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N° 106 - Juil 2017

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Dossier

« Nous devons semer chez nos concitoyens la culture touristique »

Nouria Yamina Zerhouni, ministre du Tourisme

Entretien réalisé par Leila BOUKLI



El-Djazaïr.com : Madame la Ministre, vous venez de prendre la tête du ministère du Tourisme, parent pauvre de l’économie nationale durant les décennies écoulées, ce qui a engendré des retards. Il constitue actuellement une priorité, tant la rentabilité promet d’être au rendez-vous, aujourd’hui que la stabilité et la sérénité sont retrouvées et qu’il connaît de plus en plus un regain d’intérêt. Comment comptez vous œuvrer pour qu’enfin le secteur reprenne ses lettres de noblesse ?

Nouria Yamina Zerhouni: C’est à travers la stratégie et les objectifs de développement que se fixe un pays, que sont déterminés les secteurs prioritaires. L’Algérie, dès le début des années soixante-dix, a accordé un intérêt particulier au secteur du tourisme à travers la réalisation par l’Etat de structures hôtelières qui relèvent actuellement du patrimoine public géré par la SGP-Gestour et qui font la fierté du tourisme national.
Je citerai à cet égard des réalisations emblématiques comme les hôtels El Aurassi à Alger, le Seybouse à Annaba, les Hamadites à Bejaia, les complexes balnéaires de Tipasa et des Andalouses à Oran, etc.  Aujourd’hui, l’Etat s’est fixé comme objectif et assigné comme mission de développer le secteur du tourisme mais d’une manière organisée en mettant en place un cadre stratégique de référence pour le développement du tourisme à l’horizon 2030, à travers :
l’adoption du Schéma directeur d’aménagement touristique qui s’appuie sur la mise en valeur des régions, de leurs atouts et de leur attractivité,
la création d’un organisme public aménageur, l’ANDT (Agence nationale de développement touristique).
Cette mission n’est pas simple et exige l’implication et la mobilisation de plusieurs secteurs et intervenants. Ce qui est certain, c’est que le secteur est considéré dans le plan d’action de Son Excellence Monsieur le président de la République Abdelaziz Bouteflika, comme un secteur stratégique à développer et pour la promotion duquel, toutes les conditions doivent être créées. Nous travaillons et nous continuerons à œuvrer dans ce sens.

El-Djazair.com : La 14e édition du Sitev-2014 vient de prendre fin en présence d’une dizaine de pays étrangers, notamment en provenance de Méditerranée. On sait que pour nombre de ces pays, la première activité économique est le tourisme, un secteur porteur d’intégration et d’innovation entre les deux rives. Y a-t-il eu des partenariats avec d’autres pays, qui pourraient faire bénéficier de leur expérience les nationaux désireux d’investir dans le secteur?

Nouria Yamina Zerhouni:  Pas à ma connaissance. Mais je précise qu’avec la stabilité et la sécurité retrouvées par notre pays, les perspectives de développement du partenariat avec des pays étrangers s’affirmeront dans le cadre de l’investissement pour la réalisation des projets touristiques. A ce titre, je rappellerais que 746 projets ont été accordés à ce jour, totalisant une capacité de 85.000 lits et induisant la création de près de 40.000 emplois.
Parallèlement, nous sommes à la recherche des voies et moyens pour accéder au savoir-faire de ces pays étrangers dans le cadre de la formation de nos jeunes stagiaires au niveau de nos écoles et instituts aux standards internationaux qui seront demain les gestionnaires, à tous les niveaux, de ces infrastructures en cours de réalisations.

El-Djazaïr.com : Ailleurs des initiatives se développent en faveur d’un tourisme de qualité, durable, plus respectueux de l’environnement et des pratiques sociales, culturelles et économiques des populations locales. Qu’en est-il de notre pays ?

Nouria Yamina Zerhouni:  L’Algérie s’attelle à promouvoir le tourisme dans le respect de nos us et coutumes, c’est-à-dire en veillant à ce que soit protégé notre patrimoine culturel, social et environnemental. Par ailleurs, et sachant que tout ne se décrète pas, il s’agira aussi d’encourager et de semer chez nos concitoyens cette culture touristique en veillant à ce que l’essentiel de ce qui fait ce que nous sommes soit préservé.

El-Djazair.com : Le tourisme domestique reste inabordable pour les nationaux et le tourisme international connaît des difficultés pour l’obtention de visa ? Ces obstacles freinent-ils les vacanciers qui partent vers d’autres destinations ?

Nouria Yamina Zerhouni:  Il n’est pas interdit aux Algériens de chercher le dépaysement pendant leurs vacances, ce sont des citoyens du monde et le libre choix leur est garanti. Pour ce qui est des conditions d’accueil en Algérie, nos produits sont soumis à la règle de l’offre et de la demande. Nous travaillons pour offrir plus de capacité et une meilleure qualité d’accueil. Ce qui aura, j’en suis convaincue, un impact direct sur les coûts notamment en matière d’hébergement.

El-Djazair.com : Parallèlement au développement de nouvelles pratiques touristiques, de nouveaux enjeux apparaissent comme la formation en communication, marketing, TIC… ou la place donnée aux agences de voyage ou aux portails internet. Le défi principal réside dans la formation. Que compte faire votre département pour la maîtrise des nouvelles technologies d’information ?

Nouria Yamina Zerhouni:  Le secteur du tourisme, à l’instar des autres secteurs de développement, se doit d’utiliser les moyens modernes de communication disponible.
Aujourd’hui, le tourisme mondial est à 80% porté et promu par les TIC et les réseaux sociaux qui ont eu comme impact direct sur l’activité l’apparition des agences de voyage online, la désintermédiation des acteurs et l’émergence de nouveaux modèles de consommations touristiques. Nous n’avons pas le choix et nous devons y être (dans ces réseaux). L’Algérie s’est fixé comme objectifs de développer les TIC à travers la mise en place des équipements technologiques modernes nécessaires et par la formation à travers l’université et les organismes spécialisés dont nous utiliserons les produits.

El-Djazair.com : Le développement touristique concerne en premier les autorités locales et doit être fondé sur l’intersectorialité. Ces dernières sont-elles suffisamment sensibilisées pour faire du tourisme une réelle source de développement économique, comme préconisé par les pouvoirs publics ?

Nouria Yamina Zerhouni:  Certainement, et je suis bien placé pour vous répondre puisque j’ai exercé comme wali à la tête de trois wilayas situées sur le littoral, et sachez que ce n’est pas une question de sensibilisation uniquement, mais aussi et surtout de moyens juridiques (accès au foncier, expropriation) et financiers (indemnisation, viabilisation). Néanmoins ces problèmes trouveront progressivement des solutions car à l’heure actuelle et parmi les 746 projets accordés 382 sont en cours de réalisation pour un coût de 210,38 milliards de dinars totalisant une capacité de 54.435 lits et générant 23.696 emplois directs. Aussi, il est utile de souligner que sur les 746 projets, il existe 519 projets hôteliers urbains, 149 projets à vocation balnéaire, 8 projets climatiques, 18 projets thermaux et 46 projets sahariens. Pour vous dire que, tout le territoire national est concerné par cette dynamique économique.

El-Djazair.com : Deux écoles de formation suffissent-elles, pour un si grand pays qui recèle, de l’avis de tous, des potentialités d’une grande diversité. Littoral, sources thermales, montagnes, Sahara et oasis, cités antiques… Comptez-vous en ouvrir d’autres ?

Nouria Yamina Zerhouni:   La formation reste la clé de la réussite pour toute action de développement. Aussi conscient des enjeux, l’Etat a-t-il mis en œuvre la carte de la formation du secteur par la modernisation des établissements de formation sous tutelle (l’ENST à Alger, l’INHT à Tizi-Ouzou et l’INHT de Bou Saâda) et par la création de nouveaux établissements de formation dans le tourisme et l’hôtellerie (Ecole nationale supérieure du tourisme à Tipasa et les Institut nationaux de l’hôtellerie et du tourisme à Ain-Temouchent, Ain Benian, Timimoun, Constantine et Oran), pour un montant global de 8 milliards de dinars. A cela s’ajoutent les établissements de formation touristique et hôtelière sous tutelle du ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels, ainsi que les établissements privés agréés. Cet effort marqué vise à développer et à améliorer les performances de la ressource humaine du secteur.
 
El-Djazair.com : Où en est-on dans les projets de réalisation des structures touristiques ?

Nouria Yamina Zerhouni:   Pour réaliser il y a lieu de mettre en place le cadre juridique idoine, en élaborant les instruments d’urbanisme touristiques et en préparant par les divers viabilisations et autres les meilleures conditions de réalisation des investissements. C’est ainsi qu’un investissemnt clossal a été consenti pour la récupération du portefeuille foncier, l’aménagement et la viabilisation de ZET (Zones d’expansion touristique) ainsi que l’aménagement et l’équipement de plages et terrains de campings. Sans oublier dans le même ordre d’idées l’achévement de dix-sept Schémas directeurs de l’aménagement touristique de wilayas (les fameux SDATW) et les 31 en cours d’élaboration. Il y a aussi lieu de rappeler la création de nouvelles ZET : 31 nouvelles ZET ont été classées (par décret), augmentant le portefeuille foncier de 5.500 ha, ramenant le nombre de ZET de 174 à 205 totalisant une superficie de 53.200 ha. Pour les Plans d’aménagement touristique (PAT) de ces ZET, 13 ont déjà été approuvés par décret, destinés à recevoir des projets touristiques d’une capacité d’hébergement de plus de 35.000 lits induisant environ 15.000 emplois directs avec un coût d’investissement estimé à 210 milliards de dinars.
Concernant l’aménagement de ces ZET (travaux de réalisation), je signalerais qu’un montant global de 10,8 milliards de dinars a été dégagé au profit des wilayas pour la réalisation des travaux d’aménagement relatifs à la viabilisation et l’accessibilité des ZET. Autrement dit, les conditions sont en train d’être mises en place et nous avons, encore, du pain sur la planche.

El-Djazair.com : Que comptez-vous faire pour encourager et promouvoir l’artisanat traditionnel qui souffre du manque de matières premières et d’acheteurs potentiels?

Nouria Yamina Zerhouni:   L’artisanat traditionnel relève du secteur privé que l’Etat accompagne dans sa quête de développement par la formation au niveau des centres de formation professionnelle ou en apprentissage chez les maîtres artisans.
Par ailleurs, considérant le fait que la meilleure manière de vendre les produits de l’artisanat traditionnel c’est d’en améliorer la qualité (beaucoup d’artisans l’ont compris) l’Etat travail aussi à leur côtés pour cela. Dans ce sens nous organisons des manifestations nationales, régionales et locales à travers les chambres et les maisons de l’artisanat et nous veillons à faire participer nos artisans aux foires et salons à l’étranger pour encourager la promotion et l’écoulement des produits. Nous maintiendrons ce dispositif au profit des artisans qui sont la garantie de la pérennité d’un savoir et d’un savoir-faire ancestral.
 
L. B.



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