Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Dossier

L’enfant algérien entre kidnapping et cyberdépendance

Par Dr. Djalila RAHALI



Le kidnapping d’enfants en Algérie, amplifié par les mass médias et surtout par les médias sociaux, se trouve depuis quelques années au cœur des préoccupations de la société qui exerce une pression considérable sur les pouvoirs publics et fait remuer la société civile de fond en comble alors que les autorités concernées essayent de ramener les esprits à la réalité en donnant l’image réelle sur ce phénomène qui, à mon sens, n’en est pas vraiment un, puisqu’il ne s’agit que de  23 affaires de kidnapping de mineurs enregistrés en 2016, soit 0.02% des affaires de droit commun (voir article El Watan du 4 mars 2017). D’autant plus qu’il y a lieu de faire la différence entre disparition d’enfants qui fuguent sans y être incités et qui ont plus de 10 ans,  ceux qui sont enlevés par un des conjoints lors d’un conflit conjugal, ceux qui subissent des violences allant des coups et blessures aux agressions sexuelles et le kidnapping avec objectif de viol et d’homicide volontaire, cas des 23 mineurs kidnappés en 2016. L’analyse criminologique des services de la police a relevé comme causes la pédophilie au premier rang, le chantage et règlement de compte au second et au dernier la sorcellerie. Ceci dit, le phénomène du kidnapping n’est pas aussi alarmant que celui du cancer infantile, par exemple et qui, à lui seul, touche 1500 nouveaux cas par an, une maladie qui tue et le phénomène des enfants SDF qui sont, selon la LADDH (Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme), 20.000 enfants résidant dans les rues.
Ainsi, le kidnapping comme phénomène mondial n’est pas nouveau en Algérie sauf qu’il prend une tournure dramatique ces dernières années et se répercute négativement sur les parents et les enfants. Constatant qu’une crainte démesurée s’installe chez les parents au fur et à mesure des évènements, je suis allée chercher les conséquences de cette crainte. L’image des parents de concevoir la possibilité que leurs enfants puissent disparaitre, être sauvagement séquestrés, violés puis tués a fait qu’ils ressentent une grande insécurité et une grande peur, peur sans égale, qui se retrouve d’ailleurs à la limite de la phobie. On pourrait même parler de xénophobie qui s’est installée en parallèle dans la société et qui, à cause des amplificateurs principaux, en l’occurrence les mass médias et les médias sociaux, peut s’ancrer davantage allant jusqu’à disloquer la société en encourageant l’enfermement sur soi par peur de l’autre, de l’étranger. En effet, à chaque évènement médiatique autour du kidnapping d’un enfant, une psychose collective s’installe pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Les histoires de rapts qui se terminent pour quelques-unes par un crime abominable, se voient reprises par la presse écrite et audiovisuelle en boucle. Des récits cumulés viennent aussi encourager les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs et les commentateurs des réseaux sociaux à consommer plus ce « produit médiatique » qu’on dirait venir des plateaux de Hollywood que des rues d’Algérie. De là vient tout le danger.
En effet, sous la pression de la peur et de l’amplification du phénomène, les parents agissent de manière naturelle, spontanée et compréhensible pour protéger leurs enfants en les cloitrant chez eux.  Par crainte, ils leur interdisent de sortir jouer dehors, d’aller à l’école seuls, de se prendre en charge et les forcent à rester dans le domicile familial qui leur procure, selon eux, une sécurité totale. Conscients que leurs enfants ont besoin de se divertir à domicile, après leurs cours d’écoles, les weekends et pendant les vacances, les parents font tout pour les maintenir chez eux tout en évitant leur mécontentement et la résistance à leurs restrictions. Pour ce, ils les gavent de cadeaux, électroniques pour la plupart, tels que les consoles de jeux, Xbox, PlayStation, les tablettes, les IPad, les Pc portables et surtout les Smartphones. La plupart de ces gadgets sont dotés, en plus, d’une connexion à internet.
En conséquence, devant cette situation qu’ils n’ont pas choisie, les enfants s’adaptent très vite tant que les joujoux mis à leur portée leur procurent du plaisir en remplacement du plaisir de jouer dehors avec les autres enfants du quartier. Les parents se sentent soulagés ayant leurs enfants sous leurs yeux et déculpabilisent assez bien de les avoir privés d’un besoin naturel. Les parents donc croient, par inadvertance, que leurs enfants à domicile sont hors de tout danger. Or, en jouant avec leurs joujoux électroniques, ils risquent de devenir en quelques semaines des cyberdépendants. Ils ressentiront le besoin d’augmenter le temps de jeu, se passeront de plus en plus de leur famille, de leurs proches et de leurs amis, leurs résultats scolaires baisseront considérablement et à toute tentative des parents de les empêcher de jouer, ils réagiront par une crise de pleurs, des cris, des mensonges sur le temps passé devant l’écran. Le Syndrome de sevrage apparait donc comme conséquence et l’intervention d’un psychologue psychothérapeute s’avère dans ce cas nécessaire.
 En plus de cette cyberdépendance qui fait partie des addictions comportementales, il y aura un autre danger qui les guettera s’ils se connectent à Internet et surfent seuls sans accompagnement parental. C’est le danger de tomber sur des cybercriminels plus spécialement des cyber-pédophiles. L’enfant de par son immaturité, pourrait être subtilement entrainé vers des sites pédopornographiques ou des plateformes pédophiles qui peuvent le harceler, lui faire du chantage et l’entrainer vers le contact direct avec le cyber-pédophile. Et si par malheur l’enfant en question se montre doué en informatique, des cybercriminels du type cyber-terroristes peuvent louer ses services contre beaucoup d’argent et peuvent en faire de lui un hacker. 

Sur le plan du développement psychosocial
L’enfant cloitré entre quatre murs, en face de son jeu, de sa tablette ou de son microordinateur ne trouvera plus les conditions nécessaires qui favoriseront le développement de sa personnalité. Il ne se socialise pas par le jeu avec les enfants de son âge, se voit coupé du monde extérieur et donc ne développe pas son indépendance. En outre, les positions et postures qu’il adoptera devant son écran peuvent l’exposer à plusieurs troubles cognitivo-comportementaux tels que la nervosité excessive, la dépersonnalisation, la déréalisation, les troubles alimentaires telles que  la boulimie ou l’anorexie suivant les cas et les troubles organiques tels que lombalgie, les douleurs à la nuque et aux doigts, l’assèchement des yeux avec  baisse de l’acuité visuelle etc. En effet, le corps de l’enfant fragilisé par le manque d’activité physique peut en souffrir. 

Le rôle des mass médias dans l’instauration de la peur
Les cas n’en manquent pas. Les enfants Anis Berdjem, Abderahim Grine, le petit Yacine, la petite Nihel, et une bonne vingtaine de cas qui a fait le tour d’Algérie, non pas que cela mais le tour du monde. Les mass médias y sont pour beaucoup. A la recherche du scoop pour augmenter l’audimat, ils vont de la réalité à l’invention passant par un style bollywoodien. Tout est bon pourvu que tout le monde cite qui a fait quoi et où. Ici, je n’exclurai aucune plateforme journalistique puisque le vrai mal n’a jamais alarmé ces plumes ou très peu, à savoir, les milliers d’enfants qui meurent chaque année par le cancer (avec 1500 nouveaux cas décelés par an) et les centaines d’enfants qui meurent chaque année par le diabète mal soigné ou non diagnostiqué à temps ( avec 500 nouveaux cas décelés par an) cela sans parler des autres maladies qui tuent,  des accidents de la route etc.

Le rôle des réseaux sociaux dans l’ancrage de la peur
J’ai pu constater comme tout le monde connecté aux réseaux sociaux, notamment Facebook et Youtube, comment le phénomène du kidnapping s’est répandu à chaque fois qu’il y avait un nouvel évènement. J’ai même été surprise de voir mon groupe littéraire dont je suis créatrice et administratrice qui réunit écrivains et poètes dont je fais partie en groupe de contre kidnapping et de poésie et écriture littéraire sur le rapt d’enfant avec image et des dizaines de commentaires par minute au point que j’ai dû arrêter la chose. Personne n’ignore qu’actuellement on récolte l’information de Facebook et de Youtube, même celle de nos proches, voire celle de nos enfants. La vitesse avec laquelle l’information est partagée et amplifiée par les commentaires sans même se soucier de l’exactitude des nouvelles encore moins des chiffres est vertigineuse. Mettant à nu par l’image et la vidéo les scènes des crimes ou les photos de corps ensanglantés des enfants kidnappés puis assassinés, comment voulez-vous que les parents n’aient pas peur pour leurs enfants ?

La peur des parents et son impact sur la personnalité de l’enfant
La peur, voire la phobie des parents de voir leurs enfants enlevés fait qu’ils font tout pour les protéger quitte à les emprisonner à la maison et à ne pas leur permettre de sortir jouer dehors ni de faire d’autres connaissances dans leurs milieux de vie (quartier, environnement de la grande famille etc.). Et pour éviter que l’enfant ne riposte, ses parents le gavent de cadeaux, qui sont pour la plupart des cadeaux électroniques à écran tels que tablettes, PC portables, Smartphone, Ipad, Xbox, Playstations etc. Ce qui le maintient en permanence devant un écran d’où le grand risque de l’installation d’une ou de plusieurs addictions comportementales telles que la cyberdépendance, la cyberludopathie et l’addiction aux jeux vidéo hors ligne (ludopathie).
Ce qui est à signaler est le fait que l’enfant cloitré ne peut bénéficier d’un développement normal de sa personnalité puisque être en contact direct (contact physique) avec d’autres enfants de son âge et jouer avec eux hors domicile familial, et donc s’éloigner de la  protection parentale,  lui permettent de développer son indépendance, de se socialiser et d’apprendre à respecter les règles prédéfinies et de se construire des valeurs sociales et interpersonnelles. « Bouger stimule l’appétit des enfants, leur sommeil, leur concentration et leur capacité d’apprentissage » (Renault, 2015). Toutes ses compétences et aptitudes favoriseront son passage graduel vers l’âge adulte donc vers la maturité.
Nous relèverons donc les méfaits de l’enfermement de l’enfant qui peuvent agir négativement sur plusieurs éléments de sa personnalité à savoir :
a) La dépendance : l’enfant cloîtré n’apprend pas à être indépendant à être autonome, à agir par lui-même et à prendre les devants en prenant parfois le risque. Le jeu avec d’autres enfants loin de la protection des parents l’aide à se détacher et lui permet d’apprendre, de défier, de perdre et de gagner, de savoir comment résoudre des conflits et régler des malentendus, de se distinguer et de trouver des solutions aux problèmes qui peuvent surgir, de se défendre à chaque fois que la situation l’exige et surtout de prendre des décisions et de se construire des valeurs intrinsèques.
b) Altération de la communication verbale: L’enfant constamment présent dans le domicile familial n’apprend pas ou peu à communiquer verbalement en dehors de l’école, là où la communication n’est plus contrôlée par l’autorité de l’école directeur, surveillant etc. Parler dehors avec un copain du voisinage et parler avec un copain de classe au sein de l’établissement scolaire n’est pas pareil. Le jeu dehors aide à transformer l’instinctif  en social  et le naturel en culturel. De plus, l’enfant qui utilise les moyens technologiques pour communiquer avec d’autres enfants connectés comme lui use plutôt de la communication verbale (skype, viber, etc.) ou écrite par le tchat (tchatche) et cela ne l’aide pas pour autant à développer son expression orale et celle écrite ni sa grammaire et orthographe ; bien au contraire, il se crée ou apprend la communication par texto où toutes les règles de toutes les langues sont bafouées au détriment d’abréviations et d’émoticons (smileys) du type : « slt, cv bn. dsl 2 te d.ran.g :) » pour « Salut ! Ca va bien ? Désolé de te déranger. Je te souris ».
c) Désocialisation: si le jeu socialise c’est parce qu’il permet à l’enfant d’interagir avec d’autres enfants, d’apprendre avec eux, de développer sa personnalité suivant les situations sociales et interpersonnelles par lesquelles il passe. Apprendre des jeux de société lui permet de se socialiser et ceci se fait la plupart du temps dans le quartier avec les enfants des voisins.
d) Développement de la xénophobie : L’enfant que les parents mettent en garde tout le temps contre les personnes qu’il ne connait pas peut développer une xénophobie à l’égard de tout visage qui ne lui est pas familier. La crainte de l’étranger peut prendre une dimension assez importante dans sa vie et grandir avec lui jusqu’à l’âge adulte et entraver ses relations qui se traduit par la méfiance totale à l’égard de tous ceux qu’il ne connait pas. Exception faite selon les experts, cela arrive dans la vie réelle mais dans la vie virtuelle l’enfant et l’adulte au même degré considèrent que les personnes rencontrées sur internet sont très loin et donc ne sont pas menaçantes d’où le manque de vigilance et la divulgation d’informations personnelles dès qu’une personne les met en confiance. C’est de là que les cybercriminels se fraient leur chemin de croix.
Mais, dans l’étude que j’ai mené ce sont d’autres risques qui se développent très rapidement et se font sentir par l’entourage et peuvent avoir des dégâts rapides et auxquels personne ne s’attend encore moins les parents. Il s’agit de :
a) La cyberdépendance comme résultat du cloisonnement de l’enfant :
Le terme d’addiction à Internet a été prononcé la première fois lors de la réunion annuelle de l’Association américaine de psychologie à Toronto en 1996 par la psychologue Kimberly Young. Ainsi, « l’attachement fort aux dispositifs numériques et leurs usages fréquents évoquent la dépendance, un comportement caractéristique des troubles obsessionnels-compulsifs… ». On parle actuellement aussi de cyberaddiction, cyberdépendance, usage problématique d’Internet ou UPI, trouble de dépendance à Internet ou TDI et les recherches continuent sur ce plan-là.
En effet, l’utilisation pathologique d’Internet se mesure sur la durée d’utilisation tant elle différencie les utilisateurs dit normaux des pathologiques. Il est dit aussi que « comprendre l’addiction d’une victime est un outil pour comprendre la cyberdépendance ».  Dans ce contexte, une addiction qui implique l’utilisation pathologique d’Internet engage forcement des changements comportementaux tels que le stress, l’insomnie, l’anorexie ou la boulimie qui s’installent comme symptômes, tandis que sur le plan relationnel, l’addict entre généralement en conflits francs avec son milieu familial (parents, fratrie, etc.) surtout si ce milieu veut le priver de son passetemps préféré, sa console de jeux ou internet. En conséquence, l’enfant peut carrément se couper du monde et toute tentative individuelle de réduction ou de cessation de connexion à internet conduit à des crises de pleurs, cris et autres.
Cependant, pour le diagnostic différentiel, un cyberaddict ou cyberdépendant n’est pas celui qui passe beaucoup de temps sur internet seulement comme beaucoup le croient. La cyberdépendance n’est diagnostiquée comme telle que si la personne addicte remplit un certain nombre de critères. Ainsi, et pour étiqueter correctement ce comportement comme addiction, il faut d’abord qu’il occupe une place prédominante dans la vie de la personne qui sent de l’apaisement et du plaisir en s’adonnant à internet, quelle que soit l’activité choisie. Ensuite, il faut qu’il y ait accoutumance avec un besoin d’augmenter la « dose de connexion ou de jeu » et donc le nombre d’heures, ceci pour obtenir les mêmes effets. En dernier, il faut qu’il y ait sensation désagréable lors de la cessation ou de la réduction de la fréquence ou de la durée de l’activité. La cessation de l’activité donnerait les mêmes effets du sevrage, réactions incontrôlées qui vont de la colère explosive aux actes de violence ou d’automutilation.
b. Risque de devenir ludopathe ou cyberludopathe :
Les jeux en ligne de type MMORPG (jeux en ligne massivement multi-joueurs) et ceux de la Seconde vie (Seconde life) sont les jeux les plus dangereux des jeux sur réseau parce qu’ils sont chronophages, contiennent des éléments addictogènes et permettent surtout d’avoir « une double vie ». Ainsi, le joueur interagit avec d’autres joueurs pendant plusieurs mois voire plusieurs années par le biais de la tchatche (outexting). Je citerai à titre d’exemple le jeu qu’utilisent beaucoup d’enfants algériens dont le titre est « Transformice», un jeu de petites souries qui amassent des morceaux de fromages et montent en niveaux, un jeu d’enfant qui nourrit le besoin d’appartenance à un groupe. Dans les groupes de joueurs, l’enfant doit faire face à des personnes peu accueillantes et parfois même agressives et apprend donc à se défendre mais de manière incorrecte, surtout quand il est insulté, ou harcelé par un ou des joueurs moins ou plus compétents que lui.  Le cas du petit Mohamed âgé de 11 ans, de très bonne éducation parentale, s’est retrouvé échanger des mots très vulgaires sur le chat quand il est insulté. Il a vite appris à se défendre mais a aussi appris les plus mauvaises manières de le faire en envoyant des textos vulgaires et des photos dévalorisantes et parfois à connotation sexuelle. Ceci est un autre sujet qui mérite d’être étudié de près.
Ainsi, un enfant qui joue constamment sur internet implique qu’il n’est plus présent chez lui que par le corps puisque son esprit se voit, la majorité du temps, ailleurs, pensant à son jeu même quand il ne joue pas. L’enfant rentre dans le monde virtuel du jeu et en fait son monde réel où il s’y installe confortablement en favorisant les relations virtuelles à celles de sa réalité. Il ne s’intéresse plus à ses parents ni à ses proches, ne trouve plus important ou amusant de voir ses amis et jouer avec eux. Il se trouve à l’aise en face de son jeu en ligne des heures et des heures à jouer. Il oublie ses devoirs d’école, saute ses repas, reste connecté à une heure tardive de la nuit, se lève difficilement le matin, ne se concentre plus pendant ses cours à l’école et perd peu à peu ses repères réels en présence d’autres faux repères, virtuels qui peuvent disparaitre juste en se déconnectant. De plus, le trouble le plus important survient dès que les parents essayent de réduire le temps de connexion ou le temps de jeux à leur enfant. En face de cette situation, il pique des crises de colère ou de pleurs, il ment à propos de la durée de sa connexion et il va même à chercher des subterfuges pour pouvoir se reconnecter et continuer sa partie de jeu ou de conversation écrite (tchatche) ou orale.
Pour pallier ce problème, la règle de  «3-6-9-12 » a été lancée en 2007 selon laquelle « l’enfant doit découvrir la télévision à l’âge de 3 ans, la console de jeux à 6 ans, Internet à 9 ans et à partir de cet âge l’enfant doit être accompagné par ses parents et c’est seulement à l’âge de 12 ans qu’il peut y aller tout seul. »
c. Risque d’être cybervictime d’un cybercriminel :
L’enfant curieux par nature et aimant avoir des amis, chercherait naturellement à connaitre d’autres personnes et surtout les plus fortes en jeu pour devenir aussi fort qu’elles. Il cherche aussi et par nature, à se faire des amis (es). Ceci étant difficile voire frustrant, il cherchera là où c’est facile d’en trouver et moins pénible à supporter la pression. Par un tour de clic, il en trouvera beaucoup, même un peu trop parfois. Pour se faire valoir, il cherchera donc à attirer des amis virtuels en montrant et démontrant ses compétences informatiques dans le jeu notamment et peut diffuser ses coordonnées et des informations autour de sa famille en divulguant le statut professionnel de ses parents, leurs déplacements, leurs numéros de téléphone ou numéros de comptes bancaires tout cela en faisant confiance aveugle à un ami virtuel. Ce dernier peut être un adulte qui se déguise en enfant, un cybercriminel dont l’objectif est de manipuler l’enfant. Les cyberpédophiles pullulent sur internet qu’ils trouvent plus faciles pour attirer les enfants que la réalité. L’anonymat étant garanti, ils peuvent agir plus facilement et avec un grand nombre d’enfants en même temps. Ils peuvent même être membre d’un réseau international de pédophilie et agir de l’étranger. La pédopornographie, le chantage affectif dans le harcèlement moral d’un enfant, la cyberescroquerie des parents par le biais de leur enfant sont aussi d’autres cybercrimes.

La réalité du kidnapping en Algérie :
Selon le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche le Pr. Khiati Mostefa, « ..les bilans de la DGSN et de la gendarmerie ont enregistré une moyenne de deux kidnappings d’enfants par an en Algérie au cours de ces vingt dernières années. . Les disparitions peuvent atteindre 150 cas par an et ne concernent que des enfants de plus de dix ans qui fuguent et les kidnappings.» ( Guenanfa, 2016), «...Onze cas de kidnappings d’enfants suivis d’assassinat ont été enregistrés entre 2003 et 2013». Selon Mme Kheïra Messaoudène, commissaire divisionnaire et chef du Bureau national de la protection des enfants 23 enfants ont été tués entre 2014 et 2015 pour des motifs très particuliers (N. H., 2014) . « La Forem est sans doute l’organisation qui a avancé par le passé les chiffres les plus alarmants sur la question » (N. H., 2014). Le commissaire divisionnaire M. Chenaf pour sa part a précisé que les enquêtes sur le terrain menées par la sûreté nationale ont montré que dans près de 70% des cas, le rapt d’enfant est essentiellement dû à des différends familiaux, à des problèmes psychologiques et à la déperdition scolaire.

Quoi faire et comment faire ? 
Sur la base de mes recherches, les suggestions et conseils que je donnerai aux parents sont les suivants :
Les parents doivent savoir garder sans aller vers l’excès de la peur au point de priver leur enfant de ses besoins naturels :  besoin de s’épanouir, de se développer, de se construire en passant par les étapes naturelles pour arriver à la maturité. Ainsi, trop le couver fera de lui un enfant faible de personnalité, dépendant, peu communicatif qui montrera des troubles du comportement avec l’âge.
Je conseille les parents de chercher d’autres moyens de divertissements pour leur enfant, comme la natation, les sports de groupe dans des milieux sécurisés (club, association), de les faire sortir plus fréquemment dans des petites balades familiales, lui permettre de sortir avec les enfants du voisinage tout en gardant un œil de loin. Aussi, à domicile les parents devront trouver des divertissements autres que les plateformes électroniques comme les jeux de famille, (jeux d’échecs, Monopoly, Scrabble, cordes à sauter, balançoire même dans leurs petit balcon, etc…). Juste pour que l’enfant puisse garder sa forme physique au lieu de rester assis plusieurs heures devant sa console, son Smartphone ou tablette. J’invite aussi les mass médias tous types confondus, à instaurer le bien-être en rassurant les parents par de véritables chiffres sur le kidnapping en analysant les faits de manière raisonnable loin de la recherche seulement du scoop. Tandis que j’invite les psychologues sur terrain à utiliser bien évidemment internet et plus spécialement les réseaux sociaux et jouer le rôle de médiateurs entre la réalité et la rumeur, d’un côté, et de l’autre aider les gens à chercher des solutions efficaces aux conflits familiaux sachant que les kidnappeurs sont des personnes qui ont kidnappés leurs proches comme le démontrent les investigations de la DGSN dans des cas réels.
Je préconise aussi le fait de devoir inviter et orienter la famille algérienne à se décloisonner surtout que la décennie noire est déjà loin maintenant. L’union des familles d’un même immeuble, l’instauration de la culture du bon voisinage, cette union  dissuaderait les kidnappeurs à roder dans les quartiers. Les familles unies sécuriseront leur territoire où leurs enfants pourraient s’épanouir en jouant dehors sous surveillance, loin de toute privation pour que leur personnalité se développer dans la normalité totale. 
 
D. R.

*Dr. Rahali F. Djalila est la première cyberpsychologue en Algérie depuis 1999. Spécialiste des cyberaddictions et chercheur dans le Net-Profiling des cybercriminels.  @DrRahali_CybPsy



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