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N° 106 - Juil 2017

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Dossier

Une progression exceptionnelle des réalisations

Politique de l’habitat en Algérie

Par Boualem TOUARIGT



Autant que la politique en matière d’investissement économique (industrie, développement de l’agriculture, promotion des activités tertiaires), l’habitat représente un critère d’analyse des changements intervenus depuis les indépendances. Pendant longtemps, la construction de logements n’a pas figuré parmi les priorités des programmes publics d’investissements. Durant le premier plan triennal (1967/1969), 9548 logements avaient été réalisés, l’investissement dans ce secteur n’ayant représenté qu’à peine 3,7% du montant total des investissements publics. Durant le premier plan quadriennal 1970/1973, il a été réalisé 36.400 logements urbains (sur un programme de 47.000) et 48.300 logements ruraux (sur 50.000) pour un investissement de 587 millions de dinars, soit à peine 5% des investissements publics estimés pour la période à 27.740 millions. Remarquons que l’industrie représentait 45% de l’investissement public global de la période. Durant le second plan quadriennal (1974-1978), le secteur de l’habitat se voit consacrer un budget de 14.610 millions de dinars représentant 13,3% du programme national d’investissement qui était alors de 110.217 millions de dinars.
Le premier plan quinquennal (1980-1984) avait prévu un investissement de l’ordre de 60 milliards de dinars (dont 40 millions seront effectivement consommés) représentant 15% de l’investissement public national du plan. C’est à la fin du second plan quadriennal, en 1977, que se dessine une politique de l’habitat avec la mise en place d’une administration spécifique (un ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme est constitué, distinct des services en charge des Travaux Publics et de l’Hydraulique). Pour la première fois, l’habitat devient une priorité, du moins une préoccupation. On évalue les déficits et on parle d’objectifs à atteindre à court terme. On se fixe une capacité de réalisation annuelle de 100.000 logements mise à la charge des entreprises publiques. Durant le deuxième plan quinquennal (1985-1989), le budget public annuel consacré à l’habitat passe à 76 milliards de dinars, soit 14% de l’investissement global (contre 174 milliards pour l’industrie et 79 pour l’agriculture). Le logement rural est relancé avec la distribution d’aides directes aux citoyens des campagnes désireux construire par eux-mêmes leurs propres logements. La construction de logements connaît une accélération, à des niveaux cependant inférieurs à ceux qui seront atteints une dizaine d’années plus tard. Pour la première fois, la réalisation des équipements d’accompagnement des logements devient une préoccupation prioritaire des pouvoirs publics, on parle d’ « habitat » et non plus simplement de « logement », on met en place un premier instrument de planification urbaine locale avec l’élaboration d’une « grille » qui définit les différents équipements (jusque-là relevant de politiques sectorielles non coordonnées) devant accompagner toute opération de logements.
Au total, la période verra la réalisation de plus de 350.000 logements dont 145.000 ruraux. De 1987 à 1989, on comptabilisera l’achèvement de 193.000 logements dont 98.000 sociaux urbains et 81.207 ruraux. Pour la première fois, les objectifs en matière de logements ruraux sont intégrés au plan national et on introduit des types de logements urbains nouveaux se distinguant du logement dit « social » et fortement subventionné, à coût réduit et destiné à des citoyens à revenus modestes, on lance des programmes de logements dits  « promotionnels » qui s’adressent à des citoyens à revenus moyens et supérieurs, financés par un appel aux crédits bancaires non bonifiés avec une contribution des citoyens bénéficiaires. Conscients de la faiblesse des moyens nationaux de réalisation (publics et privés), les pouvoirs publics engagent des recherches sur la préfabrication qui recommandaient l’adoption de systèmes ouverts et souples. Un temps, il fut même envisagé la mise en place de formes particulières d’association entre des entreprises publiques et des partenaires étrangers dans le but d’améliorer la maîtrise des techniques de construction et de l’organisation des chantiers. Cette option ne fut cependant pas concrétisée. Dans le même temps, un effort exceptionnel fut mené en matière de formation à tous les niveaux.
Vers le début des années 1990, la crise du logement s’aggrave du fait en particulier d’un important déplacement de populations fuyant les zones d’insécurité en direction des grandes villes, allant grossir les zones de logements vétustes.
Cependant, c’est au début des années 2000 que les résultats atteints en matière de livraison de logements permettent d’envisager raisonnablement une probable sortie de la crise, du moins son confinement dans des proportions acceptables et ce, dans des délais raisonnables. Des centaines de milliers de familles algériennes ont pu accéder à des conditions de logement décentes du fait en particulier des importantes masses de crédits que les pouvoirs publics ont consacrées. L’observation des chiffres des budgets publics montre que le logement est le poste le plus important des aides. On estime que l’État consacre au total 7 milliards de dollars pour le logement sous forme d’aides directes et indirectes.

La reconstruction du lien social
Depuis les années 2000, l’Algérie a placé la ville au centre d’une démarche de développement durable territorial, autant comme l’élément de rééquilibrage du système d’armature urbaine nationale que comme le moteur du développement local, en érigeant des centres urbains dotés de toutes les commodités, en optimisant les nouvelles technologies dans la construction et l’aménagement. Vers la fin du siècle dernier, dans les pays d’Europe occidentale surtout, les hommes politiques, les gestionnaires locaux, les sociologues et les urbanistes parlaient de « politique de la ville ». L’objectif était de faire face à l’exclusion constatée de larges franges de la population marquées par le chômage, le sous-équipement en matière d’éducation, de santé, de culture et de loisirs. Pour le gouvernement algérien, la « politique de la ville » est incluse dans ses priorités et figure dans les missions du ministère en charge de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville. La mission de l’Etat est tirée d’une tradition historique datant de la guerre de libération nationale et du passé récent depuis l’indépendance. L’Etat algérien considère qu’il est de son devoir d’assurer à tous les citoyens les conditions d’une vie décente. Habiter un logement vétuste ou un taudis est considéré comme une atteinte à la dignité du citoyen. C’est ainsi que l’élimination des logements insalubres est mise en œuvre comme une priorité des pouvoirs publics à travers tout le territoire.  Les discriminations entre les citoyens du fait de leurs conditions de logement et de l’équipement des quartiers sont également considérées comme inacceptables et les pouvoirs locaux cherchent à y remédier.
« La politique de la ville » est de fait mise en œuvre par les pouvoirs publics dans la mise en œuvre des nouveaux programmes d’habitat qui incluent les équipements d’accompagnement (éducation et santé, principalement) et permettent ainsi de réduire les déficits. Les services de l’Habitat ont pu améliorer la coordination des projets en assurant une maîtrise d’ouvrage unique des logements et des équipements, ce qui a amélioré la conception des nouveaux ensembles d’habitat. Le maître d’ouvrage du logement public assure la promotion, l’étude et la réalisation des équipements d’accompagnement. Progressivement, les anciennes parcelles de terrain occupées par les logements vétustes laissent la place, une fois libérées, à des équipements publics ce qui permet d’améliorer la couverture des besoins en équipements des citoyens.
Le besoin de veiller à un égal traitement des habitants dans des territoires différents a souvent conduit les autorités locales à intensifier les programmes visant à améliorer les conditions de vie des populations. A travers la réalisation des programmes locaux, et des programmes sectoriels initiés par des institutions, des résultats décisifs ont pu être atteints dans de nombreux domaines (adduction d’eau, assainissement, électricité, gaz, voiries) et ont grandement amélioré la qualité de vie pour de nombreuses agglomérations secondaires et moyennes, y compris en milieu rural.

B. T.



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