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N° 114 - Juin 2018

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Entretien

« Il faut toujours croire en ce qu’on fait »

Hocine Mansour Metidji, P-DG du groupe Metidji

Entretien réalisé par Saida AZZOUZ



El-Djazaïr.com : Quels étaient vos tous premiers pas dans l’entreprenariat ?

Hocine Mansour Metidji : Cela remonte aux années soixante-dix,  j’ai commencé à Relizane, avec mes frères, à ce moment-là nous avions repris une menuiserie industrielle qui était spécialisée dans les cabines sahariennes destinées au Sud du pays, notamment les écoles en préfabriqué. C’était une entreprise dénommée la Société Oranaise de Construction  qui avait beaucoup de difficultés, mais qui avait un petit plan de charge réparti à travers le territoire national. Quand nous avions repris l’entreprise, nous avions décidé de ne pas rester dans la menuiserie classique mais d’élargir notre investissement vers les constructions préfabriquées, secteur qui n’était pas investi par le privé, et dont le monopole de fait relevait de l’entreprise publique SNLB. Je me suis  dès lors spécialisé dans cette activité et j’avais commencé à fabriquer des cabines sahariennes, notamment les cabines laboratoires qui devaient être complètement équipées et disposer de toutes les commodités, notamment pour les compagnies pétrolières installées au sud, comme les filiales de Sonatrach ou les entreprises étrangères. Ces cabines devaient suivre les chantiers itinérants de forage, elles devaient donc être solides et  inébranlables. Ce qui m’a permis de me perfectionner et d’aller vers de gros chantiers comme, par exemple les bases de vie.  Des bases de vie qui, m’a-t-on dit, existent toujours, comme celle de Hassi Rmel réalisées par nous-même il y a près de 40 ans.

El-Djazaïr.com : Vous vous êtes lancés dans l’entreprise à un moment ou l’environnement n’était pas  très favorable au privé, vous n’avez pas eu d’appréhension ?

Hocine Mansour Metidji : Je me suis lancé dans l’entrepreneuriat, très jeune, vous savez quand on a 20 ans, on se dit que tout est possible quand la volonté y est. C’est vrai que ce n’était pas évident, nous étions à l’époque dans une certaine démarche économique, nous étions dans le « tout-public» ; mais on s’est accroché. Il faut dire, aussi, que la plus grande difficulté venait essentiellement de la non-disponibilité des matériaux adéquats, et c’est justement cette situation de pénurie qui m’a incité à créer une autre société Inoxal spécialisée dans l’emboutissage, c’était  nouveau. A l’époque, on manquait d’outillages de base et d’ustensiles plats en inox qui étaient soit importés, soit fabriqués de façon artisanale, mais qui ne répondaient pas  aux besoins de la demande intérieure tant en termes de quantité que  de qualité. J’avais donc lancé cette entreprise pour répondre, à ce moment-là, à un besoin crucial. Toujours selon le même principe et la même démarche et comme j’étais moi-même entrepreneur, j’avais des besoins importants en matériaux de construction et à  l’époque il fallait attendre des mois et des mois pour avoir un quota en matériaux de produits d’étanchéité. Dans le pays, les besoins étaient énormes, il y avait une seule entreprise d’Etat pour répondre à une demande importante. J’ai  donc créé Etanchal pour répondre à nos besoins propres et à ceux du marché national.
 
El-Djazaïr.com :  Etait-il facile,  à ce moment-là  de monter une entreprise ?

Hocine Mansour Metidji : Vous vous doutez bien que non, il y avait de nombreuses contraintes, la première c’était les démarches pour importer des équipements, il fallait demander des licences d’importations, je rappelle qu’à l’époque il y avait l’Autorisation globale d’importation (AGI) qui n’était accordée qu’au secteur public. Ensuite il y eut  l’ouverture au privé avec  l’OSCIP (Office national pour le suivi et la coordination de l’investissement privé) créé en 1983 par les pouvoirs publics et qui s’était vu confier la mission de régir, d’orienter l’investissement privé et d’assurer son intégration dans le processus national de planification, c’est à ce moment-là que j’ai créé Inoxal et Etanchal. J’avais choisi ces deux créneaux parce dans le secteur du bâtiment, nous connaissions  des problèmes réels d’approvisionnement en matériaux et en outillage. Il faut dire aussi que l’OSCIP, qui devait respecter le plan annuel de production nationale élaboré par le ministère de la Planification, nous orientait et nous conseillait d’investir dans tel ou tel secteur. Il y avait également des secteurs où il n’était pas permis d’investir. C’est pour cela que j’ai choisi le secteur de l’emboutissage pour avoir une diversification de produits en inox ou d’autres produits en acier normal.

El-Djazaïr.com : Comment êtes-vous passé du secteur du bâtiment vers celui  l’agroalimentaire qui, aujourd’hui,  constitue l’essentiel de l’activité du groupe ?

Hocine Mansour Metidji : En  1994, avec l’ouverture du commerce extérieur au privé, j’ai créé la société Le Comptoir du Maghreb, par l’intermédiaire de laquelle j’ai commencé à importer des produits comme la farine, la semoule, les pâtes, d’ailleurs notre société était leader dans ce créneau-là. Avec cette société j’ai importé des céréales destinées à la vente, notamment aux entreprises publiques ERIAD, qui étaient spécialisées dans la transformation du blé.

El-Djazaïr.com : Le fait d’être issu d’une famille d’agriculteurs  a-t-il pesé sur votre « réorientation » vers le secteur de l’agroalimentaire ?

Hocine Mansour Metidji : En fait, ce n’était pas une réorientation, dès que je me suis lancé dans l’entrepreneuriat, j’avais déjà un projet dans les moulins de trituration de céréales, j’avais  même bénéficié d’une licence pour le réaliser. Hélas, la dévaluation du dinar a fait que je n’ai pas pu concrétiser ce projet-là. J’avais laissé de côté l’idée, sans jamais l’abandonner. C’est à partir de cette époque que j’ai commencé à importer de la farine. Il y avait un manque de ce produit sur le marché national, l’ENIAL, une entreprise publique, qui importait ce produit n’arrivait pas à couvrir le marché. Ensuite, il y a eu la décision des pouvoirs publics d’encourager la création de moulins au niveau national dans le cadre de la substitution aux importations des farines et semoules. L’opportunité s’étant ainsi présentée, et  fort de cela j’ai  donc investi dans la trituration de céréales en réalisant les moulins dédiés à la  transformation des blés et la fabrication de pâtes.

El-Djazaïr.com : Et c’est depuis que vous avez investi le secteur de l’agro-alimentaire avec la transformation de céréales et la production de pâtes ?

Hocine Mansour Metidji : En vérité, l’idée d’investir ce créneau, je l’ai toujours eue. Originaire de Tiaret, j’étais toujours resté attaché à la terre. J’ai facilement investi ce créneau parce que je  connaissais très bien la terre et les céréales. Vous savez quand on est issu d’une famille d’agriculteurs, on a inévitablement un rapport particulier à la terre.    

El-Djazaïr.com : Vous avez créé une marque, aujourd’hui mondialement protégée Safina, le nom ne reflète pas du tout cet attachement à la terre…

Hocine Mansour Metidji : Vous savez, une marque ne doit pas nécessairement refléter un état d’esprit, même si, quand on se met en quête d’un nom pour un produit, on essaie d’en trouver un qui véhicule un message. J’ai pensé à « Safina », parce que nous étions dans l’importation de blé, parce que Safina, est une embarcation qui raccourcit les distances, qui réunit…  Même le slogan de la marque « C’est Safina qui nous réunit » traduit cet état d’esprit.

El-Djazaïr.com : Vous avez dans le cadre des privatisations, acquis 2 unités d’ERIAD, qu’est ce qui a motivé ce choix ?

Hocine Mansour Metidji : Ces acquisitions répondaient à un double objectif, d’abord élargir notre base productive dans le cadre de la stratégie de développement que nous avions élaborée en vue de permettre à notre groupe de renforcer sa spécialisation et d’atteindre la masse critique nécessaire pour devenir un leader national dans l’agro-industrie, ensuite montrer notre volonté citoyenne de nous inscrire dans la politique de privatisation des entreprises publiques économiques initiée par les hautes autorités de l’Etat. C’est dans ce cadre que notre groupe a  acquis deux unités d’ERIAD, l’une à Maghnia, l’autre à Sig. Nous nous étions engagés avec les pouvoirs publics sur un montant précis à investir pour nous retrouver en bout de course à investir 3 fois et demi ce qui était prévu, que ce soit en investissement de développement, en modernisation, en rénovation qu’en maintenance des équipements, tout cela en maintenant les emplois existants et en en créant de nouveaux. Les chiffres sont là pour le démontrer. Notre groupe fait de la transformation agro-alimentaire notre cœur de métier même si cela n’a pas toujours été évident ni facile.

El-Djazaïr.com : Vous vous êtes lancé dans l’export, on peut dire que vous êtes un pionner, qu’est-ce qui vous a décidé à tenter l’aventure de l’export dans un contexte économique dominé par l’import import?     

Hocine Mansour Metidji : En ce qui nous concerne, ce n’est pas nouveau, nous avons commencé en 1987, à exporter dans le cadre du remboursement de la dette russe. Nous l’avions fait en exportant les produits en inox, pour un volume de 3 millions de dollars et en produits d’étanchéité pour 10 millions de dollars. Nous avions exporté des produits d’étanchéité destinés aux pays de grand froid. Produits fabriqués par Etanchal. Aujourd’hui, dans un tout autre contexte, nous exportons les produits Safina. L’acte d’exporter n’est pas facile, même si vous avez des produits de qualité répondant à toutes les normes exigées dans le marché que vous visez. Nous, notre métier c’est la transformation des céréales en produits prêts à être consommés ou à être utilisés, dans le strict respect des normes universelles en vigueur en la matière. Mais pour vendre ces produits dans un pays étranger on ne peut pas le faire tout seul, il faut que l’on soit accompagné par des relais dans les pays que nous voulons pénétrer, tels un comptoir et des banques, bref des opérateurs spécialisés dans le domaine de l’export, vous savez l’exportation est devenue aujourd’hui un métier à part entière. Nous avons aussi besoin de véritables VRP ce qui manque cruellement aujourd’hui en Algérie et nous avons besoin, surtout et avant tout, d’une stratégie nationale d’exportation.

El-Djazaïr.com : Justement en parlant de stratégie, les pouvoirs publics annoncent la mise en route à partir de 2019 d’une Stratégie nationale d’exportation.

Hocine Mansour Metidji : C’est une excellente nouvelle d’autant plus qu’aujourd’hui les problèmes sont identifiés, les exportateurs ont, et à maintes reprises, posé les problèmes, identifié les contraintes et surtout proposé des solutions dans divers cadres, notamment celui de l’Anexal, dont nous sommes membres depuis sa création, du FCE, dont nous sommes membre-fondateur, que dans le cadre des activités de la Chambre de commerce de notre région d’implantation, dont j’ai eu à présider les destinées durant deux mandats.  Notre implication, notre engagement et notre expérience dans les activités des associations et des organisations socio-professionnelles aux côtés d’autres collègues opérateurs économiques publics et privés nous ont permis de cerner avec exactitude les contraintes qui se posent à notre économie. Et c’est justement cette expérience que nous mettons au service de notre pays.

El-Djazaïr.com : Vous avez en 2012 créé, à  Mostaganem, un Centre d’élevage moderne dédié à la production de chevaux de différentes races, quelles étaient et quelles sont vos motivations ?

Hocine Mansour Metidji : Toujours les mêmes, le retour aux sources : nous sommes de Tiaret et le cheval est présent partout. Comme vous le savez, les rapports avec le cheval sont très forts dans cette région. Le cheval fait partie de notre patrimoine, celui de notre famille et de la région. Il était donc logique pour nous  d’investir dans le cheval qui est loin d’être rentable financièrement comme certains se plaisent à le penser, bien au  contraire. La jumenterie de Tiaret qui était un grand centre d’élevage équin, de renommée internationale, a  périclité. Ce déclin nous l’avons mal vécu. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons coédité un ouvrage qui raconte l’histoire de la jumenterie de Tiaret, pour récupérer ce qui a été perdu en matière d’archive et de génétique, c’est une partie de notre patrimoine qui a disparu et c’est dramatique, nous essayons aujourd’hui de le reconstituer. C’est un engagement moral envers notre histoire et notre patrimoine.

El-Djazaïr.com : Jeune Afrique a classé le groupe Metidji,  en 2015 dans le top 500 des entreprises africaines.

Hocine Mansour Metidji : Nous avons été approchés, nous avons communiqué nos chiffres et le classement s’est fait sur cette base-là. C’est une satisfaction pour nous de contribuer au rayonnement économique de notre pays à l’échelle continentale et internationale, car nous sommes convaincus qu’en joignant nos efforts à ceux des pouvoirs publics nous ne pouvons qu’hisser l’Algérie au niveau qui doit être le sien.  La plus grande satisfaction pour un entrepreneur, c’est de voir son projet aboutir et être inauguré par le premier magistrat du pays, comme ce fut le cas pour les Grands Moulins du Dahra inauguré par son Excellence le Président de la République le 13 mars 2002.      
      
S. A.

Chiffres  et dates clés

Chiffres :

07 filiales
S.P.A Les Grands Moulins du Dahra,
 S.P.A Les Moulins de la Chorfa,
S.P.A La Maïserie de la Tafna
 S.P.A Comptoir du Maghreb,
S.P.A Metidji Transport de Marchandise
S.P.A Etanchal et SPA GIBAT
2000 collaborateurs

05 marques :
 Safina, Hanina, Ceregal,Choco Doub, Kenzy 
130 références  

05 certifications et accréditations
ISO 9001/2008: maîtrise organisationnelle.
ISO FSSC 22000 : la garantie de produits sûrs.
Accréditation des laboratoires du groupe à la norme ISO 17025 : reconnaissance internationale de la conformité produit.
ISO 14001: maîtrise environnementale.
 Mise en place des référentiels HACCP et HSE : respect des bonnes pratiques.

13 pays accueillent les produits du groupe Metidji
07 millions de m2 de produits d’etancheité, bitumes et membranes produits annuellement par Etanchal 
21 millions de kilomètres parcourus annuellement par la flotte
900.000 tonnes de marchandises transportées.
450.000 tonnes d’aliments de bétail produits annuellement  
Groupe algérien 100%

Dates :
1986 : Création de la première filiale Spa Etanchal
1999 : Création de la SPA les comptoirs du Maghreb
2001 : Création de la SPA les Grands moulins du Dahra
2004 : Création DE LA SPA  MTM
2005 : Acquisition de la SPA Maisserie de la Tafna
2005 : Acquisition de la Spa les Moulins de la Chorfa
2005 : Création de la SPA Metidji Holding
2016 : Création de la SPA GIBAT



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