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N° 126 - Jan 2020

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Dossier

Un nationaliste sans égal

Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah

El-Djazair.com



Le défunt général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire était un homme qui parlait peu, mais qui maîtrisait parfaitement les techniques de la communication, lorsque les circonstances exigaient son intervention au nom de l’institution militaire. A l’inverse d’un grand nombre de politiciens dont les discours avaient atteint depuis très longtemps le niveau de l’inflation, il ne s’etait jamais laissé tenter par le verbiage occasionnel et le bavardage circonstanciel transformés en ligne de conduite par une infime partie d’une classe politique vouant une véritable obsession aux manifestations factices et ostentatoires. Il est vrai que ni son rang, ni ses fonctions ne le prédestinaient à courir d’une tribune à l’autre ou à chercher à s’illustrer à des fins de «marketing », mais quand la situation l’imposait, il n’hésitait nullement à exprimer sobrement et sans fioritures, en sa qualité d’avis autorisé, le point de vue d’un Haut commandement de l’Armée bien imprégné des valeurs républicaines. Elevé dans le respect absolu des principes patriotiques, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah qui incarnait la filiation historique de l’Armée nationale populaire à la glorieuse Armée de libération nationale avait toujours su s’élever au dessus des contingences, des conflits d’intérêt et des ambitions individuelles. Chez lui, ce n’était pas uniquement un trait de caractère que le temps n’était pas encore arrivé à émousser, mais une attitude réfléchie prenant ses racines dans le combat libérateur que les Algériens avaient mené contre l’ancienne puissance colonisatrice.

 

Une vie au service de la Nation

Le dynamisme dont il avait fait montre afin de faire aboutir le programme de modernisation de l’ANP ne constituait pas une allégeance conjoncturelle exprimée à l’endroit d’un chef d’Etat soucieux de s’assurer le soutien actif de l’armée. Cette lecture est le fruit putréfié des imaginations débridées qui ne concevaient  pas le fait que le régime algérien soit réellement en mesure de gérer sereinement sa mutation. Elle n’était rien d’autre qu’une énième élucubration à inscrire sur le compte de ceux qui n’avaient  jamais « toléré » que l’édifice algérien reste debout malgré les multiples appels à la sédition à peine déguisés provenant d’officines qui cherchaient à déstabiliser le pays. En cumulant inhabituellement la fonction militaire de chef d’état-major et celle politique de vice-ministre de la Défense, qui ne peuvent se concevoir que dans un état d’exception, Gaïd Salah a eu à jouer un rôle éminent durant cette période si sensible, si ambiguë qui a précédé le rendez-vous électoral du 12 décembre 2019 Dans tous les pays du monde y compris les puissances occidentales, hormis le chef de l’Etat, aucune personnalité civile quel que soit son rang ou sa position dans la hiérarchie politique ne peut prétendre à un droit de regard intégral et sans limites sur toutes les questions militaires. Quand il s’agit des Etats-Unis d’Amérique, du Canada ou de la Grande Bretagne, certains esprits « bien pensants » admettent bien volontiers cette réalité, mais quand il est question d’un pays comme l’Algérie qui doit faire face à d’énormes défis sécuritaires tout au long de ses frontières terrestres, on refuse une telle réalité. Et pourtant, il est facile de constater que le contexte régional est tout à fait exceptionnel.

Un simple survol de la carte suffit largement pour nous renseigner sur les charges supportées par le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah. A l’ouest, ses hommes interviennent régulièrement dans la lutte contre les narcotrafiquants et procèdent à des saisies record de résine de cannabis provenant du Maroc. Au sud, ses troupes sont chargées de la surveillance d’une bande frontalière longue de plus de 1300 km. Au-delà de cette frontière séparant l’Algérie du Mali et du Niger, des bandes criminelles contrôlant le trafic de stupéfiant et d’armes écument des zones dont la superficie est plus grande que celle de certains pays européens. La preuve de leur connexion avec le terrorisme est établie depuis des années. C’est aussi à travers cette frontière que les cartels sud américains tentent de faire passer de petites quantités de drogue dure, en utilisant les réseaux locaux qui contrôlent l’immigration clandestine. A l’est, la mobilisation des militaires est quasi permanente en raison de la situation sécuritaire critique prévalant en Lybie et qui menace, à l’ombre d’une grave crise politique sans précédent, de se propager en Tunisie. La situation est exceptionnelle et les défis sont énormes.

Des enjeux extérieurs complexes

En confiant au général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, la vice-présidence de la Défense en plus de l’état-major de l’ANP, l’ancien chef de l’Etat n’avait fait que répondre de manière inédite à un contexte extérieur non moins inédit. Ahmed Gaïd Salah a dirigé les secteurs opérationnels sud et centre de la 3ème région militaire (Béchar) avant d’occuper successivement les postes de commandant adjoint de la 5ème région militaire (Constantine), commandant de la 3ème région militaire, commandant de la 2ème région militaire (Oran) et commandant des forces terrestres. Il avait dirigé en outre l’école de formation des officiers de réserve de Blida. En sa qualité de chef d’état-major de l’ANP, poste qu’il occupa jusqu’à son décès, il était  considéré comme l’officier supérieur le mieux placé pour faire aboutir le processus de modernisation et de professionnalisation d’une armée dont il connaît tous les rouages. Sa nomination au poste de vice-ministre de la Défense, suite au remaniement du 11 septembre 2013, et le recouvrement par l’armée de certaines prérogatives, que la lutte contre le terrorisme et la subversion intégriste avait affectées à d’autres corps, constituent une partie du réaménagement du dispositif sécuritaire que l’Algérie a été amenée à opérer afin de riposter aux multiples menaces extérieures qui la guettent. Ceux qui insistent sur la question du cumul, soit ils n’ont rien compris aux enjeux réels partiellement dévoilés par une effroyable tragédie humaine qui se déroule en Somalie, en Lybie, au Mali, en Centrafrique, et à un degré moindre au Niger, au Soudan, en Tunisie et au Nigéria, ou ils font de la diversion. Cette question de cumul qui n’en n’est pas un en réalité et qui tracassaient  tant certains analystes autoproclamés ne constitue, ni plus, ni moins, qu’une réplique d’urgence adaptée à une conjoncture régionale exceptionnelle. Il s’agit en effet de deux missions se complétant qui, dans les conditions extra-muros actuelles doivent être assumées par un seul homme. Sur le plan purement militaire, elle permettait au général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah d’assurer, grâce à profonde connaissance du terrain et à sa riche expérience, une maîtrise opérationnelle optimale en mesure de limiter les éventuels impondérables que pourrait engendrer cette dispersion des troupes tout au long des frontières algériennes. Sur le plan politique, elle permet d’éliminer tous les risques d’interférences liés aux conflits de compétence et offre, en outre, une meilleure lisibilité au Premier ministre, informé, ainsi, en temps réel de l’évolution de la situation sécuritaire. Il ne faut pas perdre de vue aussi qu’en plus de son rôle dans la défense de l’intégrité territoriale, l’Armée nationale populaire est également un opérateur économique de grande envergure dotée d’une branche industrielle très performante.

La place qu’occupait le général de corps d’armée dans le gouvernement n’avait rien de protocolaire au regard des nombreux projets économiques que l’ANP est en train de réaliser au niveau des différentes régions du pays. Sa qualité de chef d’état-major de l’ANP renforcait davantage le potentiel gouvernemental dans un contexte régional complexe et sensible imposant à l’Algérie et à son armée des efforts logistiques gigantesques sur tous les plans. Admettre le contraire, ou prétendre que ces réaménagements sont inspirés par des calculs politiques, c’est faire preuve d’un aveuglement criminel face aux multiples plans qui visent à déstabiliser l’Algérie et l’empêcher de poursuivre son programme de développement. Suggérer par des moyens détournés que le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah cumulait deux fonctions que « beaucoup » estiment « contradictoires», c’est faire montre d’une incroyable ignorance d’une armée qui a toujours su défendre les intérêts du peuple et de la nation dans les moments les plus difficiles que l’Algérie a traversés depuis son indépendance. Commenter de façon superficielle un sujet d’une telle importance sans se donner la peine d’approfondir la réflexion, c’est faire le jeu de tous ceux qui ne veulent pas que l’Algérie érige un véritable complexe militaro-industriel consolidant son indépendance. Ceux qui n’ont pas encore compris cette problématique doivent approfondir leurs connaissances ou devront patienter jusqu’au jour où le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah renaitra pour leur expliquer sur sa page Facebook les tenants et les aboutissants des profondes mutations qui touchent l’Algérie et l’ensemble de ses institutions !

El Djazaïr

 



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