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N° 125 - Dec 2019

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Dossier

La naissance d’une Algérie nouvelle

Élection présidentielle du 12 décembre

Par Rafik BITOUT



« Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis. C’est ce qui est mentionné dans l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948. Ce libre choix ne doit se subir que par l’intermédiaire d’un vote, d’une urne, d’une expression de choix et de voix. Que ceux qui sont pour un candidat aillent voter. Que ceux qui en sont contre le fassent aussi. Ne pas y aller s’assimilerait à une destruction collective de tous nos personnages. Voter, c’est comme un acte de production », soulignait sur ces mêmes colonnes le chroniqueur et écrivain El-Yazid Dib, pour qui « jeter la semence ou jeter sa voix dans les sillons ou dans les urnes, savoir attendre la récolte ou le dépouillement dépendra en grande partie d’un oracle divin ou d’un arrêt du Conseil constitutionnel. C’est à chaque station électorale que l’on s’apprête à vouloir dire tout bonnement, pour une élection pourtant chronologiquement à temps : que celle-ci est différente, particulière ou, en fait, pas comme les autres. Sinon que la conjoncture n’est pas identique. » En effet, en quoi la présidentielle du 12 décembre 2019 puisse-t-elle se prévaloir d’avoir des atouts ou des aléas tout aussi divers que celles qui l’ont précédée ? Et pourtant le contexte n’est pas le même. Puisque c’est le peuple qui a exigé, un matin du 22 février 2019, le changement et l’application des articles 7 de la Constitution adoptée en 2016 stipulant que « le peuple est la source de tout pouvoir » et que « la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple », et de l’article 8 réaffirmant que « le pouvoir constituant appartient au peuple » et que « le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne et qu’il (le peuple) l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus ». Aspirations légitimes, à commencer par l’instauration de la souveraineté populaire. Le retour de la souveraineté à qui de droit – le peuple – est le préalable fondamental qui permettra d’asseoir des institutions investies par la volonté populaire, prélude à l’instauration d’une véritable démocratie au sein du pays et fondement de tout projet de refondation de l’Etat algérien. Un peuple qui a retrouvé une conscience citoyenne qui lui a permis de rester uni autour d’un mot d’ordre de retour à une démocratie véritable, seule garante de paix et de stabilité en Algérie, prouvant ainsi qu’il est un peuple des grands défis, un seul peuple uni, dont le parcours national ne saura être impacté par les entraves qui se trouvent sur son chemin. Un préalable à l’édification d’un Etat de droit, à une justice indépendante, au respect des libertés individuelles et collectives, à une justice sociale et à l’abolition des privilèges et du clientélisme. Une exigence ayant abouti à la démission de l’ancien président de la République Abdelaziz Bouteflika, après quatre mandats. Idem pour la loi, même si la procédure du cheminement du dépôt de voix, nonobstant les variations étudiées y apportées, reste toujours empreinte de doutes et de suspicions. En effet, la création de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), présidée par Mohamed Charfi, ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux, a dans l’apparence légale un caractère d’une volonté politique d’approfondir davantage l’esprit de démocratie et de neutralité dans les institutions concernées. Comme elle est venue en toute légitimité corroborer l’esprit de neutralité et de crédibilité. D’ailleurs, en vue de conférer la transparence et l’intégrité à cette élection – dont l’objectif est au-dessus des conceptions de certains individus  du fait qu’elle constituera une plate-forme solide pour les échéances électorales futures, comme elle représente la base du changement du régime qui n’a eu de cesse de compter sur les méthodes corrompues et disperser les coalitions devant la primauté de maigres intérêts –, il a été procédé à la révision de plusieurs aspects relatifs au scrutin, à travers la prise de nouvelles mesures, à l’instar du changement des procès-verbaux. L’enjeu est d’être franc et transparent. Soit un véritable verdict des urnes. De toutes les urnes. Comme le souhaite, en plus des cinq candidats proclamés officiellement tant par l’Autorité nationale indépendante des élections que par le Conseil constitutionnel, la majorité du peuple appelé à choisir en toute conscience son prochain idylle, comme disait Pierre Corneille, dans l’une de ses œuvres : « C’est à vous de choisir mon amour ou ma haine. » Je vote ou je boycotte ? That is the question ! D’autant plus que les défis à venir sont importants. Ils nous imposent de la rigueur, de la concertation, de l’exemplarité, de l’intégrité et surtout l’implication de toutes et de tous. Le choix, certes, taraude les esprits. Entre les partisans du vote et ceux du boycott, il n’y a qu’en entrefilet. Et le temps presse. De ce fait, seul un retour à la stabilité politique pourra permettre à l’Algérie de reprendre ses réformes économiques, de diversifier ses activités, mais surtout de relancer l’investissement. La réussite de la prochaine élection présidentielle pourrait bien être le début du retour à la stabilité et à la légitimité tant attendue. Sur ce point, même s’il semble fermé, le jeu est ouvert. En effet, le fait déjà de se rendre à l’urne le jour du scrutin sera déjà une prise de conscience conformément à l’esprit cartésien : « Je m’exprime ! » Aller vaquer à ses occupations personnelles ce jour, c’est faire les affaires de la « bande » et des fraudeurs.

 

Cinq à la une

Il est admis qu’une élection se gagne d’abord par la création d’une conviction utile chez l’électeur. Une gymnastique intellectuelle à laquelle les cinq candidats en lice (l’ancien Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, l’ancien ministre du Tourisme Abdelkader Bengrina, président du parti El Bina El Watani,  l’ancien chef du gouvernement Ali Benflis, président du parti Talaie El Houriyet, Abdelaziz Belaid, président du Front El  Moustakbal, et l’ancien ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, Secrétaire général par intérim du RND) ont pris part durant les trois semaines de campagne électorale pour convaincre le plus large électorat. Le succès dépend de la crédibilité de tout un chacun et de sa force de persuasion. Car le boycott, qui, dans certaines situations, semble avoir une posture d’une décision politique, somme toute normale, est loin, en cette phase cruciale, de prétendre résoudre la crise multidimensionnelle qui secoue le pays depuis fort longtemps. Le boycott, certes, une arme politique citoyenne non violente, demeure, en dépit de tout, une arme du faible contre le fort en l’absence de substitut, qui ne fera qu’accentuer les susceptibilités. D’autant que l’élection se gagne avec l’électorat et non avec des promesses. « Ne demandez pas à une dinde de voter pour Noël », disent les Britanniques. En clair, on ne peut attendre d’un être – même supposé dépourvu de rationalité comme un gallinacé – d’aller contre son propre instinct de conservation. Les dindes, ne croyant ni au salut ni à la réincarnation, préfèrent les délices de la vie terrestre et votent « non » à Noël. Tout comme le citoyen. Ce citoyen, qu’on se rappelle le temps d´un scrutin, reste frustré par des expériences antérieures négatives de par les promesses non tenues. Le citoyen, loin d´être dupe, surveille le déroulement de la campagne avec un œil avisé, une campagne où il ne veut pas être le dindon de la farce.

 

Une charte d’éthique

Pour un fair-play électoral, les cinq postulants à la magistrature suprême se sont engagés à respecter une charte d’éthique, sous l’égide de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) et formant le cadre du comportement moral attendu des acteurs participant au processus électoral. Cette charte expose les principes directeurs auxquels doivent se soumettre les candidats participant au processus électoral. Le document stipule que le comportement moral relatif au processus électoral entend le respect des principes démocratiques de base à travers le libre exercice des droits démocratiques sans intimidation, notamment le droit de se porter candidat, le droit de vote, le caractère secret du vote, la transparence du financement des campagnes électorales ainsi que l’indépendance et la neutralité de l’institution en charge des élections et des services qui en dépendent. Les acteurs participant au processus électoral ont souscrit, en vertu de la charte, aux principes d’élections libres et intègres, au respect des lois électorales, au renforcement de la confiance du citoyen par rapport à l’intégrité du processus électoral et à la défense des droits démocratiques des Algériens. Les participants à la présidentielle sont tenus, par ailleurs, de fournir les efforts nécessaires en vue de mener un vote idoine et équitable et de garantir son caractère secret, et doivent agir de façon à renforcer l’intégrité du régime électoral. De leur côté, les candidats et les partis politiques participant aux élections s’engagent notamment à faire des déclarations publiques véridiques et doivent s’abstenir de tous propos diffamatoires, insultes, invectives envers un autre candidat ou acteur du processus électoral et toute autre déclaration qu’ils savent être erronée. La charte définit les engagements des médias nationaux, appelés au respect de la période du silence électoral fixé à trois jours précédant le scrutin, et exige le respect des dispositions de la loi portant interdiction d’utilisation de tout moyen publicitaire commercial à des fins de propagande lors de la campagne électorale. « La signature par l’ANIE et les candidats à la présidentielle témoigne de l’engagement de tous dans le processus de contribution à l’émergence de l’Etat consensuel, fondé sur le libre choix pour tous, en toutes circonstances et chaque fois que nécessaire », a souligné Mohamed Charfi. Tandis que Salah Goudjil, président par intérim du conseil de la Nation, a indiqué que cette charte « témoigne de la crédibilité de la prochaine échéance et de la justesse de la voie empruntée... dans le cadre de l’instauration d’une véritable démocratie à laquelle œuvrent et aspirent les Algériens, marchant, ainsi, sur les pas de leurs aïeux, martyrs et moudjahidine, qui ont fait le miracle éternel de novembre ».

 

L’ère de la fabrication des Présidents révolue

Les engagements de l’Armée nationale populaire de rompre avec l’ère de «faiseuse de Présidents» et l’«indépendance» dont jouit l’Autorité nationale indépendante des élections constituent des gages à même de garantir la «sincérité» du prochain scrutin présidentiel, a indiqué le président de l’Autorité nationale indépendante des élections, Mohamed Charfi. « C’est une chance que notre Armée nationale populaire s’engage à ne plus s’immiscer dans la « construction des Présidents ». C’est un pas important qu’on doit considérer comme un acquis et s’en prévaloir demain et pour l’éternité. L’engagement de l’armée, à ne pas se mêler de la politique, nous évitera le scénario de janvier 1992. Les gens doivent prendre conscience qu’une déclaration comme celle d’El Djeïch, qui affirme que « l’ère de la fabrication des Présidents est révolue » est une rupture qui « est annoncée », a affirmé Mohamed Charfi, invité de la Chaîne III de la Radio nationale. Ce serment de l’institution militaire constitue un engagement à même de garantir la neutralité et la transparence de l’élection présidentielle. « Toute pression, toute interférence sur l’autorité va démentir cet engagement de l’institution militaire. C’est un des acquis les plus importants de la période que nous traversons », a ajouté le président de l’Autorité nationale indépendante des élections. En effet, la loi confère à cette autorité une « indépendance de toute allégeance politique», a précisé l’ancien ministre de la Justice.  De ce fait, le résultat final de l’élection présidentielle du 12 décembre se doit d’être le reflet de l’exercice d’un droit de citoyenneté. Unique moyen civilisationnel d’expression. Voter reste en fait le dernier certificat de vie lorsque l’agonie ronge le corps moribond d’une démocratie tenue en proie. Il est essentiellement le premier droit d’expression

  R. B.



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