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N° 110 - Dec 2017

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Dossier

Hocine Necib, ministre des Ressources en eau, à El Djazaïr.com

« Maîtrise croissante des métiers de l’eau »

Entretien réalisé par Leïla Boukli



L’Algérie compte déjà 65 barrages en exploitation auxquels viendront s’ajouter 15 autres au terme du programme dans le quinquennal « 2010-2014 ». Cela lui assure des réserves hydriques importantes, avec une multitude d’infrastructures de production et de stockage qui la mettent à l’abri d’un éventuel stress hydrique.
En termes prospectifs, il est institué un Plan national de l’eau qui définit les priorités et les objectifs nationaux. C’est un précieux instrument de planification stratégique et de prospective du secteur ayant pour objectif la programmation des aménagements et des investissements à l’horizon 2025 pour satisfaire la demande en eau et assurer un service de qualité H24 et 7/7.
Ces progrès d’infrastructures restent cependant insuffisants s’ils ne sont pas adossés à un plan d’amélioration de la gestion de la ressource afin de garantir une meilleure qualité de service public et la sensibilisation des usagers à l’économie et à la préservation de cette ressource précieuse. A ce titre, la distribution de l’eau dans les trois grandes villes que sont Alger, Oran et Constantine, est organisée en en gestion déléguée à des entreprises étrangères dans le but de bénéficier d’un transfert de savoir-faire. Une perspective consolidée par l’ouverture d’une école de management dans le domaine de l’eau à Oran.

El Djazaïr.com : Monsieur le Ministre, vous venez de prendre en charge un secteur vital, celui de l’hydraulique, en vous inscrivant dans la continuité du programme du président de la République, lancé par votre prédécesseur, actuel Premier ministre, dont les efforts n’ont pas seulement porté sur la seule amélioration du système de gestion, mais élevés au rang des grandes priorités du plan quinquennal en cours.
Hocine Necib : En effet, l’Etat, et sous l’impulsion de son Excellence le président de la République, a initié ces dix dernières années une politique nationale de l’eau plaçant la mobilisation de ce liquide précieux parmi ses préoccupations majeures. Cette volonté politique à laquelle s’est ajoutée une embellie financière pour apporter les solutions techniques les plus appropriées, a porté ses fruits. Nous disposons aujourd’hui de réserves hydriques importantes grâce à une multitude d’infrastructures de production et de stockage et nous sommes à l’abri d’un éventuel stress hydrique. Cependant, nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. Nous allons, bien entendu, poursuivre notre programme de réalisation avec un rythme accéléré, mais aussi nous atteler à gagner de nouvelles batailles, notamment celle de l’amélioration de la gestion de la ressource afin de garantir une meilleure qualité de service public et celle de la sensibilisation des usagers à l’économie et à la préservation de cette ressource précieuse.

El Djazaïr.com : Quels sont les instruments mis en œuvre par votre département pour une gestion intégrée et durable de la ressource en eau ?
Hocine Necib : Le ministère des Ressources en eau a commencé par se doter d’un schéma directeur de l’eau qui s’intègre au schéma national d’aménagement du territoire. Ce schéma, qui trace les grandes lignes de la politique de l’eau à l’horizon 2025, a été adopté au conseil du gouvernement en février 2006. Cinq agences de bassins hydrographiques ont été mises en place. Chaque agence de bassin dispose d’un Plan directeur d’aménagement des ressources en eau (PDARE) qui définit les choix stratégiques de mobilisation, d’affectation et d’utilisation des ressources en eau, y compris les eaux non conventionnelles. Le PDARE est un outil de planification qui définit les objectifs en matière d’utilisation des ressources en eau ainsi que les mesures liées aux exigences d’économie, de valorisation et de protection de la qualité de l’eau dans une perspective de gestion durable de ces ressources. Chaque agence de bassin est coiffée par un comité de bassin comprenant un tiers de représentants de l’administration, un tiers des représentants des Assemblées locales et un tiers des représentants des associations et usagers de l’eau. C’est un véritable mini-Parlement chargé d’émettre un avis sur le PDARE avant son adoption. Au niveau national, il est institué un Plan national de l’eau (PNE) qui définit les priorités et les objectifs nationaux de l’eau. Le PNE est un instrument de planification stratégique et de prospective du secteur ayant pour objectif la programmation des aménagements et des investissements à l’horizon 2025 pour satisfaire la demande en eau et assurer un service de qualité (H24 et 7/7).

El Djazaïr.com : Comment comptez-vous, Monsieur le Ministre, arriver à plus de maîtrise dans le management de la ressource en eau, son économie et sa préservation?
Hocine Necib : Nous avons pris conscience de nos faiblesses en matière de maîtrise dans le management de la ressource en eau et nous avons pris des décisions qui nous paraissent idoines. C’est ainsi que nous avons donné trois grandes villes (Alger, Oran et Constantine) en gestion déléguée à des entreprises étrangères dans le but de bénéficier d’un transfert de savoir-faire. Toujours dans la même logique, nous avons créé à Oran une école de management dans le domaine de l’eau, la formation reste pour nous un élément vital pour améliorer la gestion de l’eau à tous les niveaux. Mais cette bataille de l’eau, nous la menons sur d’autres fronts ouverts par les années de sécheresse et les changements climatiques. Nos nappes, qui ont connu leur niveau le plus bas, sont menacées par l’intrusion marine et pour faire face à cette menace nous procédons à leur recharge. Nos grandes nappes ont été modélisées, ce qui nous permet de suivre de près leur évolution et d’agir en conséquence. Un volet important de la préservation concerne l’eau destinée à l’irrigation. 75% de nos ressources hydriques sont affectées à l’agriculture. La vétusté des réseaux dans les grands périmètres, les modes d’irrigation archaïques et le prix symbolique du mètre cube font que les pertes d’eau dépassent les 50%. Pour lutter contre ce phénomène, nous avons lancé un programme de réhabilitation des réseaux d’irrigation, mais nous menons une campagne de sensibilisation auprès des agriculteurs pour qu’ils
optent pour le goutte-à-goutte. Les pertes dans les réseaux d’AEP sont également importantes. Pour cela, un programme de diagnostic des réseaux des 48 wilayas a été lancé. Chaque année, le ministère, par le biais de ses agences de bassin, lance un programme de sensibilisation et de communication comprenant plusieurs actions allant des publireportages aux journées d’études en passant par les classes d’eau. Tous les moyens sont utilisés : la radio, la télévision, les écoles, les mosquées et les associations des usagers de l’eau. A titre d’information, le montant de la facture d’eau ne représente même pas le coût des services de l’eau. Prenons l’exemple de l’eau dessalée dont le coût à la sortie de l’usine est de 50 DA/m3 auxquels il faut ajouter les coûts d’acheminement vers les réseaux et sa distribution alors que l’usager ne paie que 6 DA pour le m3. Je profite de cet espace que vous m’accordez pour lancer un appel aux usagers pour économiser cette ressource combien précieuse.

El Djazaïr.com : L’Algérie compte atteindre 80 barrages et 13 stations de dessalement d’eau de mer d’ici 2014. Cet objectif sera-t-il atteint dans les délais ?
Hocine Necib : Pour ce qui est des barrages, nous en comptons aujourd’hui 65 en exploitation. Il a été programmé dans le quinquennal « 2010-2014 » la réalisation de 15 autres. Les travaux de ces derniers sont en cours et l’objectif de ce quinquennat sera atteint à fin 2014 à l’exception de deux barrages, à savoir celui de Souk Tleta et celui de Djadra qui seront réceptionnés début 2015. Avec la concrétisation de ce programme, le nombre de barrages atteindra les 80. Quant aux stations de dessalement d’eau de mer, l’Algérie a mis en place, à très court terme, un grand programme d’installation de treize stations de dessalement sur le littoral algérien dont la production total atteindrait plus de 2 310 000 m3/j à fin 2014, desservant ainsi plus de 8 105 894 habitants. Sur les 13 stations programmées, 9 sont déjà en exploitation, à savoir El Kahrama (Oran), El Hamma (Alger), Skikda, Béni Saf (Ain Témouchent), Souk Tleta et Honaine (Tlemcen), Fouka (Tipasa), Cap Djinet (Boumerdes) et Mostaganem. Ces stations assurent une production annuelle de 1 410 000 m3/j pour desservir 6 036 043 habitants. Pour les 4 stations restantes, 2 sont en cours de réalisation, à savoir celle de Ténès (Chlef) et celle de Magtaa (Oran) pour une capacité totale de 700 000 m3/j et seront mises en service en 2013. Les deux autres (Tipasa et El Tarf), d’une capacité totale de 200 000 m3/j, sont en voie de lancement de travaux. Leur mise en service est prévue pour fin 2014.

El Djazaïr.com : Concernant la problématique récurrente des inondations, ne pensez-vous pas, Monsieur le Ministre, qu’un effort supplémentaire est à envisager en la matière, de même qu’en ce qui concerne la pollution des barrages, des oueds et du rejet en mer des eaux usées non traitées ?
Hocine Necib : Vous avez raison de parler de la problématique des inondations. En effet, on assiste depuis ces deux dernières décennies aux effets dévastateurs des inondations qui affectent aussi bien le nord que le sud du pays et qui sont dues principalement à des situations météorologiques exceptionnelles, à des facteurs liés à l’urbanisation ou à une topographie défavorable qui se conjugue à une activité humaine parfois favorisante. Pour pallier cette situation, le ministère des Ressources en eau a pris en charge ce phénomène par l’élaboration des études y afférentes ainsi que la réalisation des travaux de protection des agglomérations exposées aux risques d’inondations. Actuellement, des solutions de protections des villes contre les inondations sont mises en œuvre à travers des projets de réalisation dans le cadre des différents programmes de développement. A ce titre, plusieurs projets importants ont été réalisés, citons à titre d’exemple les projets de protection des villes de Batna, Sidi Bel Abbes, Bab El Oued, Ghardaia… Mais malgré le programme déjà réalisé ou en cours de réalisation, des efforts complémentaires sont effectivement nécessaires pour pallier ce phénomène, notamment en mettant en place des mesures structurales de la prévention du risque d’inondation. Des actions d’entretien, de curage des oueds, de traitement des avaloirs et des regards d’assainissement doivent être entreprises d’une façon pérenne et qui seront dorénavant inscrites annuellement à l’indicatif des wilayas, ce qui réduira, et j’en suis sûr, d’une façon significative les dégâts qui pourront être occasionnés à la suite des inondations. Par ailleurs, une étude est en cours d’élaboration par l’Agence nationale des ressources hydriques qui aboutira à la cartographie des zones inondables qui sera un document précieux d’aide à la décision, et ce, en recourant aux techniques spatiales offertes par
l’agence ASAL. S’agissant de la protection de la ressource en eau contre la pollution et des rejets en mer, il faut reconnaître que des efforts considérables ont été entrepris par notre secteur dans ce domaine. En effet, toute notre stratégie est basée sur la préservation de la qualité des ressources en eau, qu’elles soient souterraines ou superficielles et l’éradication des fosses septiques. Toutes les agglomérations situées à l’amont des barrages ainsi que les villes côtières sont pourvues de stations d’épuration. La protection du littoral fait partie également de nos priorités et ce, conformément à la convention de Barcelone.

El Djazaïr.com : Dans le but d’améliorer le taux de collecte des eaux usées, un vaste programme de projets d’importance nationale a été lancé durant la période 2000-2010. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Hocine Necib : La période 2000-2010 a connu, en matière d’assainissement, une redynamisation des projets en cours ainsi que le lancement de plusieurs nouveaux projets d’importance nationale. Les objectifs à atteindre consistent à rattraper le retard accumulé en matière de réalisation de nouvelles infrastructures et la remise à niveau de l’existant. La stratégie du secteur à long terme a pour objectif l’épuration des eaux usées par la réalisation de stations d’épuration à travers le territoire national et leur réutilisation dans l’agriculture et l’industrie. Le linéaire du réseau national d’assainissement a connu un net essor depuis la concrétisation du programme de réalisation des réseaux d’assainissement à travers le pays. Ceci a permis d’éliminer une grande partie des rejets sauvages d’eaux usées notamment au niveau des agglomérations urbaines et d’éradiquer un nombre important de fosses septiques à travers le pays réduisant ainsi le risque de maladies à transmission hydrique (MTH). Le taux de raccordement au réseau public d’assainissement est l’un des indicateurs les plus fréquemment utilisés pour apprécier les efforts d’un pays en matière d’assainissement. Alors que seuls 35% de la population algérienne étaient raccordés à un réseau public d’assainissement en 1970, ce taux a été porté à 87% en l’an 2012 Concernant l’épuration des eaux usées, celle-ci a connu ces dernières années une redynamisation et une attention particulière qui se sont traduites par une amélioration de la situation en matière de protection de l’environnement d’une manière générale et la protection des ressources en eau en particulier. Actuellement, l’Algérie dispose de 138 stations d’épuration (STEP et lagunes) en fonctionnement avec une capacité installée estimée à 12 millions EQH (équivalent habitant), soit 800 hm3/an. La réutilisation des eaux usées épurées notamment à des fins agricoles est devenue l’un des axes principaux de la stratégie du secteur des ressources en eau.

El Djazaïr.com : L’expérience du partenariat avec les opérateurs étrangers a-t-elle, selon vous, donné des résultats satisfaisants, notamment en matière d’amélioration du service public et de transfert de savoir-faire. Dans le même ordre d’idées, pensez-vous que dans les années à venir les aAlgériens seront en mesure de maîtriser les métiers de l’eau ?
Hocine Necib : L’expérience du partenariat dans le secteur de l’eau est récente et il est encore prématuré d’en dresser un bilan exhaustif. Il est néanmoins possible d’en tirer quelques conclusions partielles et provisoires. Pour Alger, les résultats sont globalement positifs, au regard aussi bien de la qualité de l’eau (la conformité bactériologique est à 100%) que de la continuité du service public de l’eau (la distribution H24 est assurée depuis avril 2010) et les systèmes d’information clientèle, d’information géographique et partiellement le télécontrôle ont été implémentés. Globalement toujours, la modernisation est engagée, amenant les préoccupations à changer totalement de nature et exprimant dans le nouveau contrat les besoins de sécurisation et de pérennisation du H24 et des systèmes annexes et connexes. Dans le même ordre d’idées, le transfert du savoir-faire et l’organisation de la relève des expatriés par les binômes algériens deviennent les nouvelles priorités que l’opérateur Suez Environnement s’engage à respecter. Ces mêmes problématiques sont exposées aux autres opérateurs Agbar pour Oran et SEM pour Constantine dans un ordre accordant toutefois la priorité au H24 qu’il faudra confirmer pour Oran et accélérer pour Constantine. Comme pour Alger, la sécurisation et la pérennisation sont devenues les nouvelles finalités. En conclusion, et de façon générale, l’expérience du partenariat avec les opérateurs étrangers, sauf pour Annaba, a été, dans une proportion acceptable, concluante et le nouveau défi qui se pose au Secteur des ressources en eau, est de sécuriser et de pérenniser les « investissements » matériels, managériaux et organisationnels engagés et de faire réussir l’appropriation du savoir-faire par l’encadrement algérien, dans le but évidemment de s’affranchir de l’expertise extérieure.
Leïla Boukli



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