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N° 110 - Dec 2017

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Dossier

Une addition qui pèse lourd

L’addiction à Internet

Par Dr. Djalila RAHALI



La révolution numérique a touché tous les secteurs et toutes les populations dans le monde. Elle continue inlassablement à changer notre vie. À l’école, comme dans toutes les activités de la vie sociale, les technologies de l’information et de la communication prennent de plus en plus de place. Cette révolution s’est adressée à une nouvelle forme d’intelligence qui réfléchit en sons et en images.
Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi une « cuillère numérique » à la bouche. Ils assimilent l’information d’une manière différente de celle des générations précédentes. Ainsi, l’utilisation de ces technologies révèle une nouvelle forme de culture. Nous nous rendons compte qu’au fur et à mesure de leur évolution, les activités numériques font apparaître de nouveaux modes de vie qui doivent être analysés sous différents aspects et à travers de nouvelles équations et péréquations.
Grâce à la technologie, beaucoup de domaines se sont certes développés, mais il existe toujours un revers de la médaille. Cette même technologie a, malheureusement, contribué à l’émergence de nouveaux troubles liés à elle directement ou indirectement. En partie, nous parlons de l’addiction aux moyens technologiques qui commence à déranger sérieusement tout le monde.
Qu’on le veuille ou non, internet est devenue une réalité sociale. On pourrait même, à mon sens, parler de « netoyen », un citoyen branché sur le monde à travers le net, surtout après l’introduction de la 3G puis la 4G, avec la disponibilité d’une multitude de plateformes digitales à la portée de la bourse des familles de classe moyenne. Mais, quel est son impact sur les populations mondiales et sur l’Algérien en particulier ? Et cette toile, deviendra-t-elle une vraie toile d’araignée pour nos enfants et adolescents ?

Tout nouveau, tout pas beau
Le nouveau phénomène de la cyberdépendance auquel nous assistons, pas seulement dans notre pays, mais dans le monde entier, est un phénomène nouveau qui pose problème et qui est de plus en plus reconnu notamment grâce aux études psychologiques. Le constat dans les pays les plus connectés est alarmant. Chez nous, c’est un phénomène qui passe inaperçu mais qui commence à faire de sérieux ravages particulièrement chez les enfants et les jeunes. Les adultes eux aussi n’en sont pas épargnés. En fait, l’utilisation non responsable d’internet et surtout des plateformes que la toile offre (Facebook, YouTube, jeux en réseau etc.) a fait que quotidiennement des couples se séparent, des femmes sont abusées, des vies de famille sont détruites sur tous les plans et des hommes sont escroqués ou manipulés par des groupes malsains.
Les parents eux commencent à s’inquiéter du comportement de leurs enfants et adolescents qui passent plusieurs heures par jour devant leurs écrans. A la maison, chez la grande famille, dehors et même chez leurs médecins. Ils sont connectés via leurs téléphones intelligents et utilisent Internet de différentes manières. Les uns aiment regarder des vidéos sur YouTube, des clips ou des courts métrages insolites, tandis que d’autres se branchent sur Facebook, publient photos, anecdotes et même l’assiette de leur déjeuner du jour. Une autre catégorie adore tchatcher et échanger des emails. Mais là où le danger existe en grande partie est le fait que beaucoup d’enfants et d’adolescents s’adonnent aux jeux vidéo en ligne de manière profonde et prolongée. Ils passent de 2 à 4 heures par jour à jouer à des jeux de combat et de guerre, des jeux qui se jouent de manière individuelle mais aussi en alliance avec d’autres personnes connectées elles aussi pour constituer la « Guilde», un groupe d’alliés qui se bat contre un ennemi.
Choqués par le contenu de ces jeux-là, alarmés par la régression du niveau scolaire de leurs enfants et de leur retrait de la vie sociale, conscients des effets négatifs sur leurs capacités cognitives et mentales, les parents ne savent plus quoi faire ni à quel saint se vouer. Ils voient cependant que leurs enfants ne font pas exception et que les enfants des autres partagent aussi les mêmes passions. Ils restent branchés via Smartphones et tablettes qu’ils leur payent onéreusement pour les motiver à étudier, pour les récompenser, et surtout pour se déculpabiliser du temps qu’ils ne peuvent plus leur consacrer pour une raison ou pour une autre.
Mais quel est ce phénomène qu’on méconnait à ce point? S’agit-il vraiment d’une dépendance ou est-ce un simple abus maitrisable avec le temps ? Et s’il s’agit d’une véritable addiction, autrement dit d’une drogue, est-ce une nouvelle forme de drogue ? Si oui, est-ce qu’une cure de désintoxication est indispensable ? Devons-nous aller vers l’ouverture de centres, de cliniques et d’hôpitaux spécialisés en désintoxication à internet comme c’est le cas ailleurs ? Les réponses à ces questions et à bien d’autres qui gravitent autour de la relation homme-machine et surtout autour du duo inséparable monde réel et monde virtuel, sont données en majeure partie par la cyber-psychologie.

Cyber-psychologie vous dites ?
Avec l’émergence de nouveaux troubles psychologiques liés à l’utilisation des nouvelles technologies, la cyber-psychologie, comme nouvelle discipline, est venue répondre à de nouvelles questions et aussi traiter de nouvelles maladies psychiques après les avoir étudiées dans leur milieu naturel et en laboratoire.
Les troubles pris en charge par les cyber-psychologues dont l’auteur (1) sont ceux en relation avec le monde digital, un monde binaire qui est en train de se substituer rapidement au monde réel, au point que des experts de ladite discipline parlent d’une « deuxième vie ». La cyber-psychologie est définie comme étant la psychologie qui a pour objet d’étude « les effets du cyberespace sur le comportement humain et la société en général ». Plus explicitement, on parle de la « psychologie de l’Internet » ou de la « psychologie du web » qui est un domaine de développement englobant tous les phénomènes psychologiques qui sont associés à la technologie émergente ou affectés par elle. Cyber vient du mot « cyberespace » qui est l’étude de l’opération de contrôle et de communication, et de « psychologie » qui est l’étude de l’esprit et du comportement.
Depuis peu d’années, cette discipline se recentre sur l’étude de quelques phénomènes qui prennent une ampleur sociale extravagante dans tous les pays connectés, sans exception. Elle étudie, par exemple, l’effet de l’Internet et du cyberespace sur la psychologie des individus et des groupes, les relations en ligne, la dépendance aux outils de communication (ordinateur, Smartphones, tablettes), l’addiction à Internet (addiction aux jeux en ligne, aux jeux de hasard en ligne, aux réseaux sociaux, aux sites pornographiques etc.).
Il y a quelques années, en parlant de l’addiction à Internet, beaucoup de scientifiques ont été sceptiques devant son existence réelle. Pour être plus pragmatiques, les chercheurs se sont d’abord posé la question : l’addiction à Internet existe-t-elle vraiment ou est-ce un simple phénomène médiatique ? Tandis que d’autres se sont demandés s’il s’agit d’une accoutumance périlleuse ou d’un phénomène social. Bien d’autres encore sont allés même à se demander si Internet n’est pas en fait le nouveau moyen socialisant lié au développement de l’être humain dans sa manière de communiquer avec ses semblables et avec le monde dans les contextes de globalisation et de rapprochement interculturel.

Mais la cyberdépendance, c’est quoi au juste ?
A l’origine, ce terme signifiait toute dépendance à l’ordinateur ou à l’univers informatique mais il est utilisé aujourd’hui pour désigner un usage inapproprié des diverses plateformes électroniques offertes par internet. On parle présentement de cyberaddiction, d’usage problématique d’internet (UPI) de trouble de dépendance à Internet (TDI), d’usage pathologique d’internet et d’usage compulsif d’internet. D’autres appellations ont été aussi données à ce phénomène mais presque toutes vont vers la notion d’addiction, à savoir qu’une personne peut être tellement absorbée par internet qu’elle néglige d’autres aspects importants de sa vie réelle (famille, études, conjoint, amis, activités sociales et professionnelles). Le comportement compulsionnel s’installe et s’ancre dans la personnalité de l’addict. De là, l’aide d’un expert en addictologie ou un psychologue spécialisé en cyberaddiction s’avère indispensable puisqu’il s’agirait là d’une véritable drogue dure.
Autrement dit, il s’agit de personnes de tout âge qui n’arrivent plus à décrocher d’internet pour une raison ou pour une autre. Elles passent plus de 25 heures par semaine sur internet et pour les vrais dépendants et les grands joueurs en réseau appelés « hardcore gamers », ils peuvent aisément dépasser les 90 heures de connexion par semaine. Ainsi, chez cette catégorie de personnes, des enfants et des jeunes gens en particulier, l’utilisation persistante et répétitive d’internet engendre chez eux des difficultés sérieuses sur le plan psychologique, physiologique, cognitif, mental, comportemental, social, scolaire et/ou professionnel.

Comment diagnostiquer la cyberdépendance
Un cyberdépendant n’est pas celui qui passe beaucoup de temps sur internet comme beaucoup le croient. La cyberdépendance n’est diagnostiquée comme telle que si la personne addicte remplit un certain nombre de critères. Ainsi, et pour étiqueter correctement ce comportement comme addiction, il faut d’abord qu’il occupe une place prédominante dans la vie de la personne qui sent de l’apaisement et du plaisir en s’adonnant à internet, quelle que soit l’activité choisie (jeux en ligne, Facebook, tchatche etc.). Ensuite, il faut qu’il y ait accoutumance avec un besoin d’augmenter la « dose de connexion » et donc le nombre d’heures, ceci pour obtenir les mêmes effets. En dernier, il faut qu’il y ait sensation désagréable lors de la cessation ou de la réduction de la fréquence ou de la durée de l’activité. La cessation de l’activité donnerait les mêmes effets du sevrage, réactions incontrôlées qui vont de la colère explosive aux actes de violence ou d’automutilation.
Dès lors, sur le plan physiologique, le stress, l’insomnie, l’anorexie ou la boulimie s’installent comme symptômes. Tandis que sur le plan relationnel, l’addict entre généralement en conflits francs avec son milieu familial (parents, conjoint, fratrie), son milieu de travail (collègues, chef..), ou son milieu social (amis, enseignants…) suivant le milieu où le problème se déclenche. En conséquence, il peut carrément se couper du monde et toute tentative individuelle de réduction ou de cessation de connexion à internet conduit, dans la majorité des cas, à la rechute et la personne revient à son addiction.

Enfants et adolescents les plus touchés ! Pourquoi ?
Sans avoir à diaboliser internet et les jeux en ligne mais aussi et surtout sans avoir à les banaliser, l’internet est pour beaucoup un « cadeau » que nous a offert la technologie tant qu’elle met le monde à nos pieds. Les jeux, eux, qu’ils soient sur CDrom ou en ligne sont des moyens qui favorisent le développement des réflexes et de l’intelligence, surtout si le jeu est de grande qualité (jeu de stratégie, jeu éducatif..). Ce sont aussi un moyen d’apprentissage, de loisirs et de défoulement. De ce fait, nous constatons que leur utilisation raisonnable et rationnelle n’est dangereuse ni pour l’enfant, ni pour l’adolescent encore moins pour l’adulte. Cela dit, c’est dans l’excès que le problème se pose.
Les jeux vidéo en ligne sont particulièrement bien réputés chez le public des enfants et des adolescents. Les enfants sont généralement touchés de par leur âge où l’activité ludique fait partie de leur développement physique, psychique et social. C’est à travers le jeu que l’enfant se socialise et se voit introduit au monde des règles. Les jeux de société en sont les meilleurs exemples. Ainsi, il est très facile pour un enfant d’abuser des activités ludiques hors contrôle parental et loin de toute surveillance.
Les adolescents, eux, de par les changements hormonaux qui affectent leurs corps mais aussi leur perception du monde et des relations interpersonnelles et sociales, se trouvent devant des besoins psychologiques spécifiques qui les conduiront à la construction d’une identité propre à eux. Ceci dit, le besoin d’être reconnus, le besoin d’émancipation, le besoin d’appartenir à un groupe qui a les mêmes penchants et les mêmes valeurs, le besoin de pouvoir et aussi le besoin de s’amuser, tout cela leur est accessible sur internet à travers les jeux en ligne. Dans le jeu en fait, ils gagnent et reçoivent des éloges, ils montent en niveau de jeu, deviennent plus forts et s’allient avec d’autres jeunes joueurs pour gagner des parties et dans tout cela ils trouvent un grand plaisir et s’amusent comme des fous. Grosso modo, dans le jeu en réseau, l’adolescent se construit une identité, sauf qu’elle est virtuelle. De ce fait, il court un grand risque d’adopter un comportement dysfonctionnel vis-à-vis d’internet qui peut facilement le conduire à l’addiction. En somme, internet peut devenir chez l’adolescent un espace où il fait sa crise d’adolescence.

La cyberdépendance dans le monde
Plusieurs pays ont fini par donner une importance primordiale à ce phénomène après des incidents et aussi des études réalisées sur terrain. A titre d’exemple, le modèle sud-coréen nous apprend qu’à cause de la mort d’un adolescent par épuisement après avoir joué sur internet de manière continue et la signalisation de dix décès par pathologie cardiopulmonaire dans des cybercafés ainsi qu’un meurtre lié aux jeux de violence, les autorités sud-coréennes ont installé le « KADO », une agence spécialisée pour contrer le problème de l’addiction à internet, classée comme problème de santé publique. De plus, des camps de désintoxication ont été installés pour permettre aux addicts de revenir à la vie réelle et de reconnaitre le réel du virtuel.
En outre, des pays comme la Chine, les USA, le Canada et la Grèce ont introduit des séances de sensibilisation à l’utilisation d’internet dans leurs programmes éducatifs et scolaires, surtout après que l’expérience grecque a démontré qu’en l’absence de tout contrôle, les jeunes finissent par substituer toutes les activités de la vie réelle aux activités virtuelles au point que la limite entre le réel et le virtuel n’est plus reconnaissable. En conséquence, les jeunes addicts deviennent plus introvertis et plus méfiants à l’égard de la communication directe, ce qui influe négativement sur la communication dans la société et sur son devenir.
A dire vrai, on dirait que le monde vient de se réveiller sur un drame et s’en est un. Septembre 2016, 600 experts en addiction de plusieurs pays se sont réunis en Allemagne autour du thème de la cyberdépendance. Les ONG, elles aussi commencent à bouger à l’international avec l’association espagnole Dianova qui s’est lancée dans l’organisation d’une campagne internationale en juin 2016, pour lutter contre la cyberaddiction sous le thème « Ne te laisse pas posséder ». La chose n’en est pas restée là, des centres, des cliniques et même des hôpitaux spécialisés en troubles liés aux moyens technologiques ont poussé comme des champignons dans les pays les plus touchés par la cyberaddiction. Même l’Union européenne a bougé en face de ce phénomène en finançant un grand projet de recherche sur l’étude des comportements de cyberdépendance chez les adolescents européens.

Qu’en est-il en Algérie ?
Mounir un jeune de 17 ans en classe terminale, sa sœur Houda, 8 ans en 3e année primaire sont deux enfants dont la maman se trouve complètement perdue. Après les avoir gavés de cadeaux électroniques, elle se sent coupable en voyant qu’ils les utilisent de manière excessive. Facebook, Messenger et sites d’habillage de poupées virtuelles sont leurs plateformes préférées. Depuis plus d’un an, la maman, médecin généraliste, observe chez ses enfants des changements négatifs sur tous les plans. Ils n’interagissent plus comme avant avec leurs parents et leurs vrais amis, se connectent longuement au détriment de leurs devoirs scolaires qu’ils oublient de faire, n’arrivent plus à se concentrer en classe, ne sortent plus de la maison et communiquent entre eux par textos même à la maison. Toutes les tentatives des parents pour réduire leurs heures de connexion ou pour les faire cesser se sont vouées à l’échec. « Les réactions engendrées suite à chaque essai avaient été catastrophiques » selon la maman. De grands changements au niveau de l’humeur allant de la colère aux crises de pleurs, passant par une irritabilité excessive à toute demande parentale et leur fréquentation des cybercafés du voisinage en utilisant leur argent de poche pour payer leur « dose » de connexion quotidienne.
Ce cas est l’un des dizaines de milliers voire des centaines de milliers de cas réels en Algérie. Il y a aujourd’hui pratiquement 2 millions d’Algériens connectés par Wifi et presque tout le monde se connecte via téléphone grâce à la 3G. Des gens qui marchent, déjeunent, parlent et même conduisent leurs véhicules tout en gardant l’œil sur leurs Smartphones ou tablettes qu’ils vérifient plus d’une cinquantaine de fois par jour. Ce comportement obsessionnel et compulsionnel fait partie de leur quotidien.
Pour connaitre l’ampleur de cette accoutumance que je qualifierai, en connaissance de causes, de massive, il n’y a qu’à voir comment les Algériens, toutes populations confondues, réagissent au moindre problème avec leur connexion internet à domicile ou sur d’autres supports technologiques. Le meilleur exemple est le fait que l’Algérie ait connue deux longues coupures d’internet au niveau national. Les services clientèle des fournisseurs d’accès à internet se sont vus submergés par les abonnés qui se présentaient tous les jours au service commercial. Selon Amel, cadre au niveau d’une annexe, elle dit avoir vécu, elle et ses collègues, un état d’alerte sous «pression insupportable des clients qui ne voulaient rien savoir ». En manque de leur dose de connexion quotidienne, « ils ne savaient plus quoi faire de leur temps alors ils le passaient en va et vient ». Salim, un jeune de 25 ans, se rappelle qu’en ces moments-là, il est devenu comme un fou à aller de cyber en cyber espérant trouver « une petite connexion » et qu’il a souffert de cette coupure plusieurs jours au point que, selon lui, il se rappellera toute sa vie.
Durant les deux dernières années, quelques efforts louables ont été signalés en Algérie mais restent insuffisants devant l’ampleur du phénomène. Le plus gros effort est sans doute l’action qu’a engagée la commission sectorielle de prévention des fléaux sociaux de l’Assemblée populaire de la wilaya d’Alger (APW) en collaboration avec la DGSN à son plus haut niveau. Durant l’évaluation annuelle de ses actions, la commission a tenu des conférences importantes en incluant l’addiction à internet comme fléau social qui mériterait des actions de prévention au même titre que la drogue et la violence en milieu écolier. Egalement en 2015, une étude psychologique à Alger, première du genre, a été menée sur 15 000 écoliers et étudiants des trois cycles d’enseignement. Elle a fait ressortir des chiffres alarmants voir choquants qui mériteraient réflexion et action. En effet, l’étude dit que 70%des écoliers et étudiants fréquenteraient les espaces internet de manière continue et 33% d’entre eux seraient cyberdépendants. Sur la base de ces chiffres, des recommandations ont été rapportées par ladite commission dont la plus importante est la nécessité d’ouvrir des cellules d’écoute et d’orientation au niveau de tous les établissements scolaires.
Une autre action importante et unique en Algérie a vu également le jour, il y a quelques mois de cela quand une équipe pluridisciplinaire de l’établissement public de santé de proximité (EPSP) Bachir Mentouri (Constantine), a ouvert un centre pour traiter le problème croissant de l’addiction des jeunes Algériens à Facebook et aux réseaux sociaux.
Certes, l’addiction à internet et aux jeux en ligne, comme modèle prédominant, n’a pas encore été bien recensée en Algérie mais ce fait nous empêchera-t-il de tirer l’alarme avant qu’il ne soit trop tard? Ou faut-il attendre la mort de jeunes par épuisement pour bouger le doigt ? Ne dit-on pas que prévenir vaut mieux que guérir ? Ne devons-nous donc pas inscrire cette préoccupation comme priorité nationale de prévention?

Réveillons- nous !
Il n’est pas difficile pour nous les psychologues d’avertir les parents constamment et leur dire : Attention ! Vos enfants développent une addiction très grave et risquent d’être drogués au même titre que la consommation du cannabis ou de l’alcool. La cyberdépendance est un trouble sérieux qui peut devenir chronique s’il n’est pas dépisté à temps et traité rapidement d’où le grand risque encouru par les parents qui ne s’inquiètent pas de l’état de leurs enfants. Pire encore, il y a des parents qui, par inadvertance ou insouciance, ne voient pas d’inconvénients à ce que leur enfant reste tout le temps à la maison et joue calmement dans sa chambre à longueur de journée. Pour eux, il est là, ne dérange pas les voisins, ne risque pas la fréquentation malsaine, ne risque pas l’abus sexuel et surtout ne risque pas un kidnapping. Ce dernier, est un autre facteur qui, depuis quelques années, agit de manière profonde dans la société algérienne.
Donc, pour l’enfant qui joue à domicile, il est là, chez lui sous les yeux de ses parents protecteurs loin de tout risque. Erreur! A ces parents non avérés, nous psychologues crions: Réveillez-vous ! Le danger d’internet peut être dévastateur au point que votre enfant peut échouer sur tous les plans, à commencer par ses études, sa vie sociale et plus tard dans sa vie conjugale et professionnelle en s’adonnant à la pire des drogues de par son accessibilité, au quotidien, à moindre coût et dans tous les espaces surtout dans votre propre foyer.
Aux enseignants, aux psychologues, aux psychiatres, aux médecins, à la société civile et aux instances étatiques concernées de près ou de loin, je dirai : Réveillons-nous! Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard en calquant les expériences des pays d’outre-mer et en les réadaptant en fonction de nos spécificités sociales et culturelles. Réveillons-nous tous! Il s’agit du devenir de nos enfants, adultes de demain, pire encore, il s’agit du devenir de notre pays.
Ceci dit, l’ouverture chez nous de centres, de cliniques et même d’hôpitaux spécialisés en addictologie liée aux moyens technologiques dont internet, ne doit plus être un tabou.
L’addition pèse lourd, mais, qui la paiera ?

D. R.


(1).Dr.Rahali F. Djalila, première cyber-psychologue en Algérie depuis 1999 (Recherches académiques E-CounselingE-Thérapie).
Email : dr.rahali.djalila@hotmail.com.



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