à niveau des entreprises publiques, la réactivation des aides agricoles et le rétablissement du soutien aux prix de l’aliment du bétail, la mise en valeur du foncier agricole disponible, la préférence à la production nationale et la promotion des exportations hors hydrocarbures.

F. H.



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