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N° 108 - Oct 2017

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Dossier

Service national

Un devoir, une école

Par Leila BOUKLI



Dans le cadre d’une vaste stratégie, inscrite dans le cadre de la politique de la professionnalisation et de la modernisation de l’Armée nationale populaire (ANP), visant à garantir un Service national adapté aux besoins des appelés, favorisant par là même un travail de proximité entre l’ANP et les citoyens, le ministère de la Défense nationale projette d’orienter les jeunes qui se présentent pour le Service national à des tâches correspondant à leur formation. En somme, il sera question d’offrir aux appelés, notamment les détenteurs de diplômes universitaires, la possibilité d’évoluer tout au long de leur Service national dans des domaines qui leur sont familiers leur permettant de mettre en pratique des connaissances, qui demeurent souvent théoriques, au niveau des unités de leurs spécialités. Cette option permettra aux jeunes d’acquérir une expérience professionnelle susceptible de les aider dans leurs parcours et carrières professionnels. En effet, depuis son institution en 1968, le Service national a toujours constitué une école sans égale dans la formation des jeunes, sur les plans militaire, culturel et social, a affirmé à Blida, le général-major Mohamed-Salah Benbicha, directeur du Service national au ministère de la Défense nationale, dans son intervention à l’ouverture de portes ouvertes organisées à l’occasion de la célébration du 49e anniversaire de l’institution du Service national en mars dernier.
L’année prochaine, le Service national fêtera ses 50 ans. Cet évènement sera l’occasion de faire une évaluation des objectifs atteints, des évolutions, des perspectives, nous dit le général-major Mohamed Salah Benbicha, qui a bien voulu nous recevoir, pour revenir sur ce devoir citoyen, sur les grands changements intervenus, depuis sa création en 1968, et dont la première promotion en la matière a concerné les citoyens nés en 1949, qui ont été enrôlés le 21 avril 1969.

50 ans au service du développement
A l’Indépendance, l’Algérie sortait d’une guerre qui avait tout détruit. Aussi, la première préoccupation des responsables de l’époque était de rebâtir le pays. Pour ce faire, ils ont fait appel à une jeunesse pleine d’énergie et de potentialités. En effet, l’institution du Service national, appelé communément devoir national, fut l’une des plus importantes décisions prises par les autorités du pays. Institué sur la base de l’ordonnance n°68-82 du 16 avril 1968,  le Service national est officiellement entré en vigueur au mois d’avril 1969. Fixé, dans un premier temps, à 24 mois, le Service national est devenu une obligation pour tous les Algériens ayant 19 ans révolus et bénéficiant d’une bonne aptitude physique et de bonnes facultés mentales. Véritable école de patriotisme, garant de la souveraineté nationale et des acquis de la Révolution, cadre approprié pour l’épanouissement de la jeunesse algérienne, engagée ou incorporée, le Service national est devenu la pierre angulaire de toutes les grandes réalisations qu’a connues l’Algérie indépendante. D’ailleurs, l’ANP a longuement contribué à la lutte contre l’analphabétisme, à l’avancée du désert, à l’édification d’infrastructures lourdes et d’œuvres d’envergure nationale, comme le désenclavement des régions éloignées, les campagnes sanitaires, la formation professionnelle et la modernisation de l’Algérie. « La conception du Service national était de participer à l’édification économique. Parmi les grands projets, je citerai, à titre d’exemple,  le barrage vert, la transsaharienne, la voie ferrée, les 1.000 villages socialistes, l’hôtel El Aurassi, le Mémorial du Martyr (Maqam Ec-chahid)….Toutes ces réalisations sont l’œuvre des éléments du Service national », indique le général-major Mohamed-Salah Benbicha, qui souligne que « depuis l’adoption de la Constitution de1989, les missions de l’Armée ont été revues, notamment son retrait du champ politique. Actuellement, elle s’occupe des missions militaires liées à la défense de l’intégrité du territoire ainsi qu’aux impératifs dictés par le processus de modernisation et de professionnalisation ».L’ANP, digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN) accomplit ses missions conformément à la Constitution et suivant les orientations de Son Excellence le président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, et demeurera à jamais, en accomplissant son devoir national, fidèle aux valeurs du serment prêté devant Dieu, devant le peuple et devant l’Histoire, rappelait en décembre 2016, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’Etat-major de l’ANP, lors d’une visite de travail et d’inspection en 1re Région militaire.  Ainsi, l’édification économique n’est plus de son ressort même si le secteur économique relevant du ministère de la Défense nationale emploie actuellement jusqu’à près de 30 000 employés civils répartis entre ses Établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC), révélait le général-major Rachid Chouaki, directeur des fabrications militaires au MDN. Cette stratégie a eu pour effet la réduction des besoins de l’institution en ressources du Service national. Aussi, « la durée du Service national a été revue à la baisse pour passer de 24 à 18 mois, en maintenant toutefois son caractère obligatoire, sans oublier la dispense de certains citoyens de cette obligation, conformément aux mesures présidentielles prises en 1989. Actuellement, ce devoir est régi par la loi n° 14-06 du 09 août 2014, qui tient compte des préoccupations des jeunes Algériens, avec nonobstant des droits mais aussi des obligations », indique le général-major Mohamed-Salah Benbicha,

De l’édification à la professionnalisation
Dans le but de s’adapter aux mutations socioéconomiques, politiques et qui satisfait aux exigences du processus de modernisation et de professionnalisation de l’ANP, l’adoption de la loi N° 14-06 du 09 aout 2014, à la suite d’une forte demande du citoyen, qui trouvait, ajoute le général-major Mohamed Salah Benbicha, la durée de ce service de 18 mois, contraignante, surtout pour les étudiants, a permis de ramener la durée du Service national à 12 mois. Par ailleurs, et selon les articles 62 et 70 de ladite Loi, le militaire du Service national a droit à une allocation mensuelle et ses douze mois de Service national sont comptés pour sa durée effective dans le calcul de l’ancienneté de service exigée pour l’avancement et la retraite. Comme cette période est également considérée comme une expérience professionnelle pour le recrutement. Mieux, une fois dégagé du Service national, ce citoyen bénéficie de la priorité à concourir à un contrat d’engagement au sein de l’ANP. « La préoccupation majeure du haut commandement avec à sa tête, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état- major de l’armée nationale populaire, aura été de donner suite à cette demande », précise le directeur du service national au ministère de la Défense nationale. Ainsi, le Service national a été créé pour amener les citoyens à subir une formation militaire adaptée à même de leur permettre de s’intégrer dans la vie militaire et éventuellement mener des missions dans ce cadre et en même temps, les initier à la discipline et aux valeurs militaires.

Le recensement
Les citoyens qui ont atteint 17 ans sont invités à se présenter dans les mairies du 1er janvier au 30 septembre, munis de pièce d’identité et de deux photos. Un document leur est remis attestant qu’ils ont été recensés. « A partir de là, les services des APC nous transmettent tous les listings des citoyens inscrits, avec noms et adresses. L’année d’après donc à 18 ans, on les invite à subir une visite médicale. Si celui, qui est apte, présente un certificat de scolarité prouvant qu’il veut poursuivre ses études, il bénéficie d’un sursis qu’il a la possibilité de renouveler jusqu’à la fin de ses études. Quant à celui qui a une situation difficile, les chargés de famille par exemple, ils devront fournir un dossier qui sera étudié par une commission qui va statuer, de même que pour ceux en possession d’un dossier médical », explique le général-major Benbicha, ajoutant que « des examens peuvent être demandés si nécessaire. S’il est déclaré inapte, la carte de dégagé du service national lui sera remise ».
Pour les résidents à l’étranger, ils doivent s’inscrire au consulat de leur lieu de résidence, qui leur remettra un certificat d’immatriculation, contre un certificat de scolarité s’ils étudient, pour pouvoir bénéficier d’un sursis et/ou report d’une ou de deux années. Les personnes, qui travaillent, doivent fournir, eux, un certificat de travail.
Quant aux binationaux, il existe une convention algéro-française qui stipule qu’ils ont le choix de passer leur service national en Algérie où en France, où se trouve le plus grand nombre d’émigrés. « Une attestation leur est remise que nous reconnaissons. Une fois cette attestation en notre possession, nous le dégageons du service national et vice-versa », indique le directeur du Service national, qui révèle que « les  autres résidents à l’étranger étaient appelés avant les évènements à faire leur SN, aujourd’hui on les laisse en réserve où on les régularise au fur et à mesure ».

L’apport du recensement
Ayant subi des mutations profondes qui bousculent le mode de pensée et de fonctionnement traditionnel et une évolution ayant induit un bouleversement structurel, la professionnalisation de l’armée, qui a commencé dans les années 1990, a eu pour conséquences la réduction des contingents d’appelés remplacés par des soldats de métier, et une remise à niveau de tout le système de formation. D’autant que la technicité et la sophistication croissantes des matériels et du métier militaire impliquent de former longuement et mieux les personnels et de les rentabiliser à leurs postes. De ce fait, la révision du format et de la durée du Service national en fonction des contraintes et des objectifs de la professionnalisation est une suite logique. « La tendance actuelle est, comme vous le savez, la professionnalisation de l’armée. Ce qui veut dire que ceux qui viennent vers l’institution sont chargés d’accomplir certaines missions mais aujourd’hui l’armée se suffit à elle-même. On recrute chaque année dans différents horizons et on forme », rappelle le général-major Benbicha. Néanmoins, au-delà de la mise en place d’un appareil de formation au sein de l’ANP en mesure de répondre aux exigences d’une formation moderne et qualitative, au diapason des besoins fonctionnellement et professionnellement variés, l’Armée œuvre à former des soldats, quels que soient leurs niveaux et catégories.

Un lien avec la société
Sans le Service national, la société algérienne ne serait pas la même. Incontestablement, le Service national a été l’occasion, pour des millions de jeunes Algériens issus du monde rural, d’une initiation à la modernité, à travers le maniement d’équipements plus sophistiqués que l’outillage agricole de l’époque, et à travers la découverte de la civilisation urbaine, l’incorporation était l’occasion de découvrir la ville, et d’éléments de confort tels que l’eau courante. Pour certains, le Service national a permis la confrontation à des mœurs vestimentaires ou alimentaires inédites. En parallèle, le Service national a joué un rôle certain dans la cohésion de la société algérienne, en étant l’instrument d’appartenance sociétale, à une Nation. « Effectivement lorsqu’on ramène un jeune d’un petit douar de l’intérieur qui n’a jamais quitté son patelin, le Service national va lui permettre de vivre en communauté, de découvrir la vie, d’apprendre les rudiments de la discipline, de l’organisation, des valeurs militaires, du respect des autres… Cela va développer en lui la notion de citoyenneté, l’appartenance à la Nation », souligne le général-major Mohamed Salah Benbicha qui aborde à ce stade de l’entretien le déficit en valeurs républicaines, que connaissent certains pays d’Europe, dont la France qui l’a suspendu. Cette suspension suscite actuellement en France  un important débat que l’on veut porter à l’Assemblée nationale, pour le retour du Service national.
« Nombreux sont ceux qui reconnaissent, ici comme ailleurs, que l’armée les a ramenés à de meilleurs sentiments. Qu’ils ont un acquis que l’on ne trouve pas ailleurs. Il y a même parmi les appelés, des éléments qui ont opté pour une carrière militaire, certains ont terminé avec le grade de général. Tous vous diront que pour eux l’expérience, vécue lors de leur incorporation, est la meilleure période de leur vie. Ce passage leur a ouvert de nouveaux  horizons, leur a permis de connaitre d’autres gens, de découvrir d’autres régions du pays », dit le général-major Benbicha. Et d’ajouter : « Quel que soit le format de l’Armée, tous les pays du monde font appel à toutes les forces vives de leurs Nations respectives, en cas de conflits, notamment les réservistes. Ces derniers sont constitués par les militaires en retraite qui sont encore en âge de donner ou encore les personnes qui ont fait leur SN. Ils ont une formation, savent manier les armes et mener les missions qui leur sont allouées. Cela est important. C’est un réservoir nécessaire pour faire face en cas de besoin. » En effet, pour des millions d’Algériens, le service militaire est devenu une institution de la République au même titre que l’école. Plus de cinquante ans après l’Indépendance, le Service national fait désormais partie de l’histoire de l’Algérie, même si son institution remonte à 1968.

L. B.



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