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N° 119 - Fev 2019

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Dossier

Plein gaz sur l’Europe

L’Algérie ambitionne d’augmenter ses exportations de gaz naturel

Par Smail ROUHA



L’Union européenne apparaît comme un colosse aux pieds d’argile pris entre l’enclume américaine et le marteau russe en raison du Nord Stream 2 et du TurkStream, deux ambitieux projets de gazoduc russes au cœur des tensions géopolitiques entre la Russie et les États-Unis du fait que Washington soupçonne Moscou de vouloir renforcer la dépendance énergétique des Européens. En 2015, l’Union européenne dépendait, pour 54% de sa consommation d’énergie, de ses importations. Confrontés à la perspective d’une augmentation de la consommation de gaz et de devoir importer une grande partie de ses besoins énergétiques au cours des prochaines années, l’Union européenne est soucieuse d´assurer la sécurité et la diversité de ses approvisionnements. Dans un contexte relativement tendu avec la Russie en raison du projet Nord Stream 2, qui devrait permettre à Moscou de consolider sa place de premier fournisseur de gaz à l’Europe (41 % du gaz importé provient déjà de Russie), bloqué par le Danemark sous prétexte d’évaluer l’impact environnemental de la construction de cet immense tube de plus de 1 200 km, qui doit passer par ses eaux territoriales, l´UE cherche à sécuriser ses approvisionnements en énergie tout en diversifiant ses fournisseurs afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie. Dans ce contexte, l´Algérie est fortement sollicitée. Dans cette perspective, l´Union européenne espère conclure «rapidement» un accord de renégociations des contrats de fourniture de gaz algérien à long terme vers des pays de l’Union européenne. «Le commissaire de l’Union européenne nous a fait part de sa satisfaction quant à la fourniture par l’Algérie de gaz à l’Europe. Les contrats qui sont arrivés à terme sont en train d’être négociés », a révélé Mustapha Guitouni, ministre de l’Energie, lors d’une conférence de presse qu’il a coanimée avec le commissaire européen en charge de l’Action pour le climat et l’énergie, Miguel Arias Canete, à l’issue de la 3e réunion annuelle de haut niveau sur l’énergie entre l’Algérie et l’UE. A ce sujet, le commissaire européen en charge de l’action pour le climat et l’énergie a souligné que l’Algérie demeure un fournisseur «fiable» de l’Europe. «Du côté de l’Union européenne, notre premier souci, c’est la sécurité en matière énergétique. L’Algérie est l’un de nos principaux fournisseurs : 13% des importations de gaz naturel de l’Union européenne viennent d’Algérie. C’est un partenaire fiable avec lequel on n’a jamais eu de problème», a-t-il soutenu. «Nous espérons rester l’un des principaux clients de l’Algérie en matière de gaz», a indiqué le haut responsable européen tout en précisant que « les volumes d’exportation de gaz naturel algérien vers l’Union européenne vont rester constants », écartant ainsi toute remise en cause des contrats à long terme de gaz conclus entre l’Algérie et l’UE à l’avenir. Une affirmation confirmée par Mustapha Guitouni, ministre de l’Energie, assurant que le renouvellement des contrats de gaz se faisait le plus normalement du monde. «La majorité des contrats qui lient l’Algérie et l’Union européenne a été signée de façon normale. Ceux qui restent sont en train d’être négociés avec la délégation qui se trouve actuellement à Madrid (Espagne, Ndlr)», a-t-il ajouté. Sur sa lancée, Miguel Arias Canete a annoncé qu’une feuille de route a été élaborée par les deux parties pour renforcer leur partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie au cours des prochaines années.

La meilleure alternative énergétique de l’Europe
Quant aux conséquences de la décision du Parlement européen de diminuer la consommation énergétique de l’Europe sur les approvisionnements de l’UE, Miguel Arias Canete a estimé que les exportations de gaz de l’Algérie vers l’UE resteront tout de même constantes. «On aura une diminution du gaz mais nos importations vont rester plus moins constante», a-t-il affirmé tout en soutenant que l’Union européenne a développé une double stratégie d’approvisionnements via le GNL et les gazoducs. «L’Algérie possède un potentiel énorme en matière de production de gaz naturel et aussi en gaz de schiste. Nous pensons que le GNL va devenir important. C’est pour cela que l’UE a développé une stratégie qui s’ajoute à ses accords. Si on veut une sécurité d’approvisionnement, on aura besoin de partenaires fiables comme l’Algérie pour les gaz des gazoducs, mais aussi on doit avoir du GNL», a-t-il souligné. Du fait que le gaz, ressource énergétique, tend à devenir la nouvelle arme politique, d´une part, et une assurance-vie, d´autre part, l´Union européenne s´efforce, depuis quelque temps, d´élaborer une politique énergétique commune. «En tant qu´Union, nous sommes un client majeur pour les fournisseurs et en tant que consommateurs, nous avons un pouvoir d´achat considérable», notait en 2006 l’ex-commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qui ajoutait que «nous devons travailler ensemble pour obtenir le meilleur accord et la plus grande sécurité pour tous les Européens ». En effet, grâce à son potentiel énergétique, l’Algérie peut assurer l’approvisionnement de l’Europe et être «sa meilleure alternative», a déclaré le P-DG du groupe italien ENI, le 17 avril, à Oran.
L’Algérie est un «fournisseur important de gaz pour l’Europe» et a les atouts pour devenir sa «meilleure alternative énergétique», a déclaré Claudio Descalzi, P-DG du groupe italien ENI, lors de la 11e édition des journées scientifiques et techniques organisée par Sonatrach.
«L’Algérie a le potentiel pour atteindre une croissance à long terme en raison de sa position géographique et de sa dimension. Elle a le plus grand dépôt solaire au monde», a-t-il ajouté en soulignant que «grâce à ses 4.500 milliards de mètres cubes de réserves de gaz et ses 21.000 milliards de m3 de ressources conventionnelles et non conventionnelles, l’Algérie est en mesure de couvrir les besoins des deux côtés de la Méditerranée et de jouer un rôle dans la diversification des ressources énergétiques». Détaillant les besoins de l’Europe et ses prochains choix stratégiques, Claudio Descalzi avait fait savoir que «l’Europe qui importe presque 90% de ses besoins en gaz et qui aura besoin de diversifier ses fournisseurs, se tournera en priorité vers l’Afrique du Nord». «L’Afrique du Nord (Algérie-Libye) peut jouer, grâce à son potentiel gazier, un rôle central dans la géopolitique internationale et augmenter sa croissance et son développement», a-t-il souligné.

Cap sur le marché européen de l’électricité
Dans son intervention à l’issue de la 3e réunion annuelle du Dialogue politique de haut niveau sur l’énergie entre l’Algérie et l’Union européenne, Mustapha Guitouni, a indiqué que l’Algérie a introduit une demande officielle pour intégrer le marché européen des interconnexions. Le ministre de l’Energie a expliqué que cette intégration, une fois effective, devrait permettre à l’Algérie d’exporter vers l’Europe son surplus d’électricité produite à partir de l’énergie solaire. Néanmoins, Mustapha Guitouni a tenu à préciser qu’avant d’y parvenir, il faudra une interconnexion entre les pays européens, notamment entre l’Espagne et la France, ensuite entre l’Algérie et le Maroc et entre l’Algérie et la Tunisie. L’Algérie qui dispose du potentiel d’énergie renouvelable le plus important à l’échelle méditerranéenne et même  africaine, notamment dans le solaire, est en mesure de devenir un fournisseur majeur pour l’Europe en électricité produite à partir de l’énergie solaire. L’Algérie est en effet l’un des plus importants gisements d’énergie solaire au monde avec une durée d’insolation de 2.000 à 3.900 heures par an, et une irradiation journalière de 3.000 à 6.000 Wh/M2, soit l’équivalent de 10 fois la consommation mondiale. En avril dernier, Mustapha Guitouni avait annoncé que l’Algérie visait une production record de 25 000 mégawatts d’électricité à l’horizon 2025 qui devrait suffire pour combler les besoins énergétiques du pays, mais aussi permettre d’envisager les exportations. Dans cette perspective, le gouvernement a lancé près de 1 500 projets, dont des centrales, des transformateurs et des réseaux de transport d’électricité, pour un coût total de 10 millions de dollars. 

Un plan d’investissements de 75 milliards de dollars
L’Algérie prévoit d’investir 75 milliards de dollars sur la période 2018-2022 dans le secteur énergétique pour augmenter les recettes en devises du pays, a indiqué, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni. Le ministre a précisé que 56 sur les 75 milliards de dollars seront investis dans les hydrocarbures, appelant les opérateurs européens du secteur énergétique à investir davantage en Algérie dans la prospection et la production pétrolière et gazière. «Le but de la coopération (avec l’UE) est d’encourager les investissements européens dans les secteurs du gaz naturel, des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique», a-t-il affirmé. Selon lui, l’Algérie, en sa qualité de 3e fournisseur de l’UE après la Russie et la Norvège, cherchera à rester parmi les principaux partenaires de l’Union. Il a mis en avant les avantages dont bénéficie l’Algérie dont des réserves de 6 milliards de barils de pétrole et des réserves d’énergies non conventionnelles estimées à 22.000 milliards m³ de gaz. Concernant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, le programme consacré par le gouvernement suscite l’intérêt de la partie européenne, selon le ministre, qui a indiqué que le gouvernement travaille à mettre en place les moyens d’associer les partenaires européens dans l’exécution de ce programme, notamment pour la fabrication des équipements et l’échange d’expériences. «La stabilité de notre pays et les conditions spécifiques que nous accordons ainsi que la crédibilité de l’Algérie vont attirer, à coup sûr, davantage d’investissements directs étrangers, notamment dans la prospection de pétrole et de gaz ainsi que dans la pétrochimie, l’électricité et les énergies renouvelables», a également déclaré M. Guitouni. A propos de la révision de la loi sur les hydrocarbures, le ministre a assuré que cette opération vise à rendre l’investissement étranger attractif, à améliorer le climat des affaires et à préserver les recettes en devises du pays. «Le but étant d’atteindre la sécurité énergétique du pays sur le long terme à travers un partenariat équilibré gagnant-gagnant avec les grandes compagnies pétrolières et gazières», a souligné Mustapha Guitouni.

S. R.



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