Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 108 - Oct 2017

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Dossier

Une armée de sauvetage et de secourisme

Un demi-siècle de mutations, de bravoure, d’abnégation et de sacrifices

Par Farid HOUALI



Le service national de la Protection civile, qui allait prendre le relais en 1964, fut créé à l’initiative du Président Ahmed Ben Bella, qui avait à cœur, en l’absence d’une véritable organisation des secours, de mettre en place un organe réglementaire à même, d’une part, de combler le vide laissé par le départ massif de la composante européenne et, d’autre part, de prendre en charge la mission générale de sauvegarde des personnes et des biens sous le triptyque « prévention - prévision - secours». Néanmoins, la gestion administrative et la prise en charge salariale des sapeurs pompiers relevaient encore des municipalités. Désormais, et à la faveur du décret n°64-129 du 15 avril 1964 portant organisation administrative de la protection civile, « l’aide et l’assistance aux personnes en danger ne sont pas seulement une obligation légale mais un devoir de solidarité ». L’édifice mis en place sera conforté en 1970 par l’étatisation et l’uniformisation des corps. C’est précisément cette réorganisation et les profonds changements qu’elle a opérés qui vont donner à ce corps ses « titres de noblesse» et esquisser son profil actuel en termes de professionnalisation, de disponibilité et de mobilisation, d’homogénéisation et d’uniformisation de ses effectifs, d’organisation pyramidale et de discipline paramilitaire (hiérarchie) . Cette organisation sera complétée dès 1976 par la substitution de l’ex-service national de la Protection civile et la création de la Direction générale à la faveur du décret 76-39 du 20 février 1976. A partir de cette date, la Direction générale de la Protection civile se voit dotée de deux directions ; l’une technique, la direction de l’action opérationnelle, et l’autre à caractère administratif, la Direction des études et des moyens. Le nouvel organigramme sera adopté en 1991 et la Protection civile bénéficie, désormais, de l’autonomie financière, qui lui permet d’avoir une meilleure maîtrise sur l’action opérationnelle à l’instar des autres secteurs activant dans le cadre de la mission générale de sécurité.
Bien que bénéficiant de l’autonomie de gestion et financière à partir de cette même année, ce qui devait se traduire sur le terrain par un effort résolu visant la concrétisation d’une multitude de projets devant permettre à la Protection civile de se hisser au niveau requis en matière de développement et d’être à même d’accomplir pleinement ses nombreuses et complexes missions, ne put, en raison de la conjoncture socioéconomique défavorable, pareillement à de nombreux secteurs, que réviser à la baisse ses ambitions du fait des maigres enveloppes budgétaires qui lui étaient allouées et s’ingénier, à titre d’exemple, à viabiliser, à mettre en conformité et à niveau le patrimoine immobilier dont elle a pu jouir jusqu’en 2000 et ne dépassant point 362 structures (tous types confondus) dont 200 issues de la récupération. Mêmes contraintes en termes de moyens humains, évalués à moins de 17.000 hommes jusqu’à la date précitée, loin du ratio d’un sauveteur pour mille habitants, constituant la norme internationale exigible en matière de protection civile. De plus, il s’agit d’un effectif opérationnel qui est appelé à être réduit au tiers du fait du régime spécifique applicable au corps, consacrant 24 heures d’astreinte pour 48 heures de repos, mettant les unités d’intervention dans l’incapacité de répondre efficacement aux exigences de l’action opérationnelle dont le volume est en constante progression. Avec moins de 1000 postes budgétaires ouverts par an et ce jusqu’en 2000, le secteur était dans l’impossibilité d’envisager quelque rupture avec la politique de formation orientée, malgré lui, vers la polyvalence et ses conséquences désastreuses sur le rendement et l’efficacité de l’action opérationnelle. Concernant les équipements qui ont, pendant longtemps, constitué la force de frappe des unités opérationnelles, il n’est pas inutile de souligner que leur faiblesse, que ce soit du point de vue quantitatif que qualitatif, ne garantissaient ni l’amélioration de la prise en charge des opérations de secours et de sauvetage ni la protection escomptée des intervenants. Ce n’est qu’à la faveur des changements survenus à la tête du pays ainsi qu’à celle de l’institution et avec l’adoption de la « Concorde civile » comme moyen de sortie de crise, facilités par le renflouement des caisses de l’Etat, généré par la majoration significative du prix du pétrole à partir de 2000, associés à une réelle prise de conscience des décideurs quant aux effets désastreux qui peuvent découler des catastrophes que caractérisent une effrayante récurrence ainsi qu’une dangerosité décuplée, particulièrement, à la fin du second et au début du troisième millénaires, que la Protection civile va pouvoir enfin trouver du répondant auprès des pouvoirs publics. Leur engagement à répondre positivement aux aspirations de développement et de modernisation du secteur en lui ouvrant les lignes budgétaires nécessaires à la concrétisation de cet objectif, seul à même de lui permettre d’occuper la position axiale qui doit être sienne dans l’articulation du dispositif de sécurisation de la « Cité » que ce soit en termes de prévention, de prévision ou de mise en œuvre des actions de gestion des situations d’urgence ou de catastrophe, va se matérialiser sur le terrain par un ensemble de mesures dont l’application contribuera non seulement à rehausser davantage le prestige du corps mais aussi et surtout à valoriser ses missions. Dès lors, de par sa composante et des moyens dont il disposait, le corps de la Protection civile va progressivement sortir de l’ornière pour atteindre le niveau de développement dont il se prévaut actuellement en termes d’organisation, d’effectifs ou de moyens opérationnels et d’unités d’intervention. La relance économique et les différents plans de développement engagés par les pouvoirs publics au début de ce troisième millénaire à l’effet de rattraper les retards accumulés dans la quasi-totalité des secteurs pendant près de deux décennies et la part non négligeable de ces efforts qu’ils n’ont pas manqué de dédier au corps de la Protection civile, répondant ainsi positivement aux nombreux vœux et doléances de ses responsables, ont en effet permis à ceux-ci d’entrevoir avec beaucoup de sérénité les perspectives de sa modernisation, de la consolidation de sa force de frappe et du renforcement de ses effectifs de manière à répondre aux normes internationales en vigueur et par voie de conséquence, d’atteindre leur spécialisation, synonyme de prise en charge aussi rapide qu’efficace des situations d’urgences et de catastrophes.

Une véritable métamorphose
Les années 2000 vont être celles d’un profond changement. Et quel changement ! De la gestion d’un patrimoine fait de bric et de broc que la Protection civile était contrainte de mettre à niveau et d’adapter aux exigences des missions qui lui sont assignées, elle va passer, grâce aux différents programmes lancés à partir de 2001, par le président de la République Abdelaziz Bouteflika, à une situation de développement tous azimuts en termes d’infrastructures, clairement affichée par les pouvoirs publics. Sans faire de l’exagération, nous pouvons de ce fait parler d’une véritable métamorphose de l’institution et de sa conversion progressive. « Outre le fait que les résultats probants réalisé sur le terrain des opérations ne font que confirmer cette salutaire transformation ainsi que la justesse des options choisies », a souligné dans le contexte dans un édito du magazine El Himaya, le premier pompier du pays, le colonel Mustapha El Habiri, directeur général de la Protection civile (DGPC). Les effectifs à titre illustratif, qui n’étaient que de 17.000 hommes en l’an 2000 sont passés à 47 580 agents (tous grades confondus) en 2017 selon les chiffres communiqués par le sous-directeur des statistiques à la DGPC, le colonel Farouk Achour. La femme (pompier) représente, quant à elle, 2.5 % des effectifs, répartis comme suit : 02 colonels, 01 lieutenant colonel, 08 commandants, 70 capitaines-médecins, 39 capitaines, 23 lieutenants-médecins, 61 lieutenants, 41 sous-lieutenants, 01 adjudant, 67 sergents, 05 caporales et 721 sapeurs. Aussi, afin d’assurer une meilleure couverture du territoire nationale, la Protection civile de ce troisième millénaire dispose de 663 unités opérationnelles, 41 unités achevée en cours de réception alors que 116 autres unités sont en cours de réalisation. Ces données arrêtées au 23 avril 2017, démontrent toute l’évolution qu’aura connue ce corps constitué ces dernières années.
Une évolution qui fait de ce corps de métier un « fleuron national » comme en témoigne sa présence, depuis 1985, dans des interventions à l’étranger pour des opérations de secours, lors de séismes au Mexique, au Salvador, en Arménie, en Egypte, en Turquie, en Inde, en Iran, au Maroc, de feux de forêt en France (août 2003), d’inondations au Soudan (septembre 1987) et au Yémen (novembre 2008) ou d’explosions, comme au Nigeria en 2002 et au Népal en 2015. D’ailleurs lors de séisme dévastateur, sur instruction du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, la direction générale de la Protection civile a décidé d’envoyer un détachement de renfort et de première intervention (DRPI) composé de 70 personnes, dont deux médecins. « L’Algérie est fière de l’équipe qui a accompli de nobles actions humanitaires », soulignait Tayeb Belaïz, alors ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales qui honorait l’équipe de la Protection civile à son retour au pays. Ses secouristes « ont été les dignes ambassadeurs de l’Algérie. Ils ont transmis une belle image du pays et ont prouvé leur professionnalisme avec la reconnaissance de tous les pays qui ont participé aux opérations de secours », avait-il ajouté. Avec un taux de couverture estimé à 80%, la Protection civile ambitionne ni plus ni moins d’atteindre d’ici deux ans le chiffre de 100% au vu des investissements consentis. Au fil des ans et des missions, la Protection civile a su s’affirmer et se mettre aux standards internationaux à travers la modernisation de ses moyens d’intervention au point que sa notoriété a depuis longtemps dépassé nos frontières et le savoir-faire de ses éléments est reconnu au niveau international à travers les nombreuses marques de reconnaissance et d’admirations adressées à l’issue des opérations d’assistance et de secours effectuées dans plusieurs pays touchés par diverses catastrophes naturelles (séismes, inondations…).

Se spécialiser pour mieux répondre présent
De vieilles ambulances issues de la période coloniale au lendemain de l’indépendance, à des hélicoptères de technologie de pointe, la Protection civile aura parcouru un long chemin de modernisation depuis sa création. Aujourd’hui, entièrement composée de professionnels qui connaissent très bien leur travail, la Protection civile algérienne est de loin l’une des plus performantes au monde. Les hommes et les femmes qui la composent ont montré un courage hors normes en Algérie et partout ailleurs où leur expertise a été sollicitée par des pays étrangers confrontés à des catastrophes majeures. Cette notoriété est loin d’être le fait du hasard. Elle est le fruit d’un travail acharné, au quotidien. C’est aussi la conséquence directe d’une vision éclairée du rôle et de la mission de cette importante institution qui a connu, à partir 1999, un tournant qualitatif certain. Sous la direction du colonel Mustapha El Habiri, la Protection civile a pris son envol. Profitant du capital expérience déjà acquis par des années de pratique, le colonel El Habiri y a mis du sien, son empreinte en quelque sorte. Il s’agit d’un nouveau souffle, celui de la modernité et de l’exigence. Ainsi, de nouvelles unités, chacune « a ses missions », ont été créées, dans le but bien entendu de rassurer car la Protection civile algérienne ne se limite pas à circonscrire les feux et à porter les secours en cas d’accidents, bien au contraire. Parmi les nouvelles sections créées par la direction générale de la Protection civile, il en est une qui symbolise cette volonté de modernisation de ses moyens et de se conformer aux standards internationaux. Ainsi, la Protection civile algérienne s’est dotée de son propre héliport. Situé à Tikjda, à plus de 1 400 mètres d’altitude, ce petit aérodrome pour hélicoptère sera d’un apport certain pour l’école de formation des équipes spécialisées dans l’assistance et le secours médical par voie héliportée se trouvant dans le même site. D’autant plus que la Protection civile se dote d’un parc d’hélicoptères composé de six appareils. De type « Agusta 39 » utiles dans les opérations maritimes, terrestres et aériennes de secours et de recherche dans les zones éloignées et difficiles d’accès, ainsi que dans l’évacuation sanitaire. Ils seront utilisés également pour l’évacuation sanitaire et pourront contenir jusqu’à 17 personnes ou encore 2500 litres d’eau pour la lutte contre les incendies. Pour ce faire, des pilotes de la Protection civile subissent depuis juillet 2010 une formation de 26 mois dont 18 en Angleterre et 8 dans les Alpes italiennes afin de se familiariser avec le sauvetage en montagne et autres milieux périlleux. Aussi, dans le but d’assurer la rapidité et l’efficacité de l’intervention surtout dans les accidents de la route et les cas compliqués, la Protection civile s’est dotée en 2006 de sections motorisées à même d’intervenir en temps réel. Ce qui démontre la quête de la Protection civile d’une meilleure prise en charge des secours au vu des difficultés et obstacles induits par les goulots d’étranglements provoqués par la circulation routière ou les travaux sur les réseaux routiers empêchant ou réduisant à néant les efforts de sauvetage de vies humaines victimes d’accidents. Equipés de toutes les commodités d’urgentistes (extincteurs Ifex, talkies walkies, boîtes à pharmacie et minerves), ces agents sont censés arriver les premiers sur les lieux d’accidents ou d’incidents de par la maniabilité des engins. La création de ces brigades motorisées constitue, sans aucun doute, un précieux maillon à la chaîne de secours. Le Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (Grimp) est à la Protection civile ce que les forces spéciales sont à l’ANP, c’est-à-dire un groupe d’élite. Créé au mois d’août 2006, de l’année, ce groupe intervient en milieu périlleux. Sa mission première est d’intervenir en cas d’accidents dans des milieux naturels périlleux, à l’accès difficile et qui nécessitent un matériel spécial et adapté. On pense notamment aux falaises, aux montagnes et autres cavités souterraines et grottes profondes. Le Grimp est sollicité pour intervenir également dans des milieux artificiels tels que les bâtiments d’habitations, les immeubles de grande hauteur, les ponts, les structures industrielles ainsi que pour l’assistance dans toutes les difficultés liées au cheminement. Après la première école qui a vu le jour à Bouira, le Grimp pourrait être généralisé dans les mois à venir à travers l’ensemble des wilayas du pays. Le Grimp compte déjà à son actif plusieurs interventions aussi périlleuses que variées. Parmi ses faits d’armes, on citera le repêchage d’un corps sans vie du fond de l’oued Rhummel à Constantine en 2007, l’intervention de première ordre effectué lors du très grave accident ferroviaire provoqué par la collision entre une locomotive et un train de marchandises dans un tunnel aux gorges de Lakhdaria en mars 2008 et le sauvetage d’une mort certaine de cinq membres d’une même famille bloqués dans une montagne à Tikjda en décembre 2008. Le Grimp, n’est pas l’unique « nouveauté » de la Protection civile algérienne. A ces « alpinistes » hors pairs, viennent s’ajouter « les hommes grenouilles ». Si dans un passé récent, la mission des équipes de secours marins se limitait à la prise en charge des missions de plongées et la sécurisation des manifestations subaquatiques, il en est autrement aujourd’hui eu égard au développement du trafic maritime et ses implications en termes d’accidents et de catastrophes maritimes.
Aussi, et pour être en phase, la Direction générale de la Protection civile a dû déployer des efforts pour se mettre au diapason de cette évolution. Ces efforts se sont matérialisés par la revue en hausse des effectifs et l’apport en matériels spécifiques. Actuellement, les rangs de la Protection civile comptent en effet un peu plus 300 plongeurs professionnels à répartir travers les quatorze wilayas côtières ainsi qu’au profit des autres wilayas du pays où le besoin se fait sentir de par l’existence d’oueds, de barrages et de retenues collinaires susceptibles de nécessiter l’intervention des plongeurs en cas de situation critiques.
En plus du travail routinier, les plongeurs sont amenés à intervenir dans les eaux des barrages, les puits et les retenues collinaires. Pour ce type d’opération, les plongeurs sont équipés de tenues spécifiques spéciales eaux usées. En outre, la Direction générale de la Protection civile s’est dotée de caissons hyperbares, uniques en Algérie, pour améliorer les interventions des plongeurs. Outil par excellence de l’hyperbariste, le caisson est une enceinte rigide métallique étanche dans laquelle on monte la pression de l’air ambiant. Ainsi, les plongeurs de la Protection civile effectuent des missions très difficiles dans un milieu parfois hostile et complètement méconnu et cela au péril de leur vie.
Ce n’est pas fini. Créée en 2003, la brigade cynophile de la Protection civile a prouvé son apport aussi bien lors des séismes de Boumerdès en 2003, de Laâlam en 2006, des inondations de Tiaret et de Ghardaïa, des attentats du 11 décembre 2007, des effondrements d’immeubles qu’au niveau international où elle fut sollicitée pour prendre part à la mission de secours et d’assistance aux sinistrés des séismes de Bam en Iran et d’El-Hociema au Maroc. C’est une vérité, et une fierté, que de rappeler que les Protections civiles de l’Algérie et de l’Afrique du Sud sont les premiers pays au niveau africain et arabe à avoir le privilège de disposer de brigades cynotechniques.
Par ailleurs, l’excellent travail fait au niveau de ces centres a permis à une promotion de maîtres-chiens cent pour cent algérienne de voir le jour, ainsi que la production par croisement de races de deux chiens bergers purement algériens appelés l’un Hoggar et l’autre Tassili. Ainsi, et dans le long terme, notre pays pourra se passer de l’importation de race canine très précieuse, sachant qu’un seul chien peut coûter de 5.000 à 6.000 euros (50 à 60 millions de centimes environ), et disposera de trois écoles régionales de formation dans la spécialité. La direction de la Protection civile vient de procéder à la réinstallation des postes de secours routiers au niveau de la capitale et dans les grandes villes équipées de brigades motorisées pour assurer la rapidité et l’efficacité de l’intervention surtout dans les accidents de la route et les cas compliqués. C’est ainsi que la direction de la Protection civile, en accord avec le ministère des Travaux publics, s’est vu affecter des assiettes de terrain pour la réalisation de pas moins de 22 nouveaux postes de secours routiers (PSR) pour le renforcement des moyens d’intervention et pour une meilleure efficacité d’action. En outre, l’institution que dirige le colonel Mustapha El Habiri, a lancé aussi des postes avancés à l’échelle nationale. Ces unités sont installées dans les axes routiers où les accidents de la route les plus mortels sont enregistrés. Elles sont même équipées de chambres pour héberger les automobilistes en cas d’accidents ou de panne. En effet, dans le cadre du programme quinquennal de développement (2010-2014), de nouvelles unités opérationnelles seront mises en place et des postes de secours routiers fermés réhabilités. Ces relais sont dotés de services d’accompagnement des usagers de l’autoroute (sécurité, secours, repos, dépannages…) et ce pour raccourcir au maximum les délais d’intervention en cas d’accident. Ils sont dotés d’une ambulance médicalisée, d’un camion anti-incendie et des moyens de communications nécessaires.

Des méharistes et des…parachutistes à la PC
On ne peut évoquer les « spécialistes» de la Protection civile sans parler de ces «fins connaisseurs du désert». Il s’agit des méharistes de la Protection civile. Des unités montées sur des dromadaires, créés en 2014 notamment dans la wilaya de Tindouf. Vêtu d’un treillis bleu, le visage recouvert d’un chèche vert, les éléments de l’unité de méharistes de la Protection civile disposent, chacun, d’une tente, d’une valise de premiers secours, d’une valise de réanimation, de cordes et d’une paire de jumelles. Ces pompiers pas comme les autres, sont tous de parfaits chameliers et pisteurs avérés, dont la Protection civile a besoin pour franchir ces immenses dunes et ces terrains rocheux non carrossables. Leurs principales missions sont surtout la recherche d’éventuels égarés.
Aussi, l’Algérie, un pays à forte activité sismique, a connu plusieurs catastrophes naturelles, dont le séisme d’Al-Asnam (Chlef actuellement) du 10 octobre 1980 et le séisme de Boumerdès du 21 mai 2003 qui a fait 2.200 morts et plus de 10.000 blessés. Le 10 novembre 2011, Alger a été frappée par les inondations de Bab El Oued qui ont fait plus de 700 morts et des centaines de blessés et engendré des pertes matérielles considérables. En février 2012, plusieurs régions du pays ont enregistré des intempéries et des chutes de neige. Dans le cadre du renforcement des capacités d’intervention de la Protection civile, un accord-cadre avait été signé en avril 2013 entre les ministères de la Défense nationale et de l’Intérieur et des Collectivités locales, portant formation de forces spéciales de parachutistes relevant de la Protection civile dans différentes écoles de l’institution militaire pour une période de cinq années renouvelables.
« Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la modernisation du corps de la Protection civile, de la coordination entre les forces de sécurité en matière de gestion des catastrophes naturelles et de l’amélioration des capacités d’intervention de ses unités dans les régions sinistrées par la mise en place d’une stratégie à long terme », nous a assuré le sous-directeur des statistiques à la DGPC, le Colonel Farouk Achour. Ces parachutistes auront pour mission d’apporter les premiers secours aux victimes, notamment dans les régions difficiles d’accès. La première promotion de parachutistes composée de 45 éléments de la protection civile a été formée en janvier 2013 à l’Ecole d’application des forces spéciales. Les Etats-Unis, la France et la Russie sont les seuls pays où les corps de la protection civile disposent de parachutistes. Ce qui démontre les efforts accomplis en matière de formation de personnel de ce corps pour étoffer ses différentes structures d’intervention se trouvant dans les différentes wilayas du pays à la faveur du lancement de différents programmes de développement initiés par le président de la République Abdelaziz Bouteflika et dont a bénéficié le secteur de la Protection civile. La devise du pompier algérien est, et demeurera toujours la même: sauver la vie au péril de la sienne. Pour nous, habitués de côtoyer les éléments de la Protection civile, c’est connaître le sens de l’altruisme, de l’abnégation et du sacrifice. Un métier de prestige certes, mais où il faut être prêt à tout endurer, à tout sacrifier, parfois jusqu’à sa propre vie pour sauver celle d’autrui. La Protection civile est en effet, en première ligne pour les interventions à risque, sur l’ensemble du territoire du pays. Les agents ayant décédé au cours de leur missions de sauvetage y compris ceux ayant été fauchés par la horde terroristes durant la décennie noire ont droit à un « mémorial » qui leur est dédié. Il est érigé au sein du musée de la Protection civile. « C’est le minimum que l’on puisse faire à ces hommes et femmes qui, au péril de leurs vies, avaient sauvé celles des autres », a souligné à ce propos le fapitaine Nassim Bernaoui, ému. Les photos de ces derniers placardées aux murs nous rappellent sans démagogie aucune, le slogan de la Protection civile : servir au péril sa vie. Pour ne pas totalement sombrer dans cette période dont on ne garde que de mauvais souvenirs, des plaies et des blessures, il convient, juste à titre de rappel, de noter qu’un certain, 26 août 1992, à 10h46, le terminal international d’Alger a été visé par un attentat qui a coûté la vie à neuf personnes et en a blessé 123 autres. Outre les services de sécurité à se dépêcher sur les lieux, c’était aux agents de la Protection civile qu’est revenue la tâche de « rassembler les morceaux ». Certains d’entre eux, aujourd’hui officiers, diront assurément que c’était des moments intenables. En effet, la Protection civile est en première ligne pour les interventions à risque, sur l’ensemble du territoire du pays. Le nom de l’agent Trabcha Zakaria, décédé le 18 juillet 2016 alors qu’il portait secours à une victime en détresse au niveau d’une plage sur la côte d’Annaba, est à jamais gravé dans les mémoires.

Une formation adaptée
Le processus de modernisation et de standardisation des pratiques de gestions opérationnelles des services de la protection civile est tributaire de la valorisation du personnel par une formation adaptée. En effet, la modernisation, la standardisation et l’unification des méthodes de gestion opérationnelle ainsi que de modélisation et d’informatisation des procédures de communication, ne pouvait être possible sans une meilleure formation des ressources humaines au sein de la Protection civile. « Ce processus de modernisation revêt une priorité dans la stratégie de la DGPC visant à améliorer la performance de ses services et la rapidité d’intervention en se mettant au diapason des nouvelles technologies de l’information et de la communication, et d’améliorer ainsi la qualité de service, de trouver des solutions rapides, de déterminer les bonnes pratiques et de mieux coordonner entre les différents services », souligne d’emblée le lieutenant-colonel Ali Gherbi, sous-directeur de la formation à la DGPC que nous avons rencontré dans son bureau dans le cadre de la réalisation de ce dossier consacré à la Protection civile algérienne.
« Dans les perspectives de la stratégie du développement du secteur de la Protection civile algérienne, les cadres dirigeants de ce secteur et à leur tête le DGPC, le colonel Mustapha El Habiri, ont placé la formation comme un des vecteurs importants pour le développement des compétences individuelles et collectives afin d’anticiper et d’adapter les ressources humaines aux évolutions économiques et technologiques ainsi qu’aux projets stratégiques de la Protection Civile », a-t-il soutenu affirmant que cette politique de formation est tracée au niveau de la sous-direction de la formation, de la direction du personnel et de la Formation, de la Direction générale de la Protection Civile en collaboration avec les autres directions, basée sur l’élaboration d’un plan d’action ou un plan de formation. Ce plan de formation est la traduction opérationnelle et budgétaire des choix effectués par la Protection civile quant à sa politique en matière de développement des compétences individuelles et collectives, et ce pour atteindre ces objectifs. Dans les faits, selon les explications de notre interlocuteur, il s’agit de trois catégories de formation : des actions de formation pour l’adaptation au poste, des actions de formation pour l’évolution et le maintien dans l’emploi ainsi que les actions de formation pour le développement des compétences. Pour la formation de base, elle est destinée à l’ensemble des nouvelles recrues suite à un concours externe pour accéder à la formation pour l’obtention des grades de lieutenant médecin ; lieutenant ; sous-lieutenant ; agent. Cette formation est assurée par l’Ecole nationale de Protection civile et ses annexes de formation. A cette formation viennent s’ajouter, une formation spécialisée, une formation de recyclage et perfectionnement, une formation de haut niveau (PGS et Master) formation universitaire, une formation spéciale dans le cadre de la coopération internationale en partenariat notamment avec l’Organisation internationale de la protection civile (OIPC), la coopération algéro-française (programme FSP), coopération avec l’Union européenne (programme 3PA). La Protection civile assure également, faudrait-il le noter, des formations pour agents de prévention et de sécurité incendie au profit des organismes socio-économiques. Les actions de formation inscrites sur le plan de formation sont exécutées, selon le lieutenant-colonel Ali Gherbi, sous-directeur de la formation à la DGPC, au niveau de l’Ecole nationale de la Protection civile et ses annexes de formation et au niveau d’autres établissements de formation des autres secteurs (universités, instituts, écoles supérieures, établissements de la formation professionnelle, écoles militaires ou de la Sureté nationale…). A cet effet, la DGPC a signé plusieurs conventions de formation dont une avec le ministère de la Défense nationale. Pour les formations qui sont assurées à l’école et ses annexes, elles sont encadrées par des formateurs et encadreurs de la protection civile au nombre de 240 permanents de l’Ecole Nationale de la Protection civile et ses annexes ainsi que les 600 formateurs à temps partiel (chef de service, chef de bureau ou chef d’unités). Les formations spécialisées assurées par la Protection civile portent notamment sur la formation des agents de prévention de sécurité incendie, la prévention, la gestion opérationnelle et commandement, la lutte contre les feux de forêt, les risques chimiques, le secours routiers, le Grimp et sauvetage et déblaiements. Au total, 73327 agents tous grades confondus ont été formés entre 2001 et 2016 ainsi que 419 agents étrangers issus des pays « amis » entre 1973 et 2016.

Une reconnaissance en haut lieu 
Lutte contre les feux de forêt, assistance médicale, surveillance des plages, premiers secours,… autant de missions qui forcent l’admiration pour l’une des institutions les plus respectées aux yeux de la vox populi et qui l’ont fait grandir chaque année un peu plus pour devenir aujourd’hui une référence. D’Est en Ouest, du Nord jusqu’au fin fond du désert, les hommes et femmes en bleu, sont sur tous les fronts. Ils sont partout. L’attestent le nombre d’interventions effectuées par les troupes du colonel El Habiri rien que durant l’année écoulée, qui s’élève à 995 441 interventions (secours et évacuations, accidents de la circulation, incendies ainsi que des opérations diverses), soit une moyenne de 2727 interventions/jour souvent au péril de la vie de ses hommes dont certains ont fait preuve de sacrifice inégalable et payé le prix fort en laissant tout simplement leur vie. Un sacrifice souvent mis en exergue y compris par les plus hautes autorités du pays.
A ce propos, il convient de citer quelques passages des messages de félicitations adressé aux troupes du volonel Mustapha El Habiri par le Premier ministre Abdelmalek Sellal et le général de corps d’armées Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP). « Conscient du professionnalisme avéré des éléments de la Protection civile qui ont manifesté un engagement constant à l’effet de sauver des vies lors des différents séismes, j’estime qu’il est de mon devoir de vous adresser, à ce propos, les plus sincères félicitations pour la qualité de la participation opérationnelle de ce corps que ce soit au niveau national ou bien lors des situations d’urgences et de catastrophes dans le monde participant au rayonnement de l’action de l’Algérie au niveau international », a écrit le Premier ministre dans son message adressé au DGPC, au lendemain de la participation d’un détachement de la Protection civile dans les opérations de sauvetage lors du séisme survenu au Népal. « Je saisis cette opportunité pour présenter mes salutations fraternelles à l’ensemble de la famille de la Protection civile, en l’assurant de l’appui du gouvernement en vue de la concrétisation de ses missions au service du pays », a encore ajouté Abdelmalek Sellal. « Je tiens à mon tour à vous exprimer ainsi qu’à l’ensemble des personnels de la Protection civile, mes plus vifs remerciements pour votre valeureuse contribution lors de ces opérations de secours et à préciser que le ministère de la Défense nationale apprécie et valorise tous les efforts entrepris par vos équipes aux côtés de leurs collègues de l’ANP, au cours de toutes les grandes catastrophes et les interventions humanitaires et de tout ce qu’ils revêtent comme valeurs distinguées au service de notre pays et comme lien de solidarité entre nos deux institutions », a écrit de son côté le général de corps d’armées Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’Etat major de l’ANP, dans son message adressé à ce corps constitué dans l’apport dans les recherches et sauvetages lors du crash d’un avion des forces aériennes au niveau du mont de Djbel Fertas (Oum El Bouaghi). C’était en février 2014. Le bilan du crash s’est établi à 77 morts et une personne grièvement blessée. L’avion, qui assurait une liaison entre Tamanrasset et Constantine, transportait « 74 passagers en plus des quatre membres de l’équipage ». Depuis son adhésion à l’OIPC, le 20 février 1976, l’Algérie est considérée comme l’un des pays les plus actifs au sein de l’Organisation internationale de la Protection civile et assure actuellement la vice-présidence du Conseil exécutif de l’OIPC.

F. H.



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